Forces et faiblesses du Front national

Le Front national est venu une nouvelle fois bousculer le jeu politique hexagonal à l’occasion d’un scrutin présidentiel de 2017 inédit à bien des égards. Avec 21,3 % des suffrages, Marine Le Pen se qualifie pour le second tour. Opposée à Emmanuel Macron, la présidente du FN obtient 33,9 % des exprimés et 10,6 millions de voix, établissant un nouveau record historique pour l’extrême droite française.

Au regard cependant des opportunités que semblait lui offrir un contexte national et international particulièrement porteur, la performance de Marine Le Pen a montré la persistance de certaines des faiblesses traditionnelles du national-populisme lepéniste, hypothéquant, pour cette fois encore, sa stratégie de conquête du pouvoir.

Élections intermédiaires : le FN en forces

Les élections intermédiaires de 2014 et 2015 ont témoigné de la position de force du FN.

Sur fond de chômage persistant, d’impopularité record de l’exécutif socialiste, de divisions à droite et de scandales politico-financiers, le mouvement lepéniste a pu capitaliser sur la défiance croissante de l’électorat vis-à-vis des grandes formations de gouvernement (tableau 1).

Tableau 1 – Résultats électoraux du FN depuis 2012

Résultats électoraux du FN depuis 2012
Résultats France entière.
(1) Sous l’étiquette « Rassemblement bleu Marine ».
(2) FN présent dans 587 communes uniquement.
(3) FN présent dans 1 897 des 2 054 cantons.
Source : ministère de l’Intérieur.

Dès 2013, les premières élections partielles de la présidence Hollande avaient laissé entrevoir une colère sourde à l’encontre de l’exécutif et d’une droite empêtrée dans ses divisions internes. En mars 2014, le FN avait remporté son premier succès municipal notable, effaçant le souvenir de sa débâcle de 2008. En lice dans 587 communes, le parti lepéniste avait conquis onze villes1 et plus de 1 500 sièges de conseillers municipaux, une première dans l’histoire d’un mouvement jusque-là assez peu implanté au plan local. Les signes avant-coureurs de la migration d’électeurs déçus de François Hollande vers l’extrême droite allaient être confirmés dans la seconde partie du quinquennat. En mai 2014, les électeurs plaçaient la formation de Marine Le Pen en tête du scrutin européen avec 24,9 % des suffrages, performance rééditée quelques mois plus tard à l’occasion des départementales de mars 2015. Présent dans 1 897 des 2 054 nouveaux cantons, le FN totalisait 25,2 % des voix et qualifiait ses binômes pour le second tour dans plus de la moitié des cas2.

À partir de 2015, le FN bénéficie en outre d’un contexte particulièrement porteur lié, en particulier, à la crise des réfugiés au sein de l’Union européenne et la vague d’attentats djihadistes en France, qui fournit l’opportunité à la formation lepéniste de politiser plus fortement encore les enjeux migratoires et les questions de sécurité nationale. À plusieurs reprises, Marine Le Pen créera la controverse autour de nouvelles « invasions barbares », d’une sharia susceptible de « remplacer la Constitution », passant par la menace d’une immigration « bactérienne » ou liant les actes de terreur à l’entrée de réfugiés sur le territoire. Au mois de décembre 2015, le FN confirme son statut de « premier parti de France » avec 27,7 % des exprimés lors des élections régionales, atteignant des pointes au-delà de 40 % dans ses bastions des Hauts-de-France et de Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Très vite, les sondages d’opinion vont se faire l’écho de cette poussée : dès le printemps 2014, la présidente du FN passe la barre des 25 % des intentions de vote pour la présidentielle. Entre 2015 et 2016, elle recueille en moyenne 28 % des intentions de vote, avec des pointes au-delà de 30 % jamais atteintes par un candidat frontiste de par le passé, une poussée alimentée tout au long du second semestre de 2016 par la perception croissante d’une « vague populiste » internationale, depuis les résultats du Brexit en juin jusqu’à l’élection de Donald Trump aux États-Unis en novembre. Dans ce contexte, Marine Le Pen talonne régulièrement son principal rival à droite, Alain Juppé, qu’elle dépasse au premier tour dans l’hypothèse où ce dernier affronte la concurrence de François Bayrou au centre-droit.

À cette consolidation électorale sans précédent, il faut ajouter le développement organisationnel du parti lepéniste, de son maillage territorial et de son pool d’élites intermédiaires au plan local. Outre ses quelque 1 500 conseillers municipaux, le FN dispose fin 2015 d’un groupe de 24 députés au Parlement de Strasbourg – qui permet à Marine Le Pen de créer, en juin 2015, le groupe Europe des nations et des libertés (ENL) avec ses alliés populistes européens. Le FN compte également deux députés élus en 2012 – Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen –, deux sénateurs, Stéphane Ravier et David Rachline, depuis septembre 2014, 62 conseillers départementaux et pas moins de 358 élus dans les nouveaux conseils régionaux depuis 2015, le mouvement lepéniste représentant par ailleurs la seule opposition à la droite modérée en Paca et dans les Hauts-de-France après le retrait d’entre-deux-tours des listes socialistes.

La déception frontiste du premier tour

Avec 21,3 % des exprimés et plus de 7,6 millions de voix au premier tour de l’élection présidentielle d’avril 2017, Marine Le Pen réalise un nouveau record pour le Front national, dépassant sa propre performance historique de 2012. S’il confirme très largement l’institutionnalisation du parti et la dynamique frontiste des scrutins intermédiaires depuis 2012, ce résultat apparaît cependant comme une déception relative pour les dirigeants du Front national et pour ses militants.

Ce score témoigne des difficultés rencontrées par la présidente du FN tout au long de la campagne officielle, visibles dans la décrue progressive de ses intentions de vote à partir de la mi-mars. Longtemps promise à des sommets présidentiels, Marine Le Pen enregistre une baisse notable d’intentions de vote dans les toutes dernières semaines de la campagne (figure 1), face à la dynamique à gauche de Jean-Luc Mélenchon, dans un contexte marqué par les affaires politico-financières qui viennent entacher l’image de parti aux « mains propres » que le FN a traditionnellement tenté de donner de lui-même. En 2017, plusieurs enquêtes judiciaires sont venues télescoper la campagne présidentielle de Marine Le Pen, s’agissant en particulier de l’emploi présumé par le parti lepéniste de ses assistants européens et de soupçons de financement frauduleux de ses campagnes, au travers notamment de la société Riwal dirigée par des proches de Marine Le Pen3.

Figure 1 – Intentions de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle de 2017

Intentions de vote pour le premier tour de l'élection présidentielle de 2017
Toutes les figures ont été générées en employant le programme « plotplain » du package « blindschemes » dans Stata. Cf. Daniel Bischof (à paraître) « New Graphic Schemes for Stata: plotplain and plottig », Stata Journal.

Le score présidentiel de 2017 apparaît surtout comme un révélateur des faiblesses du mouvement lepéniste, dont certaines avaient déjà été mises en exergue lors des élections de 2015. Avec, en premier lieu, la persistance d’une idéologie et d’une praxis politique encore très largement empreintes du sceau de l’extrême droite version Jean-Marie Le Pen malgré l’exclusion de ce dernier de son parti en août 2015.

Le scrutin de 2017 a mis en lumière les limites de l’entreprise de « dédiabolisation » : à la veille du premier tour, 58 % des Français voient dans le FN un « danger pour la démocratie en France », soit une progression de 11 points en quatre ans4. Le 9 avril, Marine Le Pen créera de nouveau la polémique en refusant de reconnaître « la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv »5. Moins d’un mois auparavant, le FN avait été contraint de suspendre le responsable niçois du parti, Benoît Loeuillet, pour des propos négationnistes tenus dans une interview télévisée6.

Pour nombre d’électeurs, le FN souffre encore d’un déficit de crédibilité en tant qu’alternative aux grands partis de gouvernement. En 2017, le projet politique de Marine Le Pen, détaillé dans les 144 engagements présidentiels dévoilés par la candidate en février, n’a que peu renouvelé le logiciel frontiste. On y retrouve les grandes lignes de force du programme de 2012 : priorité nationale pour les aides sociales et les emplois, réduction drastique de l’immigration – Marine Le Pen ira jusqu’à proposer un « moratoire immédiat sur toute immigration légale » au cours de la campagne7 –, renforcement de la sécurité et de l’autorité8, lutte contre le « communautarisme », retour à la souveraineté nationale et protectionnisme aux frontières. Sous l’impulsion de l’aile gauche, autour de Florian Philippot ou Sophie Montel notamment, le parti a poursuivi également sa relative libéralisation sur les questions de société et gommé certains marqueurs programmatiques tel l’avortement, se coupant ainsi un peu plus de sa base conservatrice « naturelle » qui, pour beaucoup, se tourne vers le candidat des Républicains en 2017.

Comme en 2012, le mouvement lepéniste peine surtout à convaincre de sa capacité à gérer l’économie de la France. La sortie de l’euro, qui demeure l’élément-clé de son projet macro-économique, n’est approuvée que par 22 % des Français, contre 30 % cinq auparavant9. Au sein même du parti, des voix s’étaient élevées fin 2015 pour demander une révision en profondeur de la ligne keynésienne, interventionniste et protectionniste très à gauche inspirée par Florian Philippot et dénoncée comme une impasse stratégique par le camp des « libéristes » tels Louis Aliot, Marion Maréchal-Le Pen ou Jean-Richard Sulzer10. En 2017, le projet économique de Marine Le Pen se révèle au final un assemblage hétérogène de mesures sociales – intervention de l’État, redistribution, défense des services publics – à destination de l’électorat populaire et de propositions plus libérales – baisse des charges des entreprises et réduction des droits de succession – comme autant de signes à l’adresse d’un électorat plus conservateur et bourgeois11. Illustrant la déconnexion d’avec le peuple de droite, le FN n’aura que très marginalement bénéficié de l’effondrement du camp Fillon pendant la campagne. Le mouvement lepéniste est entré dans la présidentielle isolé politiquement, coupé de ses racines droitières, incapable en outre d’opérer une fusion de la famille souverainiste. Au premier tour, Marine Le Pen doit affronter la concurrence de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France (DLF) et, dans une moindre mesure, de François Asselineau, candidat dissident de l’Union populaire républicaine (UPR). À eux deux, les candidats souverainistes totalisent plus de 5 % des voix, privant potentiellement le FN d’une partie de l’électorat eurosceptique à droite de l’échiquier politique.

Les dynamiques du vote Le Pen

En 2017, la géographie du vote Le Pen recouvre une nouvelle fois les contours des principales zones de force du Front national12 (figures 2). La candidate FN réalise ses meilleures performances dans le grand quart nord-est (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Champagne-Ardenne, Lorraine, Franche-Comté, Alsace), à l’image de l’Aisne, son score le plus haut avec 35,7 % des voix ou du fief mariniste du Calaisis où elle totalise 34,3 % des voix au premier tour. Le tropisme septentrional est particulièrement marqué en 2017 : pas moins de treize des vingt départements où Marine Le Pen obtient ses scores les plus élevés sont situés dans les régions du nord et de l’est de la France. L’influence du FN se diffuse vers la façade nord-ouest, avec un renforcement sur le plateau picard, en Pays de Caux et jusqu’aux frontières du bocage normand.

Figures 2 – Les votes Le Pen aux premiers tours des présidentielles de 2012 et 2017

Les votes Le Pen aux premiers tours des présidentielles de 2012 et 2017

Viennent ensuite le grand pourtour méditerranéen, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Languedoc-Roussillon – la présidente du FN atteint notamment des niveaux records dans ses bastions traditionnels du Vaucluse (30,5 %), du Var (30,4 %) et des Pyrénées-Orientales (30,3 %), terre d’élection de Louis Aliot, la vallée de la Garonne – le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne ont voté à 25 et 26,7 % respectivement pour Marine Le Pen –, ainsi que la Corse (27,9 %), confirmant l’implantation durable du FN dans l’île de beauté depuis 200713. Signe de la ruralisation croissante du vote d’extrême droite, la présidente du FN étend l’emprise de son mouvement dans la grande périphérie sud de l’Île-de-France et enregistre des scores à la hausse dans la Beauce, en Sologne ou dans le Berry.

En structure, le vote Le Pen demeure plus faible, en revanche, dans une grande façade ouest du pays, en Bretagne, dans les Pays de la Loire ou en Aquitaine, ainsi que dans les départements du Limousin et de l’Auvergne, jusqu’à la pointe nord de Midi-Pyrénées. La présidente du FN recueille par exemple moins de 15 % des suffrages en Ille-et-Vilaine (14,1 %), Finistère (13,9 %), Côtes-d’Armor (16,5 %) ou en Loire-Atlantique (13,7 %). Elle totalise autour de 16 % dans le Lot et l’Aveyron, 17,7 % dans le Puy-de-Dôme, 17,3 % en Corrèze et 18,3 % dans le Cantal.

Dans la tendance des scrutins précédents, la candidate du Front national réalise en outre des performances très en-deçà de son score national à Paris et dans la petite couronne. Marine Le Pen fait une nouvelle fois son plus mauvais score dans la capitale avec 5 % seulement des voix, en recul par rapport à 2012 (6,2 %). Elle enregistre également des scores à la baisse dans les Hauts-de-Seine (7,6 %) et dans le Val-de-Marne (11,5 %), et conserve peu ou prou son niveau de 2012 en Seine-Saint-Denis (13,6 %).

Au plan national, Marine Le Pen progresse d’un peu plus de 1,2 million de voix et de 3,4 points par rapport à son score cinq ans auparavant. En 2012, la candidate FN n’était arrivée en tête du scrutin que dans un seul département, le Gard ; en 2017, elle emporte la mise dans pas moins de 47 départements où elle recueille en moyenne 27,5 % des voix14. La distribution géographique de l’avancée lepéniste en 2017 atteste d’une consolidation de la présence du FN à travers les territoires : les gains enregistrés par la présidente du mouvement sont globalement plus élevés dans les zones où elle obtenait déjà ses meilleurs scores cinq ans auparavant et sont, à l’inverse, plus faibles dans les terres de mission du FN15. Au regard de son score de 2012 distribué en quartiles, dans les 24 départements métropolitains où elle réalisait ses meilleures performances cinq ans auparavant (quartile supérieur), Marine Le Pen gagne en moyenne 5,4 points. À l’inverse, dans le quartile le plus bas, sa progression n’est que de 1,9 point (contre 3,3 et 4 respectivement dans les quartiles 2 et 3).

Ce sont une nouvelle fois les départements du nord et de l’est qui se distinguent : Marine Le Pen progresse le plus fortement dans l’Aisne (+ 9,3), le Pas-de-Calais (+ 8,8), la Haute-Marne (+ 8) ou les Ardennes (+ 7,9), en particulier. Elle gagne également du terrain en Haute-Normandie ou en Picardie, avec des gains substantiels dans l’Eure (+ 6,6), la Seine-Maritime (+ 6), la Somme (+ 6,6) ou l’Oise (+ 5,8).

Mais c’est dans la France d’Outre-mer que Marine Le Pen enregistre ses plus fortes progressions, dans des territoires longtemps demeurés terra incognita pour l’extrême droite française. Sur fond de conflits sociaux et d’abstention record – avec des taux de participation autour de 40 % dans la plupart des cas – la candidate FN semble avoir été en mesure de capter le mécontentement et la colère des ultra-marins. Symbole de cette dynamique indexée à la crise et à des taux de chômage supérieurs à 20 % dans l’Outre-mer, la Guyane, au sortir d’un conflit social de plusieurs mois, a voté à 24,3 % pour la présidente du Front national en avril 2017. Marine Le Pen recueille également 27,7 % des suffrages à Mayotte16 et jusqu’à 30 % des voix en Nouvelle-Calédonie ou en Polynésie française.

Le cas de Mayotte illustre certaines dynamiques plus localisées du vote FN en 2017, liées notamment à l’impact de la « pression migratoire »17. Le score record de Marine Le Pen y prend racine dans des tensions sociales fortes et des violences à l’encontre des Comoriens présents sur l’île. Sur le territoire métropolitain, les effets de l’immigration sont visibles également dans certaines zones telles que le Calaisis ou la région mentonnaise en bordure de l’Italie, où la candidate du Front national enregistre des scores particulièrement élevés en 2017 : à Menton, Marine Le Pen réunit 32,5 % des voix et dépasse les 40 % dans les petites communes frontalières ; à Calais, elle totalise 37,2 % des suffrages et réunit là-aussi plus de quatre électeurs sur dix dans plusieurs communes limitrophes.

La France de la fragilisation sociale

La géographie du vote en faveur de Marine Le Pen en avril 2017 recoupe celle de la fragilisation sociale et de l’insécurité économique, dans des territoires marqués par le chômage et le pessimisme social, un phénomène déjà noté en 201218 et que l’on a de nouveau observé à l’occasion du dernier scrutin présidentiel19. La présidente du Front national obtient ses meilleurs résultats dans les zones où le chômage dépasse très largement sa moyenne nationale : ainsi les départements méridionaux des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, de l’Hérault, du Gard ou du Vaucluse ; ainsi également, au nord du pays, l’Aisne, le Nord, le Pas-de-Calais, les Ardennes ou l’Aube.

Ce lien entre vote FN et crise sociale est visible à un niveau plus fin, au travers d’un examen de la distribution des scores présidentiels de Marine Le Pen en fonction des principales zones d’emploi, réparties ici en quartiles selon le taux de chômage au premier trimestre20 (figure 3). En 2017, le score moyen de Marine Le Pen augmente de manière significative dans les zones d’emploi des quartiles supérieurs, là où le chômage est le plus élevé, avec 29,2 % des suffrages en moyenne. Le niveau du FN demeure relativement plus faible en revanche dans les quartiles inférieurs, à 18,9 %, là où le chômage est le plus faible.

Figure 3 – Score de Marine Le Pen en 2012 et 2017 en fonction du niveau de chômage
Quartiles (zones d’emploi Insee)

Score de Marine Le Pen en 2012 et 2017 en fonction du niveau de chômage Quartiles (zones d'emploi Insee)
N = 304 zones d’emploi métropolitaines ; scores en % des suffrages exprimés ; taux de chômage Insee (premier trimestre 2017), moyennes pondérées.

Au sud, dans des zones d’emploi telles que Agde, Arles, Béziers, Cavaillon ou Narbonne où les taux de chômage avoisinent ou dépassent les 12 %, Marine Le Pen totalise des scores au-delà de 30 % des voix. Dans le bassin d’emploi d’Orange, fief de l’ancien maire FN Jacques Bompard, la présidente du Front national réunit jusqu’à 36,8 % des exprimés au premier tour. Au nord, on retrouve une situation comparable dans des zones d’emploi telles que Calais, Charleville-Mézières, Douai, Forbach, Laon, Soissons ou St-Quentin. Témoin de l’ancrage du FN dans ces terres populaires heurtées de plein fouet par la crise, l’ancien bassin minier de Lens-Hénin : en 2012, Marine Le Pen y avait obtenu 30,1 % des suffrages au premier tour. En 2017, avec un taux de chômage de 14,5 %, ce sont 40,8 % des électeurs qui y ont choisi la candidate du Front national le 23 avril.

Un vote péri-urbain

Depuis le milieu des années 1990, la distribution spatiale du vote Front national s’est profondément modifiée, traduisant le déplacement progressif des zones de force du mouvement lepéniste vers une France plus périphérique, dans les couronnes rurales et péri-urbaines à distance des grandes métropoles21. En 2012, le FN avait perdu du terrain dans les grandes agglomérations, à Paris, Bordeaux, Strasbourg ou Lyon par exemple – au profit des villes de petite taille. Cette tendance s’était confirmée lors des élections européennes de 2014 et des régionales de 2015 : à cette occasion, le FN avait enregistré ses maximas dans une zone située à une distance comprise entre 30 et 50 km des 42 aires urbaines françaises de plus de 200 000 habitants22.

Au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen réalise encore ses meilleures performances dans les petites municipalités rurales et péri-urbaines de moins de 2 000 inscrits où elle dépasse en moyenne un quart des voix (figure 4). Son score décline en revanche dans les aires urbaines : la présidente du Front national totalise 17,4 % en moyenne des suffrages dans les communes de 20 000 à 50 000 habitants, et 15,5 % dans les villes de plus de 50 000 habitants. Cette distribution correspond à une logique spatiale forte : Marine Le Pen obtient ses meilleurs résultats dans les communes situées entre 30 et 50 kilomètres du cœur d’une aire urbaine, avec 25,5 % en moyenne des voix23.

Figure 4 -Score moyen du FN en fonction de la taille des communes
(2002-2017)

Score moyen du FN en fonction de la taille des communes (2002-2017)
Scores en % des suffrages exprimés ; N = 35 281 communes en 2017. Taille mesurée au nombre d’inscrits.

Le scrutin de 2017 atteste une nouvelle fois de la faiblesse du vote d’extrême droite dans les grandes agglomérations : Marine Le Pen réunit à peine 8,9 % des voix à Lyon, 9,4 % à Toulouse, 7,4 % à Bordeaux ou 7,2 % à Nantes. C’est une nouvelle fois dans la capitale que le niveau du vote FN est le plus faible : à Paris, la candidate du Front national obtient 5 % des suffrages, un score pratiquement divisé par deux depuis 2002. Seules exceptions notables, les grandes villes de l’arc méditerranéen demeurent en 2017 des places fortes du lepénisme : la présidente du FN arrive en tête à Toulon et à Perpignan avec respectivement 27,3 et 25,9 % des suffrages. À Marseille, avec 23,7 % des voix, Marine Le Pen arrive en seconde position derrière Jean-Luc Mélenchon ; à Nice, elle talonne François Fillon dans un bastion de la droite, avec 25,3 % des exprimés.

La transhumance de l’électorat FN vers la France « périphérique » témoigne d’importantes recompositions sociales et spatiales des territoires métropolitains. Depuis une vingtaine d’années, l’installation du vote Le Pen en milieu rural et péri-urbain reflète la transformation sociologique progressive de ces espaces sous l’effet des migrations résidentielles des électeurs des classes populaires et des classes moyennes qui constituent aujourd’hui les principaux bataillons électoraux du Front national, dans les zones pavillonnaires, loin des grandes villes « gentrifiées » où dominent les catégories sociales supérieures et la bourgeoisie traditionnelle. Dans le monde péri-urbain et rural, le discours frontiste résonne avec les inquiétudes liées au sentiment de relégation sociale, de déclassement et d’isolement, dans des contextes souvent marqués par un marché du travail anémié, une petite délinquance quotidienne, les difficultés de transports et le délitement de nombreux services publics24.

Depuis 2012, le Front national a fait des classes moyennes et des catégories populaires son principal cœur de cible, s’adressant en priorité à la France des « petits » et des « invisibles ». En février 2013, Marine Le Pen s’était déjà lancée dans un très médiatique « tour de France des oubliés ». Depuis plusieurs années, la présidente du FN effectue sa rentrée politique dans le petit village de Brachay dans la Haute-Marne, devenu selon elle le symbole de cette « France sans voix mais pas sans courage ». Tout au long de la campagne de 2017, la candidate frontiste a multiplié les déplacements dans de petites villes et villages, pour tenter d’ancrer un peu plus son image de candidate d’un « peuple » méprisé par les élites politiques, économiques et culturelles des grandes métropoles urbaines, seule encore, à en croire la présidente du FN, « à venir au contact de tout le peuple de France (…) là où mes adversaires ne mettent jamais les pieds »25.

Ce glissement vers les périphéries rurales et péri-urbaines illustre enfin deux éléments importants des ressorts du vote FN en France. Un premier aspect concerne l’installation du Front national dans les milieux agricoles depuis le début des années 2000. Longtemps chasse gardée de la droite traditionnelle, le monde rural s’est progressivement tourné vers le FN, reflétant la crise profonde d’une partie des agriculteurs français et leur colère à l’encontre des élites nationales et de l’Union européenne. La défense de la ruralité est apparue comme un thème central du programme lepéniste dès la fin des années 1990 et Marine Le Pen en a fait un cheval de bataille. En 2017, elle a réitéré ses engagements de transformer la Politique agricole commune en Politique agricole française, d’appliquer un « protectionnisme intelligent » pour les produits agricoles et de favoriser fiscalement l’installation des jeunes agriculteurs. Selon une enquête de l’Ifop, la candidate du FN aurait recueilli 30 % des voix chez les agriculteurs au premier tour de l’élection présidentielle de 201726. Un second élément concerne le lien entre vote FN et présence immigrée, dont on sait désormais qu’il ne répond pas à une simple logique de contact et de proximité immédiate. En se déplaçant progressivement vers le monde rural et péri-urbain, l’électorat frontiste s’est également éloigné des villes-centres et des banlieues populaires où se concentrent les populations d’origine étrangère27. On observe de fait une corrélation négative entre la proportion d’immigrés dans la population des communes et le niveau de vote FN28. Au niveau départemental, cette situation est illustrée par la faiblesse de la candidate frontiste dans la petite couronne de la capitale – Val-de-Marne (11,5 %), Hauts-de-Seine (7,6 %) ou Seine-Saint-Denis (13,6 %) – qui accueillent une large population immigrée, respectivement 14,2, 12,7 et 23,1 % de la population. En contraste, Marine Le Pen obtient 22,9 % des voix dans un département plus périphérique comme la Seine-et-Marne, où la présence immigrée ne représente que 8,1 % de la population.

La France des « inaudibles » : sociologie des électeurs frontistes

Sociologiquement, l’électorat Le Pen de 2017 se concentre fortement sur ses caractéristiques « populaires ». Les données d’enquêtes confirment que la présidente du Front national recueille ses meilleurs scores auprès des électeurs qui possèdent un plus faible niveau de diplôme, auprès des employés ou des ouvriers, où elle obtient respectivement 30 et 39 % des voix (tableau 2). La candidate FN recule en revanche dans les classes moyennes et supérieures (10 % chez les cadres, 19 % auprès des professions intermédiaires), témoignant de l’accentuation du phénomène de « prolétarisation » de la base frontiste, accentuant sa présence au sein des couches sociales qui fournissent le noyau dur de l’électorat frontiste depuis la fin des années 198029.

Tableau 2 – Sociologie de l’électorat FN (2007-2017)

Sociologie de l'électorat FN (2007-2017)
Sources : Ifop-Cevipof-ministère de l’Intérieur, Panel Electoral Français 2007, V1P2, mai 2007.
Ifop/Fiducial-Europe 1-Paris-Match-Public Sénat, « Premier tour de l’élection présidentielle 2012 : profil des électeurs et clés du scrutin », sondage jour du vote, 22 avril 2012.
(1) Premier tour : Ifop/Fiducial-Paris-Match-CNews-Sud Radio, « Le profil des électeurs et les clefs du premier tour de l’élection présidentielle », 23 avril 2017.
(2) Second tour : Ifop/Fiducial-Paris-Match-CNews-Sud Radio, « Le profil des électeurs et les clefs du second tour de l’élection présidentielle », 7 mai 2017.

Les élections régionales de 2015 avaient mis en évidence un basculement important des catégories les plus fragilisées par la crise en faveur du FN, au sein d’électorat plus traditionnellement marqué par le vote à gauche ou par l’abstention : les listes d’extrême droite y obtenaient leurs meilleurs scores auprès des plus précaires, notamment chez les ouvriers30. Les indicateurs de précarité attestent de la permanence de ce glissement en avril 2017 : la présidente du FN arrive en tête avec 30 % des voix chez les électeurs qui ont le sentiment d’exercer « une profession en déclin » ; elle domine également dans les foyers aux revenus mensuels les plus faibles (32 %) et culmine à 43 % des voix parmi ceux des électeurs qui déclarent « s’en sortir très difficilement avec les revenus du ménage »31.

Tout comme en 2012, la présidente du FN se retrouve en position de force dans le monde du travail et arrive une nouvelle fois en tête chez les salariés. Le vote frontiste demeure en revanche plus faiblement implanté dans les secteurs plus bourgeois de l’électorat, notamment chez les indépendants et les petits entrepreneurs : en dépit des difficultés du camp Fillon, cet électorat ancré à droite ne s’est pas massivement reporté sur la marque « bleu marine » à l’occasion de la présidentielle, attestant du pouvoir de répulsion du projet frontiste de sortie de l’euro, et, plus généralement, du programme économique de Marine Le Pen, au sein d’une classe entrepreneuriale et professionnelle qui a préféré l’offre Macron, voire Fillon, en avril 2017. Les questions économiques demeurent incontestablement un facteur clivant majeur de l’électorat FN : en 2017, Marine Le Pen peine encore à convaincre les électeurs plus âgés – elle obtient 17 % des voix chez les retraités – ainsi que les catégories supérieures plus fortement diplômées et aux revenus plus élevés, qui demeurent encore très réticentes au vote d’extrême droite.

Signe des évolutions récentes du FN, Marine Le Pen conserve un score élevé auprès des fonctionnaires (22 %), notamment dans les catégories les plus modestes de la fonction publique, séduites depuis 2012 par le nouveau discours politique de l’État « stratège » et de défense des services publics, quand bien même la candidate FN n’a pas réussi à accroître la proportion des salariés du public faisant face, notamment, à la concurrence accrue d’Emmanuel Macron32.

L’élection présidentielle de 2017 confirme en outre l’égalisation des écarts de genre, visible dans les deux élections présidentielles les plus récentes. Depuis 2012, en particulier, les différences hommes-femmes se sont estompées. La dominante masculine traditionnelle du vote d’extrême droite était réapparue à l’occasion des élections intermédiaires, notamment aux régionales de 2015, mais en 2017, la présidente du FN atteint quasiment la parité de vote hommes-femmes au premier tour33. Outre l’effet de changement d’image d’un FN « féminisé » par la présence de Marine Le Pen, le rééquilibrage de l’électorat frontiste témoigne également de l’audience croissante du parti dans un « prolétariat des services » où les femmes sont majoritaires.

La structure des enjeux du vote FN illustre, si besoin était, l’importance des insécurités sociale, économique et culturelle : deux tiers des électeurs de Marine Le Pen citent le « relèvement des salaires et du pouvoir d’achat » comme un motif prédominant de leur choix en 2017, mais ce sont naturellement les thèmes FN traditionnels de la sécurité et de l’immigration qui occupent les premières places des préoccupations des électeurs lepénistes : lutte contre le terrorisme (93 %), contre l’immigration clandestine (92 %) ou contre l’insécurité (85 %)34.

Ces enjeux ont acquis une résonnance particulière auprès des électeurs des milieux populaires. Sous la présidence de François Hollande, les élections intermédiaires ont vu des transferts non-négligeables de l’électorat socialiste vers le camp frontiste : aux régionales de 2015, pas moins de 18 % des nouveaux électeurs du FN provenaient de la gauche, ainsi qu’une tranche plus importante – et sans doute plus attendue – de 47 % de sarkozystes de 201235. Les données de transferts de vote entre 2012 et 2017 confirment en outre que l’électorat lepéniste est demeuré particulièrement fidèle tout au long du quinquennat, avec plus de huit électeurs sur dix loyaux à Le Pen (tableau 3).

Tableau 3 – Matrice de transferts de voix entre 2012 et 2017 (premiers tours)

Matrice de transferts de voix entre 2012 et 2017
Source : données du programme de recherche SCoRE (n = 15 793), enquête BVA pour l’Université de Nice-Sophia Antipolis.

L’échec du second tour

Avec 33,9% des suffrages et plus de 10,6 millions de voix au second tour de l’élection présidentielle de 2017, la candidate du Front national établit un nouveau record pour l’extrême droite hexagonale, multipliant par deux le score de Jean-Marie Le Pen en 2002 et confirmant par ailleurs le statut de son mouvement en tant que force dominante au sein de la constellation des droites radicales en Europe36.

Entre les deux tours, la présidente du FN gagne 12,6 points et retrouve ses principales aires d’influence du premier tour dans les départements du quart nord-est et du sud de la France : Aisne (52,9 %), Pas-de-Calais (52,1 %), Haute-Marne (49,5 %), Ardennes (49,3 %), Meuse (48,4 %), Oise (46,7 %), Aube (45,8 %) ou Somme (45,8 %) notamment, dans la partie septentrionale ; sur le pourtour méditerranéen : le Var (49,1 %), les Pyrénées-Orientales (47,2 %), le Vaucluse (46,5 %), le Gard (45,2 %), l’Aude (44,7 %) et les Alpes-Maritimes (44,6 %) (figure 5). Marine Le Pen confirme en outre ses bons résultats de premier tour en Corse – elle obtient 49,4 % des voix en Corse-du-Sud et 47,7 % en Haute-Corse – ainsi que dans les départements ultra-marins.

Figure 5 – Le vote Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2017

Le vote Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2017

Globalement, les gains de la candidate du Front national demeurent assez largement indexés sur ses scores de premier tour37 : Marine Le Pen progresse en moyenne de plus de 16,5 points dans ses zones de force du 23 avril, dans le quartile supérieur, contre 10 points dans les départements du quartile inférieur. Elle enregistre cependant des gains supérieurs à la tendance nationale dans un ensemble de départements ruraux : Hautes-Alpes, Dordogne, Creuse, Lozère ou Gers, notamment, ainsi que dans les bastions filloniste de la Sarthe et mélenchonistes des Alpes-de-Haute-Provence et de l’Ariège.

En dépit d’une progression indéniable, les résultats du duel qui a opposé Marine Le Pen à Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 ont constitué une déception forte pour des dirigeants FN qui caressaient encore l’espoir de passer la barre des 40 %, nécessaire à la mobilisation de l’électorat frontiste aux législatives. S’il n’a évidemment pas modifié en substance le rapport de force du second tour, le score de Marine Le Pen a, nous allons le voir, profondément miné la capacité du parti de se transformer en véritable force d’opposition au Palais Bourbon en juin 2017.

À l’image du premier tour, le scrutin du 7 mai a été un révélateur des faiblesses de la formation lepéniste, et des obstacles qui se dressent encore sur sa route vers le pouvoir. Avec, en premier lieu, l’isolement politique et son faible pouvoir de coalition, qui pèsent sur la compétitivité du FN dans des scrutins à logique majoritaire et qui ont à nouveau contrarié les ambitions frontistes en mai 2017. Cette difficulté était apparue de manière criante lors des départementales de mars 2015 : malgré un capital de premier tour élevé et une présence dans la quasi-totalité des cantons, le parti lepéniste n’avait au final emporté qu’une soixantaine de sièges et avait, en particulier, échoué à s’emparer des conseils départementaux que beaucoup voyaient à sa portée, tels que l’Aisne ou le Vaucluse. Ce rejet du FN s’était exprimé avec plus de vigueur encore aux régionales de 2015 où la résurrection d’un front républicain, pourtant moribond depuis l’adoption par l’UMP du « ni, ni » en mars 2011, avait arraché in extremis Paca et les Hauts-de-France à l’emprise des Le Pen, tante et nièce.

En 2017, dès l’annonce des résultats du premier tour, la levée quasi-immédiate d’un front de refus du FN a fixé Marine Le Pen dans son rôle d’outsider, ne laissant que peu de doutes quant au résultat final. Très rapidement, Emmanuel Macron reçoit le soutien des principaux partis, à gauche et à droite de l’échiquier, ainsi que de la plupart des dirigeants et personnalités politiques – Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Manuel Valls ou Bernard Cazeneuve – et candidats du premier tour – Benoît Hamon et François Fillon, notamment. À cela s’ajoutent les prises de positions contre Marine Le Pen de la plupart des grandes centrales syndicales et du Medef et les appels à voter en faveur d’Emmanuel Macron de leaders internationaux, à l’image de la Chancelière allemande Angela Merkel ou de l’ancien président américain, Barack Obama.

Les quelques rares voix discordantes viendront de l’aile droite des Républicains – à l’image de Laurent Wauquiez, Nadine Morano ou Éric Ciotti – et de la gauche radicale, en particulier de la part d’un Jean-Luc Mélenchon très réticent à accorder un blanc-seing politique au candidat d’En marche !. Seule consolation, la présidente du Front national parviendra toutefois à nouer une alliance « patriote et républicaine » avec Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la France, faisant de ce dernier un Premier ministre potentiel38. Cet accord de circonstances, critiqué y compris par une partie des cadres de DLF, volera en éclats toutefois dès après l’échec présidentiel de Marine Le Pen.

Renvoyée par Emmanuel Macron à ses racines d’extrême droite – visites symboliques par le candidat d’En marche ! à Oradour-sur-Glane et au mémorial de la Shoah à Paris –, Marine Le Pen doit affronter de nouvelles polémiques dans l’entre-deux-tours présidentiel de 2017, entre révélations du plagiat par l’équipe de campagne de la candidate d’un discours de François Fillon39et l’exhumation de propos controversés de Jean-Francois Jalkh, en passe d’occuper la présidence par intérim du parti, concernant la réalité des chambres à gaz40. Poussée dans ses retranchements, la candidate frontiste rendra coup pour coup à son rival, jouant pleinement de son statut d’adversaire du « système » pour tenter à son tour d’enfermer le candidat d’En marche ! dans l’image de « produit de l’élite politico-financière » et dernier légataire politiquement vivant du hollandisme. Cette stratégie frontale sera expérimentée dès les premières heures de la campagne du second tour, Marine Le Pen s’invitant à un déplacement de son concurrent à l’usine Whirlpool d’Amiens, pour mettre en scène la résistance de la « France d’en bas » au projet « ultralibéral » et « mondialiste » d’Emmanuel Macron.

C’est encore cette stratégie d’affrontement direct que Marine Le Pen privilégiera lors d’un débat de second tour essentiellement marqué par les attaques et l’agressivité d’une candidate manifestement à la peine sur les questions économiques, signe du déficit de crédibilité présidentielle de la dirigeante du Front national. Pour près des deux tiers (63 %) des Français, le candidat d’En marche ! sort vainqueur du débat, 64 % jugeant par ailleurs son projet plus crédible contre 33 % pour sa concurrente41. Marine Le Pen reconnaîtra pour sa part publiquement avoir « raté » son débat et avoir fait preuve de « trop de fougue » à l’occasion de ce face-à-face inédit dans l’histoire politique française42. Interrogés au soir du second tour, 65 % des Français jugent au final qu’Emmanuel Macron « a mené la meilleure campagne entre le premier et le second tour »43.

La mauvaise performance de Marine Le Pen lors du débat d’entre-deux-tours a sans doute contribué à une défaite plus ample que celle annoncée par les sondages. Dans les derniers jours d’une campagne qui peinait par ailleurs en dépit du soutien apporté par Nicolas Dupont-Aignan – qui ne produira en réalité qu’un effet très limité –, les enquêtes d’intentions de vote enregistrent un décrochage d’après-débat, avec un revirement d’environ trois points à l’encontre de Marine Le Pen (figure 6).

Figure 6 – Intentions de vote en faveur de Marine Le Pen au second tour
de l’élection présidentielle de 2017

Intentions de vote en faveur de Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2017
Source : intentions de vote, tous instituts de sondage.

L’échec du second tour demeure intrinsèquement lié, on le voit, aux choix tactiques et idéologiques opérés par les dirigeants du Front national. Dans l’entre-deux-tours, Marine Le Pen a d’abord commis l’erreur stratégique de s’adresser avant tout aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, appelant ces derniers à « faire barrage à Emmanuel Macron »44 et tentant ainsi d’opérer une improbable fusion de la France des « populismes ». L’examen des transferts de vote du ballottage illustre l’échec de la tentative lepéniste : une minorité seulement des électeurs des battus du premier tour a choisi Marine Le Pen (tableau 4). Au final, seul un filloniste sur cinq se sera déporté sur son flanc droit. Le déplacement massif d’une partie de l’électorat de la gauche radicale vers l’extrême droite ne s’est pas produit. Malgré une relative convergence programmatique sur l’opposition à l’UE et en faveur d’une protection nationale, l’opposition profonde de valeurs sociales et morales a empêché un rapprochement des extrêmes entre les deux tours et seuls 7 % des électeurs du candidat de la France insoumise se sont reportés sur la présidente du FN le 7 mai, contre une majorité de 52 % en faveur d’Emmanuel Macron.

Tableau 4 – Transferts de voix au second tour de l’élection présidentielle
de 2017

Transferts de voix au second tour de l'élection présidentielle de 2017
Source : Cevipof/Ipsos Sopra Stera Le Monde

Plus fondamentalement, enfin, le revers du second tour de Marine Le Pen éclaire le resserrement de la base sociologique et idéologique du vote Front national. Au soir du 7 mai, la présidente du FN n’est pas véritablement parvenue à élargir son socle électoral et a une nouvelle fois puisé dans la France des milieux populaires et des « perdants de la mondialisation ». Symboliquement, elle l’emporte dans ses deux bastions ouvriers du nord de la France, l’Aisne (52,9 %) et le Pas-de-Calais (52,1 %). Le profil de ses électeurs de second tour demeure pratiquement inchangé. Marine Le Pen réalise ses plus fortes performances dans les couches populaires : elle réunit 47 % des voix chez les employés et arrive en tête chez les ouvriers avec 60 % des suffrages (tableau 2 plus haut). Elle obtient à nouveau ses meilleurs scores dans les catégories précaires : 51 % des chômeurs ont voté pour la candidate FN au second tour, 45 % des classes de revenus les plus faibles et 42 % dans les petites communes rurales. Au total, près de trois quarts (74 %) des électeurs Le Pen du tour décisif disent « faire partie des perdants et des victimes de la mondialisation » contre 20 % seulement des électeurs d’Emmanuel Macron45.

Au cœur de la campagne de l’entre-deux-tours, la candidate du Front national a opéré un virage inattendu sur la question éminemment sensible de l’euro, saisissant l’opportunité offerte par l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan pour repousser l’horizon d’une éventuelle sortie de la monnaie unique, refusant d’en faire « un préalable à toute politique économique »46. Malgré ce revirement de dernière minute, Marine Le Pen a largement échoué à convaincre un électorat plus bourgeois du bien-fondé de son programme économique et de la crédibilité de son projet présidentiel. La présidente du FN réunit 33 % des voix des indépendants ; elle n’obtient en revanche que 17 % des voix dans les catégories les plus aisées, 19 % auprès des cadres supérieurs et 24 % chez les plus de 65 ans (tableau 2).

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Le FN, un colosse aux pieds d’argile ?

Perçu comme la première grande victoire nationale de Marine Le Pen, soulignant certaines transformations profondes de la société française, le score de 17,9 % des voix obtenu par la présidente du FN au premier tour de la présidentielle de 2012 a fourni la base d’une croissance électorale significative du Front national tout au long d’une présidence Hollande marquée par les soubresauts de la crise économique, la persistance d’un chômage de masse et, politiquement, l’éclatement de la gauche française.

Au travers des deux tours de scrutins présidentiels en 2017, on a pu discerner de fortes continuités avec les élections précédentes. L’orientation économique plus à gauche du FN, associée à son discours traditionnel du chauvinisme de l’État providence, ont contribué à stabiliser et accroître un peu plus encore la force de pénétration de la formation lepéniste dans les couches moyennes et basses salariées, livrant en particulier des scores records pour Marine Le Pen dans les territoires ouvriers du nord et de l’est de la France.

Le contexte de l’élection de 2017, marqué par l’émergence d’un discours « positif » de la globalisation chez Emmanuel Macron, a témoigné de la polarisation croissante d’une ligne de fracture entre une société « ouverte » et une société « fermée », autour de l’impact social, économique et culturel de la mondialisation. Cette structure d’opposition a offert une nouvelle opportunité au FN de réitérer son opposition à l’immigration, au néolibéralisme, au libre-échangisme et à l’Union européenne. La protection de la France des « invisibles », menacée par les dynamiques concurrentielles du capitalisme et d’internationalisation, a permis à la candidate FN d’intensifier l’ancrage de son mouvement au sein d’une large tranche des milieux populaires. Parallèlement, le positionnement virulent anti-islam du FN, paré de ses nouveaux attributs républicains, s’est aligné sur le discours traditionnel d’une gauche laïque sur la question religieuse, contribuant, au moins partiellement, à désenclaver le mouvement lepéniste sur les questions culturelles et identitaires, et participant de son succès auprès d’un électorat venu de la gauche tout au long du quinquennat de François Hollande47.

À l’inverse, le score de 33,9 % obtenu par Marine Le Pen au deuxième tour en 2017, bien que représentant un niveau historique pour l’extrême droite française, a souligné la marginalisation continue du programme du Front national, et son enfermement dans les classes soi-disant « exclues » de la population française qui ont encore constitué l’essentiel de la base électorale lepéniste en 2017. Déjà en 2012, l’enjeu pour le Front national avait été de parvenir à s’adresser à d’autres groupes sociaux, de se tourner notamment vers les classes moyennes et supérieures, le monde de l’entreprenariat et plus généralement vers un électorat plus conservateur, âgé et aisé encore très rétif au vote FN. En dépit de scores à la hausse dans les élections intermédiaires de 2014 et 2015, la formation lepéniste n’est pas véritablement parvenue à étendre de manière significative sa surface électorale et s’est « enkystée » pour l’essentiel dans une France populaire en crise.

Au sortir de la séquence présidentielle, donc, le Front national et sa candidate auront globalement échoué à résoudre l’équation complexe du positionnement politique, idéologique et stratégique du FN, continuant d’osciller entre l’affirmation d’une radicalité politique et la recherche de crédibilité, entre l’opposition frontale au système et la volonté croissante d’en être partie intégrante. On touche ici à un élément fondamental : cette dialectique de la radicalité et de la crédibilité sous-tend en réalité la balance stratégique du parti depuis les premières tentatives de Bruno Mégret dans les années 1980 de sortir le parti lepéniste de l’ornière de l’extrême droite française sans toucher pour autant à son identité profonde. En 2017, le FN est demeuré une force de protestation prisonnière des marges du système, exerçant principalement un pouvoir de « nuisance » et souffrant encore d’un déficit de crédibilité, hors de portée du pouvoir national.

L’échec présidentiel de Marine Le Pen, suivi, nous allons le voir, d’un revers significatif aux législatives, ne peut ni ne doit cependant occulter la réalité de l’institutionnalisation du Front national dans le système politique français. Bien qu’encore inachevée, la stratégie de « dédiabolisation » a desserré l’étau autour du FN, permettant son développement et son implantation aux échelons locaux et régionaux. Au fil des scrutins, le parti lepéniste poursuit son maillage territorial et la constitution d’un réseau de notables locaux, sur lesquel pourront venir s’appuyer de futures conquêtes. L’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan, même éphémère, a posé un nouveau jalon important dans la marche vers une union des droites françaises. Enfin, le succès, somme toute relatif, d’Emmanuel Macron illustre comme par un jeu de miroir la réalité d’une demande sociale forte auprès des laissés pour compte et des « perdants » de la mondialisation pour l’offre de protectionnisme économique, social et identitaire incarnée par le Front national, quand bien même ce dernier aura une nouvelle fois en 2017 échoué à convaincre une majorité de Français de son projet alternatif face à l’ouverture internationale.

Jocelyn Evans
Professeur de science politique, Université de Leeds
Et
Gilles Ivaldi
Chargé de recherche CNRS, URMIS-Université de Nice Sophia Antipolis

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  1. Dans le sud, le FN emporte sept villes –Beaucaire, Béziers, Cogolin, Fréjus, Le Luc, Le Pontet et la mairie du Secteur 7 de Marseille ; plus au nord, le mouvement lepéniste gagne les municipalités de Hayange, Mantes-la-Ville, Villers-Cotterêts ainsi que la désormais très symbolique commune d’Hénin-Beaumont où Steeve Briois est élu dès le premier tour avec 50,3 % des suffrages.
  2. Au second tour, le FN était présent dans 1 008 cantons, dont 826 duels (cf. Gérard Le Gall, « Leçons des départementales 2015 : nouvel avertissement pour le pouvoir… », Revue Politique et Parlementaire, n°1075, avril-juin 2015, pp. 5-30).
  3. Voir à ce propos l’article du Monde « Les six affaires qui menacent Marine Le Pen et le Front national », avril 2017 (en savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/02/02/les-trois-affaires-qui-menacent-marine-le-pen-et-le-front-national_ 5073473_4355770.html).
  4. Cf. Baromètre d’image du Front national, Kantar Sofres-OnePoint pour Le Monde et France Info, mars 2017 (http://fr.kantar.com/opinion-publique/politique/2017/barometre-2017-d-image-du-front-national/).
  5. Cf. « Marine Le Pen choque en déclarant que « la France n’est pas responsable » de la rafle du Vél’ d’Hiv », Le Monde, 10 avril 2017 (http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/10/marine-le-pen-choque-en-declarant-que-la-france-n-est-pas-responsable-de-la-rafle-du-vel-d-hiv_5108622_4854003.html).
  6. « Un conseiller régional du FN suspendu pour avoir tenu des propos négationnistes », Le Monde, 15 mars 2017 (http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/15/un-conseiller-regional-du-fn-suspendu-pour-avoir-tenu-des-propos-negationnistes_ 5094690_4854003.html).
  7. Cf. « Au Zénith de Paris, Marine Le Pen veut un « moratoire immédiat sur toute l’immigration légale » », Le Monde, 17 avril 2017 (http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/17/au-zenith-de-paris-marine-le-pen-veut-un-moratoire-immediat-sur-toute-l-immigration-legale_5112668_4854003.html).
  8. On remarquera toutefois une inflexion notable avec la disparition de la proposition frontiste classique de rétablissement de la peine de mort, désormais renvoyée à un éventuel référendum d’initiative populaire.
  9. Cf. Baromètre d’image du Front national, ibid.
  10. Cf. Gilles Ivaldi, « Du néolibéralisme au social-populisme ? La transformation du programme économique du Front national (1986-2012) » in Sylvain Crépon, Alexandre Dézé et Nonna Mayer (dir.), Les faux semblants du Front national. Sociologie d’un parti politique, Paris, Presses de Sciences-Po, octobre 2015, pp.161-184.
  11. Cf. Gilles Ivaldi, « L’économie populiste « attrape-tout » de Marine Le Pen », Le Monde, Idées, 16 février 2017 (http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/02/16/l-economie-populiste-attrape-tout-de-marine-le-pen_5080505_3232.html).
  12. Sur l’ensemble des 96 départements métropolitains, on observe une corrélation très forte (r = 0,97) entre les niveaux relatifs des votes Le Pen en 2012 et 2017. La corrélation n’est en revanche que de 0,78 si l’on ajoute les territoires ultra-marins où le vote FN a sensiblement progressé au cours du quinquennat.
  13. En 2012, Marine Le Pen était arrivée en deuxième position dans l’île. En 2017, elle prend la première place dans les deux départements.
  14. À titre de comparaison, Emmanuel Macron, vainqueur du premier tour, n’occupe la première place que dans 44 départements, incluant les territoires d’outre-mer et les Français établis à l’étranger. 
  15. Si l’on exclut ici les territoires d’Outre-mer et les Français de l’étranger, la corrélation au niveau départemental entre les gains enregistrés en 2017 et le niveau du vote Le Pen en 2012 est positive et significative (r = 0,73).
  16. Devenu en 2016 le département français au taux de chômage le plus élevé avec plus de 27 % de la population active.
  17. Voir à ce propos : Ifop, « L’impact électoral de la pression migratoire », Focus n°164, juillet 2017 (http://www.ifop.com/media/pressdocument /985-1-document_file.pdf).
  18. Cf. Gilles Ivaldi, « Front national : une élection présidentielle de reconquête », Revue Politique et Parlementaire, n°1063-1064, avril-septembre 2012, pp. 101-119.
  19. Au niveau départemental, la corrélation est positive et significative (r = 0,57) entre le taux de chômage au premier trimestre 2017 et le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle (n = 96 départements métropolitains).
  20. L’Insee définit 321 zones d’emploi (dont 304 en métropole) dans lesquelles les actifs résident et travaillent. Ce découpage distingue des espaces géographiques pertinents pour l’étude de l’état du marché du travail. Les résultats électoraux de 2017 ont été agrégés et pondérés sur la base des données disponibles pour les communes métropolitaines.
  21. Ce processus de migration de l’électorat frontiste vers le péri-urbain a été décrit dans de nombreux travaux. Voir notamment M. Bussi, J. Fourquet et C. Colange. « Analyse et compréhension du vote lors des élections présidentielles de 2012, l’apport de la géographie électorale », Revue française de science politique, 62(5), 2012.
  22. Cf. Jérôme Fourquet, « L’influence de l’isolement et de l’absence de services et commerces de proximité sur le vote FN en milieu rural », Ifop Focus, n°135, mars 2016.
  23. Cf. Ifop Focus n°159 (http://www.ifop.com/ ?option=com_publication&type=publication& id=976).
  24. Cf. Jérôme Fourquet, « L’influence de l’isolement et de l’absence de services et commerces de proximité sur le vote FN en milieu rural », ibid.
  25. http://www.lepoint.fr/presidentielle/a-brachay-marine-le-pen-parle-a-la-france-des-oublies-04-09-2016-2065757_3121.php 
  26. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/ 04/29/20002-20170429ARTFIG00018-pour-qui-voteront-les-agriculteurs-le-7-mai.php 
  27. Selon les données de l’Insee, les grands pôles urbains réunissent à eux seuls 80 % de la population immigrée en France, dont 40 % pour la seule aire urbaine parisienne (https://www.insee.fr/fr/statistiques/2121524).
  28. Cf. D. J. Della Posta, « Competitive Threat, Intergroup Contact, or Both? Immigration and the Dynamics of Front National Voting in France », Social Forces, 92 (1), 2013.
  29. Cf. Florent Gougou « Les ouvriers et le vote Front national. Les logiques d’un réalignement électoral », in Sylvain Crépon et al. (dir.), Les faux-semblants du Front national, Paris, Presses de Sciences Po, 2015.
  30. Cf. Nonna Mayer, « Les électeurs du Front national (2012-2015) », in Florent Gougou et Vincent Tiberj (dir.) La déconnexion électorale, Paris, Fondation Jean-Jaurès, 2017, pp.69-76.
  31. Cf. Ipsos-Sopra-Steria, 1er tour présidentielle 2017 : sociologie de l’électorat (https://www.ipsos.com/fr-fr/1er-tour-presidentielle- 2017-sociologie-de-lelectorat).
  32. Cf. Luc Rouban, « Les fonctionnaires face à l’élection présidentielle de 2017 » (étude n°4) Cevipof, Enef, Note # 31 / vague 11 / février 2017.
  33. Cf. Nonna Mayer, « Le plafond de verre électoral entamé, mais pas brisé », in Sylvain Crépon et al. (dir.), Les faux-semblants du Front national, Paris, Presses de Sciences Po, 2015.
  34. Source : Ifop/Fiducial-Paris-Match-CNews-Sud Radio, « Le profil des électeurs et les clefs du premier tour de l’élection présidentielle », 23 avril 2017.
  35. Cf. Jérôme Jaffré, « Les nouveaux électeurs du Front national », Cevipof-Enef, Note #7 / vague 1 / janvier 2016 (tableau 1) (https://www.enef.fr/app/download/12983061325/LA_NOTE_%237_vague1.pdf?t=1505043030).
  36. Cf. Gilles Ivaldi, « Le Front national français dans l’espace des droites radicales européennes », Pouvoirs, n°157, 2016, pp.115-126.
  37. Au niveau départemental, on observe une corrélation positive (r = 0,78) entre les gains enregistrés au second tour et le niveau du vote Le Pen au premier tour.
  38. https://www.marine2017.fr/2017/04/29/alliance-patriote-republicaine/
  39. « Quand Marine Le Pen plagie François Fillon », Le Figaro, 2 mai 2017 (http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/05/01/ 35003-20170501ARTFIG00211-quand-marine -le-pen-plagie-fillon.php).
  40. « Front national : Jean-François Jalkh rattrapé par ses déclarations négationnistes », Le Monde, 27 avril 2017 (http://www.lemonde.fr/ politique/article/2017/04/27/le-nouveau-president-du-fn-jean-francois-jalkh-rattrape-par-des-declarations-negationnistes _5118476_823448.html).
  41. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/ 05/04/97001-20170504FILWWW00040-sondage-macron-vainqueur-du-debat.php
  42. http://www.lepoint.fr/societe/le-pen-reconnait-un-debat-d-entre-deux-tours-rate-18-05-2017-2128547_23.php
  43. Source : Ifop/ Fiducial-Paris-Match-CNews-Sud Radio, « Le profil des électeurs et les clefs du premier tour de l’élection présidentielle », 23 avril 2017.
  44. http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/28/marine-le-pen-lance-un-appel-aux-electeurs-de-jean-luc-melenchon_5119496_4854003.html
  45. Source : Ifop/Fiducial-Paris-Match-CNews-Sud Radio, « Le profil des électeurs et les clefs du second tour de l’élection présidentielle », 7 mai 2017.
  46. Cf. Alliance patriote et républicaine – Marine 2017 (https://www.marine2017.fr/wp-content/uploads/2017/04/3-pages-nda-marine.pdf).
  47. Cf. Pascal Perrineau, Cette France de gauche qui vote FN, Paris, Seuil, 2017.