Le nouveau Parlement européen (2019-2024)- Un scrutin, six enseignements !

Du 23  au 26 mai 2019, 427 millions d’électeurs issus des 28 pays de l’Union européenne ont désigné 751 députés européens qui siégeront à Strasbourg, pour un mandat de cinq ans. La Revue Politique et Parlementaire a demandé à Philippe Deloire (auteur de 28 mai 2019. Election du Parlement européen. Macron tiendra t-il son pari ?, éditions NomBre7) quels enseignements tirer de ce scrutin.

En application du Conseil européen du 10 avril 2019, au 31 octobre 2019, au plus tard, après le départ de la Grande-Bretagne de l’UE, le Parlement européen comptera 705 députés. En France ce sont 74 députés qui ont été élus le 26 mai 2019 et 5 autres s’y ajouteront en raison de la répartition des 73 députés britanniques (27 députés supplémentaires répartis entre 13 États, et 46 députés conservés en prévision de nouvelles adhésions à l’Union européenne).  

Un taux de participation en hausse depuis 2009

Au sein de l’UE, le taux de participation s’est établi à 50,5 % en hausse de 8 % comparé à 2014, soit le plus élevé depuis le scrutin de 1999.

Cela s’explique par un enjeu qui a été fortement politisé en opposant l’Europe des progressistes à celle des nationalistes. 

Alors que dans les Pays d’Europe Centrale et Orientale, elle était traditionnellement plus faible qu’au sein des pays de l’UE à 15, elle est en hausse en Hongrie, République tchèque, en Slovaquie dans des pays aux leaders qui critiquent le fonctionnement de l’UE. En Allemagne, de 48,10 % en 2014, il bondit à 61,41 % cinq ans plus tard. En Espagne, l’association des élections municipales et régionales le même jour explique un taux de participation élevé qui se situe à 64,30 %  En France, il franchit la barre des 50 % (50,12%) en hausse de près de 8 % (42,43 %) qui tient à la présence de listes « gilets jaunes », captant le vote abstentionniste et à la volonté de sanctionner la politique du chef de l’État, Emmanuel Macron et les jeunes ont plus voté devenant la première population à avoir voté en faveur du parti écologiste dans la ligne de mobilisation dans le cadre de « la Marche du siècle. »

La fin du duopole PPE/Socialistes-Démocrates

Comme en 2014, les deux premiers groupes politiques demeurent le Parti Populaire Européen  avec 175 députés, suivi du groupe des Socialistes et Démocrates avec 148 parlementaires. Ce classement identique ne doit pas faire oublier que le groupe du PPE enregistre une perte de 46 députés et celui le groupe S&D de 43 parlementaires. En France, cela s’est traduit par le score deux fois et demie plus faible du parti Les Républicains avec 8,4 8% et 8 députés, contre les plus de 20 % de l’UMP en 2014 et par un Parti socialiste avec 6,19 % et 6 députés contre plus du double cinq ans plus tôt.

Cette nouvelle donne parlementaire signifie la fin de la domination des deux groupes majoritaires depuis 1999.

Elle se traduisait par l’attribution des postes les plus importants entre ces deux grandes formations.

L’émergence d’un groupe centriste

Le troisième groupe qui comporte 109 députés est composé de l’ALDE&R (Groupe Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe + Renaissance (La République En Marche et le Mouvement démocrate + l’alliance roumaine USR PLUS). Cela représente 49 députés supplémentaires par rapport à la composition de l’ALDE en 2014, dirigée par l’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt.

Ce nouveau groupe enregistre la plus forte progression dans la nouvelle Assemblée.

En France, la liste Renaissance a obtenu 22,41 % des suffrages exprimés, soit  23 députés européens qui sont les plus nombreux au sein de ce nouveau groupe centriste. 

La percée des écologistes

Les députés écologistes passent de 52 membres à 77 soit un gain de 25 députés, ce qui constitue un record historique pour ce groupe. En France, la liste Europe Écologie a atteint 13,47 % obtenant 13 députés. Les Verts allemands s’installent comme la deuxième force politique avec 20,50 % derrière la CDU/CSU 28,90 % et devant le SPD qui s’effondre à 15,80 %. Les Verts allemands avec 23 députés dominent ce groupe.

Une progression sensible des nationalistes

En France, Marine Le Pen, leader du Rassemblement national, gagne son pari en occupant la première place et obtient 23 députés comme la liste Renaissance. En Italie, Matteo Salvini l’emporte largement avec 34,33 %, soit 28 sièges. Ces deux partis dominent le groupe ENL (Europe des Nations et Libertés) qui compte 58 sièges avec l’apport des 7 sièges du FPÖ autrichien. En Hongrie, le Premier ministre, Viktor Orban, conforte son bon résultat des dernières législatives (49,27 %) en raflant la mise avec 52,33 % soit 13 sièges.

L’extrême-droite obtient 115 députés soit un total de 173 pour les partis nationalistes en hausse de 20 députés qui ne seront pas en mesure de bloquer les travaux du Parlement. 

La naissance d’alliances progressistes

Le jeu politique est très ouvert. Des coalitions parlementaires sont possibles entre le groupe PPE + S&D + les Verts et/ ou de l’ALDE dépassant la majorité absolue de 376 élus ou les quatre groupes entre eux, mais non S&D+ALDE+Les Verts sauf à rallier des élus du groupe PPE. La bataille va s’engager pour la présidence du Parlement européen revendiquée par les Ecologistes et celle de la Commission européenne par le groupe PPE.  

Philippe Deloire
28 mai 2019. Election du Parlement européen. Macron tiendra t-il son pari ?
Editions NomBre7