Machiavel et les conjurations politiques – La lutte pour le pouvoir dans l’Italie de la Renaissance

Les conjurations politiques occupent une place fondamentale dans l’œuvre de Machiavel. Ses réflexions sur ce thème, étayées dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live, « le livre VI », mais aussi dans l’Histoire de Florence, Le Prince et ses écrits diplomatiques, débouchent sur une tentative de construire une théorie générale de la conjuration qu’il conçoit comme une technique de lutte politique, un instrument de conquête du pouvoir. 

Cet essai élaboré par le politologue et historien Alessandro Campi, spécialiste reconnu des œuvres de Machiavel, membre du Comité de direction de l’Enciclopédia Machiavelli (Treccani, Rome), fait ressortir la spécificité, la complexité, les contradictions mais surtout l’originalité de  Machiavel dans son approche du phénomène des conjurations politiques. Il met en lumière sa signification historico-politique globale qui ne peut être négligée par celui qui étudie le pouvoir. 

La façon dont l’a fait Machiavel est mise en exergue dans deux principaux écrits sur le sujet : (Des conjurations et la Description de la manière employée par le duc de Valentinois pour faire tuer Vitellozzo Vitelli, Oliverotto da Fermo, le seigneur Pagolo et le duc de Gravina-Orsini), qui sont réunis et commentés dans le livre d’Alessandro Campi.  

« La conjuration, en somme, bien que représentant une pratique dangereuse et difficile à manier dont il faudrait peut-être mieux avoir horreur, demeure […]  une réalité toute interne à la sphère politique dont il faut tenir compte, qu’il faut connaître dans ses dynamiques internes, replacer dans son contexte historique et interpréter conceptuellement dans ses aspects les plus divers » souligne Alessandro Campi. 

La reconstruction historique des dynamiques politiques caractéristiques de l’Italie du XV-XVIe et l’analyse appuyée du contexte socio-historique dans lequel s’est inscrit le phénomène de conjuration, éclaireront le lecteur sur la position de Machiavel vis-à-vis du réalisme en politique et sa profonde conviction de la nécessité de séparer la morale de l’action politique. 

Il serait intéressant de lire parallèlement à l’essai d’Alessandro Campi, l’ouvrage présenté et traduit par Jean-Yves Boriaud Nicolas Machiavel. L’Art de la Diplomatie. La France et l’Allemagne (éditions Perrin, 2018). Ces deux livres confirment l’importance des écrits de Machiavel dans l’élaboration d’une authentique phénoménologie de la conspiration politique et d’une psychologie et sociologie du pouvoir.

Machiavel et les conjurations politiques
La Lutte pour le pouvoir dans l’Italie de la Renaissance
Alessandro Campi
L’Harmatan, 2018
182 p. – 19 €