Valérie Pécresse : ses priorités pour l’Ile-de-France

Valérie Pécresse a été élue à la tête de la région Île-de-France avec 119 voix contre 21 voix pour le candidat Front national, Wallerand de Saint Just. Elle accède ainsi à la présidence de la région après trois mandats du socialiste Jean-Paul Huchon.

Revue Politique et Parlementaire – La question de l’emploi, du chômage des jeunes, de la formation et de la qualité de vie au travail est l’une de vos priorités et vous souhaitez y associer toutes les forces vives de la Région. Concrètement que prévoyez-vous ?

Valérie Pécresse – Les régions peuvent être les acteurs principaux du retour à l’emploi mais elles n’en ont pas, aujourd’hui, tous les moyens. Le gouvernement s’est engagé à renforcer les compétences des régions en matière d’emploi et de formation des chômeurs. Dont acte ! Nous avons fait des propositions pour que la région exerce pleinement ses compétences en formation professionnelle, de manière intégrale.

Nous avons actuellement une situation paradoxale en la matière : la formation collective est du domaine de la Région, alors que la formation individuelle relève de Pôle emploi.

Formation des jeunesTout faire pour réussir le retour à l’emploi, c’est accepter de permettre aux opérateurs d’avoir accès aux données sur les demandeurs d’emploi. C’est pourquoi j’ai demandé la fin du monopole de Pôle emploi pour démultiplier les initiatives de retour à l’emploi.

Des entreprises innovantes pourraient créer des services de retour à l’emploi, beaucoup plus personnalisés sur nos territoires ou nos secteurs professionnels.

RPP – La sécurité est, pour vous, un enjeu majeur. Vous avez annoncé la mise en place d’un « bouclier de sécurité ». De quoi s’agit-il ?

Valérie Pécresse – Ma priorité, c’est d’assurer une meilleure sécurité des Franciliens, dans un contexte où la menace terroriste n’a jamais été aussi élevée. Nous sommes en train de mettre en place ce bouclier de sécurité régional, c’est-à-dire un fonds d’intervention dans tous les domaines de compétences de la Région, dont les lycées, qui dépendent de la Région, mais aussi les transports. Concernant les lycées, nous avons débloqué trois millions d’euros pour répondre aux besoins de sécurité d’une centaine de lycées, par des clôtures, de la vidéoprotection et des systèmes d’alarme rénovés.

Nous allons aussi renforcer la surveillance dans les transports avec 340 agents supplémentaires sur le terrain, dans les gares, les trains, le métro et les bus. Les moyens humains supplémentaires que je réclamais pour la police régionale des transports seront déployés d’ici deux ans. Pour que ce bouclier soit efficace, nous allons également moderniser les équipements de vidéosurveillance avec des caméras numériques et aller vers une réorganisation de la police des transports, avec une direction qui dépendrait du préfet de police et qui inclurait la grande couronne.

S’agissant de renforcer la sécurité dans tous les lieux recevant du public, ce fonds peut aussi financer des portiques de sécurité dans les lieux culturels (musées, salles de spectacle, etc).

RPP – Le logement est un problème important pour de très nombreux Franciliens. La loi NOTRe fait de la Région un véritable acteur du logement et de la rénovation urbaine. Quelles actions allez-vous mener ?

Valérie Pécresse – Désormais, la région a compétence en matière de logement et de rénovation urbaine, ce qu’elle n’avait pas auparavant. Je souhaite donc mener une politique régionale extrêmement dynamique sur ces sujets.

L’Île-de-France aura un million d’habitants en plus d’ici dix ans.

Nous voulons agir sur tous les leviers pour libérer du foncier. Il faut convaincre les maires de construire et les emmener avec nous. J’ai créé le Club des Maires Reconstructeurs d’Île-de-France, qui compte soixante-dix maires, résolus à relancer la politique de construction de logements en Île-de-France, via la construction de logements de qualité en faveur d’une véritable mixité sociale. C’est aussi pour ça que je dirigerai le conseil d’administration de l’Établissement public foncier d’Île-de-France (Epfif), c’est un symbole de volontarisme pour le logement.

Nous avons d’énormes réserves foncières, un million de mètres carrés de terrains non construits autour des lycées notamment, propriétés de la Région. Il nous manque des internats, des résidences étudiantes, des logements sociaux, notamment, donc il y a des choses à faire, avec l’accord des maires et de l’État. Je souhaite également construire cent nouveaux quartiers en Île-de-France, rénover les gares du Grand Paris, mais les doter aussi de logements et de bureaux. Pour tous ces projets, je souhaite qu’il y ait un vrai équilibre entre les départements et qu’il y ait de la mixité sociale dans les deux sens. Je ne financerai pas de logements très sociaux dans les quartiers où il y en a déjà plus de 30 %. Si on veut lutter contre les quartiers ghettos, c’est aussi par l’aménagement urbain et la mixité sociale.

RPP – Vous souhaitez engager une véritable révolution des transports en Île-de-France. Quelles mesures seront prises et comment seront-elle financées ?

Valérie Pécresse – La révolution dans les transports, c’est améliorer le quotidien des Franciliens en ayant plus de confort, plus de sécurité, avec des tarifs plus justes. Pour cette raison, j’ai promis de sauver le Passe Navigo à tarif unique qui n’était pas financé, sans augmenter les impôts. Cet engagement est déjà tenu puisque j’ai obtenu de Manuel Valls des mesures ponctuelles pour 2016 et un engagement de financement pérenne pour 2017 et les années à venir. Je me suis ensuite engagée à ce que les Franciliens aient partout des trains et des RER neufs et totalement rénovés. Cela réduira les pannes et la pollution. Pour finaliser la révolution, il faut enfin repenser la mobilité dans notre région en cessant d’opposer la route aux transports publics. Le STIF doit devenir l’autorité de toutes les mobilités, du transport en commun au taxi, en passant par le vélo ou le transport sanitaire.

Pour le financement, nous allons baisser les dépenses de fonctionnement pour avoir des marges de manœuvre et investir sur nos priorités, comme les transports. Nous financerons l’achat du nouveau matériel roulant par l’emprunt en étalant la charge d’investissement sur vingt à vingt-cinq ans, soit la durée d’investissement. Nous allons aussi mener une lutte sans merci contre la fraude. C’est une question de justice.

RPP – Vous considérez la métropole du Grand Paris comme « un contre-sens historique et une aberration administrative et économique ». Pourquoi ?

Valérie Pécresse – La métropole du Grand Paris, c’est la superposition d’un cinquième échelon administratif sur celui des communes, des intercommunalités, des départements et de la région. Elle crée une barrière administrative entre Paris et la petite couronne d’une part, très urbanisée et riche en emplois, et la zone péri-urbaine et rurale de la grande couronne et ses cinq millions d’habitants d’autre part.

Cette métropole du Grand Paris fracture et divise l’Île-de-France alors qu’il faut au contraire la rassembler.

Je considère qu’en l’état, elle n’est pas viable et complexifie l’organisation administrative alors qu’il faut simplifier. Elle engendre des coûts réels de fonctionnement alors que nous devons nous engager vers une réduction de ce type de dépense. En l’état actuel des choses, je ne crois pas qu’elle puisse améliorer la qualité de vie des Franciliens qui attendent de la Région et des élus de régler leurs problèmes d’emploi, de logement, de transports et d’attractivité économique des territoires.

RPP – Comment allez-vous travailler avec Anne Hidalgo, maire socialiste de Paris ?

Valérie Pécresse – En bonne intelligence et dans l’intérêt de tous les Franciliens ! Nous travaillons déjà main dans la main sur des projets de grande envergure, primordiaux pour le développement économique et le rayonnement de la région capitale, y compris à l’international : fin février, nous nous sommes rendues ensemble à Tokyo, au Japon, où nous avons porté notre candidature aux Jeux olympiques « Paris 2024 » et où nous avons rencontré les professionnels du tourisme et les Japonais pour les convaincre de revenir visiter Paris et l’Île-de-France.

Valérie Pécresse
Présidente du Conseil régional Île-de-France
(Propos recueillis par Florence Delivertoux)