Les présidents de 1870 à nos jours

Raphael Piastra déploie dans ce livre un panorama chronologique des présidents de la République française. De Thiers à Hollande, chacun des présidents fait l’objet d’une analyse précise de son parcours, de sa sensibilité politique, de ses projets et réalisations.


L’auteur met l’accent sur les évolutions de la Constitution et de la fonction présidentielle. Il choisit d’examiner le parcours des vingt-trois présidents selon que l’on se situe avant ou après 1958, date de la mise en place de la Constitution qui régit notre système politique actuel.

L’auteur distingue le rôle joué de 1870 à 1958 par les divers titulaires de la fonction présidentielle, limité à être celui de « maître de cérémonie » (IIIe et IVe Républiques) et, à partir de la Constitution de 1958, celui du « temps des présidents magistrats suprêmes », (Ve République) qu’inaugure son fondateur Charles de Gaulle.

Les causes en sont multiples. En premier lieu, les divers textes constitutionnels donnés à la France durant les décennies 1870-1958 minoraient le rôle du président de la République par rapport à celui du Parlement et même du gouvernement. « Mais la personnalité, effacée, de certains titulaires de la fonction, voire les compétences plus ou moins limitées d’autres entraient aussi parfois en jeu » ajoute Raphael Piastra. Le constat est clair : « les présidents des IIIe et IVe Républiques ont tous joué un rôle plus ou moins secondaire. Thiers, qui fut le premier de la liste, donna plusieurs définitions de son poste, dont une qui paraît pertinente : « un eunuque politique ». Tout est dit ou presque ! » précise Raphael Piastra.

Plus tard, grâce à la Constitution de 1958, les présidents exercent une réelle magistrature suprême. Les vingt-quatre présidents qui se sont succédé à la tête de la République ont porté le même titre et exercé des fonctions similaires mais bien inégales, écrit l’auteur. Quelle commune mesure entre un Deschanel et un de Gaulle ou entre un Faure et un Mitterrand, un Auriol et un Sarkozy. Le trait d’union entre les Républiques est illustré par Jean Lacouture cité à titre de conclusion du livre : « mis à part, bien sûr, le personnage épique de Charles de Gaulle qui déplace les données et les perspectives comme un autre les montagnes, n’est-il pas savoureux de retrouver du M. Thiers en Mitterrand, du Poincaré en Pompidou, du Doumergue en Vincent Auriol et du Louis-Napoléon en Jacques Chirac » ?

La galerie de présidents est illustrée par des petites histoires, anecdotes  et de nombreuses citations qui résonnent encore aujourd’hui. À titre d’exemple la déclaration de Thiers à son successeur Mac-Mahon « La présidence est un enfer, je n’y retournerai pas, et vous-même, mon cher Maréchal, n’y entrez pas ! vous ne pouvez pas savoir ce que sont les exigences d’un parti. Aujourd’hui le pouvoir est un guêpier dans lequel une nature militaire telle que la vôtre perdrait patience en quarante-huit heures ». Ou encore Mitterrand qui, malgré la rigueur qu’il pratique, ne peut relever une situation qui sera sanctionnée par la cohabitation moins d’un an après.  Est-ce un hasard si en novembre 1984 il déclare : « les Français aiment qu’on leur parle de changement. Vous avez vu ? Il a suffi qu’on leur présente le miroir aux alouettes du changement, et elles sont tombées toutes rôties ».

Le livre de Raphael Piastra précis, vivant  et impartial se lit comme un roman animé par des personnages réels.

Raphael Piastra
Eyrolles, 2017
200 p. – 10 €

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