Les outre-mer, terres de contrastes politiques

Les outre-mer représentent 1,9 million d’électeurs inscrits, mais leur poids électoral est atténué par une participation traditionnellement moindre qu’en métropole : 47 % au premier tour de la présidentielle de 2017 (80 % en métropole), 53,6 % au second (76,3 %).

L’ordre d’arrivée au soir du 23 avril n’y a pas été le même non plus (tableau 1) : Marine Le Pen (21,9 % des suffrages exprimés), Jean-Luc Mélenchon (20,8 %), François Fillon (20,7 %) puis Emmanuel Macron (20,4 %). Au soir du 7 mai, en revanche, les outre-mer et la métropole ont voté de façon similaire en faveur d’Emmanuel Macron, autour de 65 % (tableau 2).

Tableau 1 – Premier tour de la présidentielle de 2017

 Résultats du premier tour de la présidentielle de 2017 en outremer

Tableau 2 – Second tour de la présidentielle de 2017

Résultat du second tour de la présidentielle de 2017 en outremer

Globaliser les outre-mer n’a toutefois aucun sens. Chaque entité possède en effet sa propre vie politique1. Nonobstant leur importance quantitative, chacune d’entre elles demanderait donc une analyse spécifique au même titre que la France métropolitaine2. Cet article a pour objet d’étudier les scrutins présidentiel et législatifs de 2017 dans ces onze collectivités.

Saint-Pierre-et-Miquelon

Avec 35,4 % des suffrages exprimés, Jean-Luc Mélenchon a surgi en tête à Saint-Pierre-et-Miquelon, loin devant Marine Le Pen (18,2 %) et Emmanuel Macron (18 %). Ni François Fillon, ni Benoît Hamon n’ont dépassé 10 %. Les législatives ont néanmoins été marquées par la traditionnelle rivalité entre Archipel demain de Stéphane Artano (proche de LR), le président du conseil territorial, et Cap sur l’avenir d’Annick Girardin (associée au Parti radical de gauche).

Ministre sous François Hollande, cette dernière a été reconduite dans le gouvernement d’Édouard Philippe en charge des Outre-mer. Elle était l’unique personnalité de toute la France soutenue sans être investie par La République en marche (LREM), bénéficiant parallèlement de l’investiture habituelle du PRG et du PS. Au premier tour, Annick Girardin et Stéphane Lenormand (Archipel demain) ont récolté le même nombre de voix (1 209, soit 41,59 %). Au second tour, la ministre a gagné (51,87 %).

Guadeloupe

Emmanuel Macron a été plébiscité en Guadeloupe, région ancrée à gauche, avec 30,2 % au premier tour, distançant Jean-Luc Mélenchon (21,4 %), puis 75,1 % au second tour. Il disposait du parrainage d’Ary Chalus, député sortant et président du conseil régional, ainsi que de « Guadeloupe unie, solidaire et responsable » (GUSR), qui a abandonné depuis 2016 la référence au socialisme.

La majorité a capté trois des quatre sièges, dont un seul investi par LREM : Olivier Serva, soutenu par GUSR. Il sera porté à la présidence de la délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale. L’autre LREM, Diana Perran (GUSR), avec comme suppléante la sortante Gabrielle Louis-Carabin, a par contre été écartée par Justine Bénin, autrefois son affidée. Se réclamant aussi d’Emmanuel Macron, celle-ci s’est apparentée au groupe MoDem.

Dans la circonscription d’Ary Chalus, deux macronistes se sont également affrontés au second tour, Nestor Luce (GUSR) et Max Mathiasin, ex-patron de la fédération guadeloupéenne du PS. Victorieux, il s’est pareillement apparenté au groupe MoDem.

La fédération guadeloupéenne du PS est une des plus importantes d’outre-mer, ce qui permet à Benoît Hamon de frôler les 10 % (9,9 %), certes derrière Marine Le Pen (13,5 %) et François Fillon (14,5 %). Aux législatives, l’ancien ministre des Outre-mer Victorin Lurel, l’homme fort de cette fédération, est parvenu à faire élire sa suppléante Hélène Vainqueur-Christophe. Elle sera l’un des trois affiliés au groupe Nouvelle gauche (nouvelle appellation du groupe socialiste) à voter la confiance à Édouard Philippe.

Saint-Barthélemy et Saint-Martin

François Fillon s’est positionné premier à Saint-Barthélemy (jusqu’à 40,7 %) et à Saint-Martin (27,2 %), où les conseils territoriaux sont présidés par deux LR, respectivement Bruno Magras et Daniel Gibbs. Sortant, ce dernier ne se représentait pas en raison de la nouvelle interdiction de cumuler un mandat parlementaire et une fonction exécutive locale. Ces deux îles ont confirmé leur ancrage à droite en élisant Claire Javois Guion-Firmin (LR).

Martinique

Jean-Luc Mélenchon (27,4 %) a atteint la première place en Martinique. Outre le modeste Parti communiste martiniquais, il était soutenu par Claude Lise, le président de l’Assemblée de Martinique et fondateur du Rassemblement démocratique martiniquais. Juste derrière lui au premier tour (25,5 %), Emmanuel Macron a été plébiscité au second (77,6 %). Bien que son Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) se tienne par principe à l’écart des scrutins présidentiels, Alfred Marie-Jeanne, sortant et président du conseil exécutif de la collectivité territoriale, avait exceptionnellement appelé « à barrer la route à Marine Le Pen ».

Emmanuel Macron avait reçu le parrainage du Parti régionaliste martiniquais de Chantal Maignan, orientée au centre droit, et de dissidents du Parti progressiste martiniquais. Aux législatives, les deux investis par LREM ont été éliminés au premier tour (Chantal Maignan et le MoDem Max Orville).

Dans la circonscription Nord, le second tour a opposé deux pro-Macron : Justin Pamphile (Rassemblement des forces lorrinoises), un partisan précoce siégeant dans la majorité territoriale, et le sortant Bruno Nestor Azerot (Mouvement initiative populaire). Celui-ci avait participé à la création du comité de soutien martiniquais à Manuel Valls pour la primaire PS, aux côtés du Parti progressiste martiniquais (PPM). Participant à la composante outre-mer du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR), dominé par le PCF, il a été reconduit.

Ailleurs, les alliances nouées lors des élections de décembre 2015 se sont reproduites au second tour des législatives. La minorité a acquis deux sièges : Serge Letchimy (PPM), qui a manqué sa réélection dès le premier tour en raison de l’abstention, et Josette Manin (Bâtir le pays Martinique). Tous les deux se sont apparentés au groupe Nouvelle gauche.

Dans la circonscription Sud, deux représentants de la majorité territoriale s’opposaient : Sylvia Saithsoothane (Forces martiniquaises de progrès-LR) et Jean-Philippe Nilor (MIM). Réélu, il a retrouvé les bancs du groupe GDR.

Les quatre parlementaires, qu’ils soient apparentés au groupe Nouvelle gauche (Serge Letchimy et Josette Manin) ou membres du groupe GDR (Bruno Nestor Azerot et Jean-Philippe Nilor), se sont abstenus sur la déclaration de politique générale du gouvernement d’Édouard Philippe.

Guyane

Jean-Luc Mélenchon (24,7 %), soutenu par le Parti progressiste guyanais, et Marine Le Pen (24,3 %) se sont trouvés au coude à coude en Guyane. Durant la campagne, l’un et l’autre avaient consacré une large part de leurs discours au mouvement social de mars-avril 2017, qui mêlait revendications sécuritaires3, économiques et sanitaires.

Jean-Luc Mélenchon avait lu en réunion publique la lettre ouverte du collectif Pou Lagwiyann Dékolé-Sauvons la Guyane. « Si je n’excuse pas les blocages de ces collectifs citoyens, honnêtement je les comprends », avait exposé Marine Le Pen en opérant un lien entre insécurité et immigration clandestine (Surinamais, Haïtiens, Brésiliens).

Le collectif unitaire est resté neutre, mais aux législatives deux postulants en étaient issus. L’un (Jemetree Guard) a été éliminé au premier tour malgré l’aide d’Alain Tien-Liong, l’ancien président du conseil général et le chef de l’opposition territoriale. L’autre, le syndicaliste Davy Rimane, a été devancé au second tour de 56 petites voix.

Emmanuel Macron ne s’est placé que troisième (18,7 %). Il pouvait pourtant compter sur les réseaux de Rodolphe Alexandre, le président de la collectivité territoriale, qui avait initialement soutenu Manuel Valls à la primaire PS. Proche de Rodolphe Alexandre et investi par LREM, Lénaïck Adam l’a emporté de justesse dans la seconde circonscription.

Dans la première, la candidate investie par LREM, Joëlle Prévot-Madère, a par contre été battue au second tour par le sortant, Gabriel Serville (Parti socialiste guyanais). Affilié à la composante outre-mer du groupe GDR, il s’est abstenu sur la déclaration de politique générale.

La Réunion

Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête à La Réunion (24,5 %), où il profitait du soutien du mouvement « Rézistans Égalité 974 » de Jean-Paul Ratenon et du Parti communiste réunionnais. Il y a cinq ans, ce dernier avait soutenu François Hollande dès le premier tour. Appui également perdu par le PS : celui de la sortante Huguette Bello (« Pour La Réunion »), qui avait préféré laisser « ouvert le choix entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ».

Un seul pro-Mélenchon s’est qualifié au second tour des législatives : Jean-Paul Ratenon. Élu, il a adhéré au nouveau groupe La France insoumise. Huguette Bello, elle, a été réélue avec le support du PCR, de La France insoumise et du PS. Elle est retournée siéger au groupe GDR et n’a pas voté la confiance.

Marine Le Pen (23,5 %) a terminé juste derrière Jean-Luc Mélenchon, puis a récolté six points de plus que sa moyen­ne nationale (39,7 %). Contrairement à 2012, elle a pu mener une campagne sans échauffourées.

Parvenu seulement troisième, Emmanuel Macron (19 %) disposait cependant de solides relais à travers une grande partie de la fédération du PS (les sortants Monique Orphé et Jean-Claude Fruteau, le sénateur Michel Vergoz4, le maire pro-Valls de Saint-Denis Gilbert Annette) et le mouvement La politique autrement de  Thierry Robert.

Aux législatives, un seul des quatre investis par LREM a pu accéder au second tour : la sortante Monique Orphé, qui a été défaite. Le PS lui avait retiré son investiture sans présenter quelqu’un contre elle. Dans les trois circonscriptions sans investiture officielle, plusieurs concurrents se réclamaient de la majorité, dont deux rescapés de 2012.

D’une part, Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer jusqu’en mai 2017, qui avait conservé l’étiquette PS tout en s’engageant à soutenir l’action d’Emmanuel Macron. Elle s’est abstenue sur la déclaration d’Édouard Philippe5. D’autre part, privé in extremis de l’investiture LREM en raison de ses démêlés judiciaires, Thierry Robert (La politique autrement-MoDem). Unique bayrouiste sortant, il siège désormais parmi un groupe de quarante-sept centristes.

Enfin, en dépit du résultat décevant de François Fillon à la présidentielle (17,3 %), la droite a bien résisté aux législatives en raison du contexte local : les compétiteurs soutenus par le président du conseil régional, le sénateur Didier Robert (Objectif Réunion-LR), se sont qualifiés dans l’ensemble des sept circonscriptions. Trois d’entre eux ont gagné, alors que la droite n’avait aucun sortant : Nathalie Bassire (LR), David Lorion (LR) et Nadia Ramassamy (divers droite, « Un avenir meilleur pour la population de La Réunion »).

Mayotte

François Fillon a fini devant à Mayotte (32,6 %). Si Nicolas Sarkozy avait été plébiscité au premier tour de la primaire LR (79,2 %, son record), François Fillon avait bénéficié au second tour du désistement des sarkozystes, son pourcentage bondissant de 1,4 % à 67,2 %. De ce fait, les électeurs ont marqué leur préférence pour les deux hommes qui ont mis en œuvre la départementalisation.

Aux législatives, les deux LR se sont qualifiés au second tour. Ancien député, le juppéiste Mansour Kamardine a effectué un retour gagnant. Il est l’unique membre du groupe LR à avoir voté « une confiance de principe » au gouvernement.

C’est à Mayotte, en proie à une forte pression migratoire, que la progression de Marine Le Pen a été la plus spectaculaire : 27,2 % en 2017 contre 2,8 % en 2012. Au second tour, elle a obtenu neuf points de plus que sa moyenne nationale (42,9 %). La situation y est particulièrement tendue : depuis fin 2015, des collectifs d’habitants organisent des expulsions sauvages de Comoriens.

Emmanuel Macron ne s’est placé qu’en troisième position (19,2 %). Deux grands partis centristes soutenaient pourtant sa candidature, le Mouvement pour le développement de Mayotte (proche du MoDem) et « Nouvel élan pour Mayotte ». Après avoir été déclarée battue par la préfecture, Ramlati Ali (PS) a finalement été proclamée élue avec 54 petites voix d’avance. Première femme parlementaire de Mayotte, elle a décidé de rallier le groupe LREM.

Nouvelle-Calédonie

Terre ancrée à droite, la Nouvelle-Calédonie a porté François Fillon en tête (31,1 %). Anciennement dominé par le Rassemblement pour la Calédonie dans la République de Jacques Lafleur, le camp loyaliste est toutefois morcelé. L’entre-deux-tours des législatives a été l’occasion d’un retournement d’alliance en son sein.

Le Rassemblement du sénateur Pierre Frogier, le Mouvement populaire calédonien de Gaël Yanno et Gil Brial ainsi que « Tous Calédoniens » de Pascal Vittori ont signé une plateforme commune avec Calédonie ensemble, un parti associé à l’UDI. Ils ont ensuite formé un intergroupe commun au Congrès.

Ce rapprochement a laissé de côté ceux qui se réuniront ultérieurement dans le groupe « Les Républicains calédoniens » derrière Sonia Backès (LR dissidente sous l’étiquette « Les Républicains – Ensemble dans la France »). Celle-ci a été distancée au second tour par Philippe Dunoyer, de Calédonie ensemble. Le parti de Philippe Gomès conserve donc ses deux sièges, puisque lui-même a été reconduit6.

Marine Le Pen a enregistré des pourcentages importants au premier (29,1 %) comme au second tour (47,4 %). Sur le Caillou, où Jean-Marie Le Pen a atteint deux chiffres dès les européennes de 1984, le climat politique, apaisé ou tendu, influe directement sur le niveau du FN.

C’est en Nouvelle-Calédonie qu’Emmanuel Macron a récolté au premier tour son résultat le plus faible de toute la France (12,8 %), puis au second son plus faible des outre-mer (52,6 %). Aux législatives, LREM n’avait investi personne. Les seuls compatibles avec la nouvelle majorité étaient ceux de Calédonie ensemble, vainqueurs. Inscrits au groupe Les Constructifs (UDI et dissidents LR), ils se sont abstenus sur la déclaration de politique générale.

Dépassant de peu Jean-Luc Mélenchon (8,9 %), Benoît Hamon (9,3 %) bénéficiait du support de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI). Ancien président du comité de soutien à Benoît Hamon, Charles Washetine a été éliminé au premier tour aux législatives. Louis Mapou, en revanche, s’est qualifié au second mais a été défait. L’Union calédonienne avait à l’inverse décidé de ne participer aux scrutins nationaux afin de concentrer son action sur le référendum d’accession à « la pleine souveraineté » prévu d’ici à novembre 2018.

Polynésie française

Ancrée à droite, la Polynésie française a attribué 35,3 % à François Fillon. L’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy n’avait pas eu la préférence de la droite polynésienne : sans relai, il n’avait capté que 6,1 % au premier tour de la primaire LR. Les votants s’étaient partagés entre les concurrents choisis par les deux partis dominants la droite. D’une part, 39,3 % pour Nicolas Sarkozy, soutenu par le Tahoeraa Huiraatira de Gaston Flosse, longtemps figure dominante du territoire. D’autre part, 48,7 % pour Alain Juppé, soutenu par le Tapura Huiraatira d’Édouard Fritch, président de la Polynésie française et auparavant dauphin de Gaston Flosse. Les cartes ont été redistribuées pour la présidentielle.

C’est ici que Marine Le Pen a obtenu au premier tour son meilleur score dans les outre-mer, passant de 5,7 % en 2012 à 32,5 % (puis 41,6 % en duel face à Emmanuel Macron). Le choix des Républicains de s’associer au Tapura a en effet poussé le Tahoeraa à soutenir en définitive la candidate d’extrême droite.

Placé loin derrière au premier tour (14,7 %), Emmanuel Macron a dominé le second (58,4 %). Ce n’est que progressivement qu’il a joui de relais locaux. Tout d’abord, le Tau Hoturau du dirigeant sportif polynésien Tauhiti Nena. Ce parti avait milité pour Bruno Le Maire à la primaire et sollicité en vain l’investiture de l’union LR-UDI pour le renouvellement de l’Assemblée nationale. Ensuite, Jacquie Graffe, le maire de Paea suspendu du Tapura en raison de son patronage d’une candidature dissidente dans sa circonscription. Enfin, après la présidentielle, le Tapura a rallié la majorité. Conséquence : LREM n’a pas tranché aux législatives entre les différents prétendants qui s’en réclamaient. Les trois du Tapura Huiraatira se sont qualifiés au second tour, Maina Sage étant réélue et Nicole Sanquer élue. Membres du groupe Les Constructifs, elles ont voté la confiance.

Après avoir tenté de présenter la candidature d’Oscar Temaru (109 parrainages sur les 500 requis), le Tavini, jusque-là associé au PS, a appelé à l’abstention. En juin, ses représentants ont été éliminés au premier tour, à l’exception de Moetai Brotherson. Vainqueur, l’indépendantiste polynésien a rejoint son homologue martiniquais, Jean-Philippe Nilor (MIM), au groupe GDR. Comme lui, il s’est abstenu sur la déclaration d’Édouard Philippe.

Wallis-et-Futuna

Les électeurs de Wallis-et-Futuna se sont divisés en trois blocs à la présidentielle. Emmanuel Macron (30,5 %) y a récolté son résultat le plus élevé des outre-mer. Il était notamment soutenu par le sortant Napole Polutele, issu de la majorité territoriale. Après avoir gagné dès le premier tour (50,24 %), l’intéressé s’est apparenté au groupe Les Constructifs (UDI et dissidents LR) puis a voté la confiance.

En tête à Wallis, François Fillon (28,5 %) profitait de l’appui de David Vergé, le nouveau président de l’assemblée territoriale, du « Tui Mata-Utu » André Vaitootai, chef coutumier proche du roi Patalione Kanimoa7, et du Rassemblement pour Wallis-et-Futuna.

C’est là que Benoît Hamon a enregistré, de loin, sa meilleure performance nationale (25,2 %), terminant même en tête à Futuna. Il était soutenu par huit des neuf conseillers de l’opposition et par l’Union socialiste pour Wallis-et-Futuna.

Électeurs populistes, élus constructifs

Les outre-mer sont des terres de contrastes : c’est souvent dans ces territoires qu’un candidat obtient ses scores les plus hauts ou les plus bas. La progression des populistes y a été bien plus forte qu’en métropole. En cinq ans, Marine Le Pen a bondi de 8 à 21,9 %, Jean-Luc Mélenchon de 5,5 à 20,8 %8.

Tout d’abord, Jean-Luc Mélenchon (« faire des Outre-mer des territoires pilotes de la planification écologique ») et Marine Le Pen (création d’un « grand ministère de plein exercice de la mer et de l’outre-mer ») y ont consacré une vraie place dans leur projet respectif. Ensuite, plusieurs d’entre eux connaissent à répétition des conflits durs contre « la vie chère » (Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Mayotte, Guyane). Enfin, les préoccupations de nombreux électeurs ont convergé avec les propositions de Marine Le Pen sur la sécurité (Guyane, Mayotte, Nouvelle-Calédonie) ou sur l’immigration (Guyane, Mayotte). Dans l’Océan indien français, la présidente du FN est en outre parvenue à effacer l’image raciste héritée de son père, mais pas dans les Antilles françaises.

L’un et l’autre disposaient pourtant d’un nombre relativement limité de partisans parmi les poids lourds politiques ultra-marins, ce qui expliquera l’insuccès de leurs amis aux législatives. Or, les consignes de vote y sont habituellement mieux suivies qu’en métropole.

Sur vingt-sept députés les outre-mer n’en ont élu que quatre étiquetés La République en marche (Olivier Serva, Lénaïck Adam et la ministre Annick Girardin) ou MoDem (Thierry Robert). Trois autres ont toutefois immédiatement rejoint l’un de ces deux groupes (Justine Bénin, Max Mathiasin, Ramlati Ali). Au final, seuls deux députés ultra-marins ont voté contre la déclaration de politique générale du gouvernement (Huguette Bello,  Jean-Hugues Ratenon). Les autres se sont inscrits dans la majorité en votant pour (douze) ou se sont abstenus (treize), confirmant ainsi une forte attente vis-à-vis de l’action gouvernementale.

Laurent de Boissieu
Journaliste à La Croix
Fondateur du site Internet france-politique.fr

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  1. Voir notre article « Outre-mer : un système politique divers et singulier », Revue Politique et Parlementaire, janvier-mars 2016.
  2. Ou tout au moins continentale, la Corse possédant également une vie politique particulière.
  3. L’insécurité fut le détonateur d’un mouvement social marqué par le collectif cagoulé des « 500 frères contre la délinquance ».
  4. Membre fondateur du groupe LREM, le 28 juin 2017.
  5. « Suite à l’élection du président de la République, Emmanuel Macron, je m’engage à soutenir son gouvernement », indiquait pourtant sa profession de foi. 
  6. Sonia Lagarde, sortante, ne se représentait pas afin de rester maire de Nouméa.
  7. Wallis-et-Futuna est divisée en trois royaumes : Alo et Sigave à Futuna, Uvea à Wallis.
  8. Ce qui représente une progression de 275 % pour Jean-Luc Mélenchon (contre 74 % en métropole) et de 174 % pour Marine Le Pen (18 % en métropole).