Jean-Pierre Gorges : « le prochain président c’est moi ! »

Jean-Pierre Gorges, député-maire de Chartres, se lance dans la course à la présidentielle. Il nous expose ses motivations et son projet qu’il détaille dans un livre qui vient de paraître « La France c’est vous ! ».

Revue Politique et Parlementaire – Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Jean-Pierre Gorges – Avant mon élection à la mairie de Chartres, j’étais directeur des systèmes d’information dans un grand groupe bancaire après avoir travaillé pendant vingt-cinq ans dans diverses entreprises. Installé à Chartres depuis 1986, j’ai détecté le potentiel non exploité de cette ville qui s’endettait année après année. J’ai rassemblé, en dehors du système politique local, une équipe autour d’un projet de renouveau. En 2001, j’ai gagné l’élection municipale face à une liste RPR/UDF et une gauche divisée. Puis, quelques jours après, j’ai été élu président de la communauté d’agglomération. En 2002, j’ai remporté les législatives en battant les mêmes adversaires qu’en 2001. Depuis, j’ai été réélu trois fois maire de Chartres et trois fois député d’Eure-et-Loir.

Issu de la société civile, j’ai toujours cherché à rester un esprit libre et un député indépendant, même si je suis rattaché au groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale.

RPP – Vous venez d’annoncer votre candidature à l’élection présidentielle. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Jean-Pierre Gorges – Depuis quinze ans, Chartres se développe et rassemble. Malgré un contexte général difficile, mes équipes et moi avons réorganisé notre territoire, instauré un climat de confiance, œuvré pour le développement économique, le logement, le sport, la culture. Nous avons baissé chaque année les taux des impôts locaux des Chartrains tout en investissant massivement et en maîtrisant la dette. C’est exactement le défi que la France n’arrive pas à relever depuis quarante ans. Je pense qu’il y a un modèle chartrain.

Bien que les candidats à la présidentielle, à droite comme à gauche, aient tous échoué, ils nous proposent à nouveau les mêmes recettes. Ils ne nous offrent aucune vision de la France, mais présentent des catalogues de promesses tel celui de Bruno Le Maire qui compte pas moins de 1 000 pages.

Aujourd’hui, 78 % des Français rejettent les politiques. Je souhaite m’adresser à tous ceux qui n’ont plus confiance, aux abstentionnistes, aux citoyens qui se tournent vers les extrêmes. Je me refuse à ce que le Front national ou Jean-Luc Mélenchon soit leur seule option. C’est pourquoi, je propose une alternative portée par la société civile et les élus locaux qui en sont le prolongement.

RPP – À l’Assemblée nationale vous siégez dans le groupe Les Républicains. Pourquoi avez-vous décidé de ne pas vous présentez à la primaire de la droite et du centre ?

Jean-Pierre Gorges – Je suis contre les primaires. La Ve République ce n’est pas cela. C’est la rencontre d’un homme avec le peuple, d’un homme qui porte un projet. Il est par conséquent hors de question que je participe à quelque primaire que ce soit. On a également voulu m’inclure dans une primaire citoyenne. Des micro-partis citoyens ont essayé d’organiser une primaire, mais ils n’ont pas réussi à le faire, ce qui est bien car cela démontre qu’ils ne sont pas encore « englués » dans les partis politiques.

RPP – Vous vous positionnez comme le candidat de la société civile et des élus locaux. Qu’entendez-vous par là ?

Jean-Pierre Gorges – Je pense que la France se construit tous les jours en dehors de Paris. Si l’Assemblée nationale cesse de fonctionner pendant un an, il n’y aura pas de conséquences. En revanche, dans le moindre village, si vous n’avez plus de conseil municipal, la commune est en danger.

Je souhaite porter un projet ouvert sur la société civile, ses talents, les élus locaux qui se battent chaque jour pour faire fonctionner la France. Faire appel à ceux qui font, plutôt qu’à ceux qui disent. Voilà comment rendre aux citoyens les clés de leur pays.

Aujourd’hui, nous avons une armée de Jacobins qui sortent de l’école puis se professionnalisent en politique. Je propose que la société civile reprenne ses affaires en main et que le pouvoir soit au plus près de ceux qui ont à faire et savent faire. La centralisation et le jacobinisme ont fait la force de la France. Mais aujourd’hui, dans ce contexte de mondialisation, ce système est dépassé. La réponse à la mondialisation, c’est la décentralisation avec une multitude de solutions locales. Les Français, parfois désorientés par la mondialisation et ses effets, se retrouvent d’autant plus attachés à maîtriser ce qui se passe dans leur environnement immédiat, le reste semblant leur échapper.

Il faut laisser à l’État ses missions régaliennes, la défense, la justice, la sécurité, et déléguer tout ce qui est possible de l’être aux collectivités locales et territoriales. C’est une question de proximité, gage de pertinence, d’efficacité dans l’action et donc de moindre coût. Les problématiques d’urbanisation ne sont pas identiques à Strasbourg et à Brest, celles de l’emploi pas les mêmes à Marseille qu’à Lille. Il nous faut un projet régalien, girondin résolument décentralisateur. Ce modèle correspond à l’évolution de nos sociétés post-modernes.

RPP – On recense aujourd’hui de nombreux candidats à la présidentielle. Qu’est-ce qui vous différencie d’eux ?

Jean-Pierre Gorges – Tous les candidats passent de l’école à la politique. Ils n’ont jamais travaillé dans la société civile, encore moins dans une entreprise. Ils sont donc très éloignés des réalités, ils ne les connaissent pas car ils ne les ont jamais vécues. Sur les trois derniers Premiers ministres, deux ont commencé leur carrière comme attaché parlementaire et un comme professeur. Pour moi, la politique devrait être réservée à ceux qui ont déjà fait leurs preuves dans la société et qu’ensuite, seulement, ils participent à la construction du pays en mettant leurs expériences à son service.

Les partis politiques nous imposent pratiquement le même « plateau » de candidats qu’en 2012. Les principaux ont déjà échoué une fois, mais on nous présente cela comme un gage d’expérience. Hormis Jean-Frédéric Poisson, les six autres candidats à la primaire de la droite et du centre sont tous d’anciens ministres. Nicolas Sarkozy, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé, Bruno Le Maire étaient aux affaires de l’État entre 2007 et 2012 et ils ont échoué. Comment croire des gens qui se bornent à nous dire : « Faites-moi confiance, cette fois-ci je ferai ce que la fois précédente j’avais promis que je ferais, mais que je n’ai pas fait… » ?

Moi, je ne suis ni un professionnel, ni un fonctionnaire de la politique. J’ai d’abord exercé pendant vingt-cinq ans dans la société civile avant de gérer une commune et de devenir parlementaire. Je reste un représentant de cette société civile où l’échec est sanctionné, où l’idée nouvelle est bienvenue, où l’adaptation au monde en marche est vitale.

Je n’ai jamais raté. J’ai réussi dans la société civile, j’ai réussi à Chartres et on ne peut pas m’accuser de défaillance au niveau national puisque je n’ai jamais eu les commandes.

Face aux catalogues de promesses, qui ne seront jamais tenues, présentés par ces candidats, je propose un projet cohérent et équilibré au niveau sociologique, démographique, fiscal, urbanistique, etc.

RPP – Quelle vision avez-vous de la fonction de président de la République ?

Jean-Pierre Gorges – Le président de la République doit être au-dessus de tout le monde. Il doit s’assurer que l’État est protecteur et qu’il remplisse par conséquent ses grandes missions régaliennes. Il doit également veiller à ce que l’État soit le garant des libertés, c’est-à-dire assurer l’égalité des chances entre les habitants de ses territoires tout en restituant à ceux-ci la liberté de s’organiser comme leurs habitants l’entendent, en respectant naturellement les grands principes de la République. Enfin, il doit veiller à ce que l’État présente des budgets équilibrés, maîtrise la dette, garantit l’égalité fiscale et une protection sociale qui préserve à la fois la solidarité nationale et la liberté de choix de chaque individu.

Mais pour cela, le président de la République doit s’entourer de ministres venant de la société civile, seuls capables de comprendre ces problématiques.

RPP – Quelles actions allez-vous mener pour palier votre déficit de notoriété sur le plan national ?

Jean-Pierre Gorges – Ce déficit de notoriété est pour moi une force. Les Français en ont assez de voir toujours les mêmes personnalités politiques, certaines depuis trente ans, sur les plateaux de télévision. Je siège depuis quinze ans à la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Plusieurs de mes collègues préfèrent participer à des émissions de télévision alors qu’ils sont censés être en commission, mais on ne les y voit jamais.

Les Français n’en peuvent plus d’entendre toujours les mêmes promesses non tenues. Ils ont besoin de voir de nouvelles têtes et j’en suis une qui, de plus, possède de l’expérience dans la société civile et en tant qu’élu local.

Jacques Attali a dit « aujourd’hui, personne ne connaît le prochain président de la République », et bien c’est moi.

RPP – Quelles sont les grandes lignes de votre projet politique ?

Jean-Pierre Gorges – Mon projet repose sur un État fort et recentré sur ses missions régaliennes dans une France décentralisée.

L’État doit accorder davantage de moyens à ses missions régaliennes, rendre à la France sa liberté de manœuvre en Europe et dans le monde et aux Français confiance en l’avenir et en l’esprit de conquête. Ce projet privilégie aussi l’investissement, l’avenir, l’activité et donc l’emploi. Il ne se présente pas comme une rupture, mais comme l’organisation du retour à l’équilibre, condition du dynamisme. Il est porteur de libertés pour les Français. Les fiscalités notamment, la nationale et la locale, garantiront cet équilibre. Cet État rénové doit retrouver le chemin de l’investissement public, celui qui porte sur les grandes infrastructures et définit les enjeux stratégiques, assure l’indépendance énergétique et l’égalité numérique. Investir, c’est assurer l’unité des territoires et la cohésion sociale.

Aujourd’hui trop de Français ont l’impression d’être abandonnés. L’État nous bombarde de lois, de normes, de contraintes et d’impôts. Mais, en même temps, il se désengage. Il se défausse tout en continuant de nous empêcher d’agir, de reprendre nos affaires en mains.

Mon projet est donc résolument décentralisateur. C’est la solution que l’on n’a jamais essayée dans notre pays jacobin. Il y va de la démocratie, qui exige aujourd’hui de rapprocher les décideurs et les décisions des citoyens et des réalités. La décentralisation c’est le retour à l’équilibre financier. C’est encore le remède aux excès de la mondialisation : les Français subissent celle-ci et ressentent le besoin de maîtriser davantage leur environnement proche. C’est enfin, la liberté d’initiative, d’expérimentation, la possibilité de comparer les solutions des uns et des autres et leurs résultats.

De la même manière que c’est l’État qui a créé la nation française, c’est la décentralisation qui préservera la société et la nation française de la dislocation, de l’upérisation.

Jean-Pierre Gorges
Député-maire de Chartres
Propos recueillis par Florence Delivertoux