Mon Bulletin : lutter contre l’abstention des millennials

Si l’indécision touche toutes les tranches d’âges de la population française, les millennials, soit les 18-34 ans, se montrent particulièrement dubitatifs. Face à ce constat, trois jeunes entrepreneurs passionnés de politique, d’information et de technologie, ont créé Mon Bulletin. 

Revue Politique et Parlementaire – Pouvez-vous nous présenter Mon Bulletin ?

Florian Cleyet-Merle – Mon Bulletin est une initiative citoyenne qui a pour vocation de promouvoir l’engagement politique de la nouvelle génération de citoyens, en rendant l’information, le débat et la communication politiques accessibles et ludiques.

Concrètement, il s’agit de la première plateforme conversationnelle (chabot) citoyenne basée sur l’intelligence artificielle qui permet de s’informer de façon active sur la politique pour pouvoir s’engager dans le débat politique, pendant et après les périodes électorales.

Nous avons aujourd’hui plusieurs fonctionnalités :

  • un « Tinder des programmes » qui permet, en répondant à quelques questions, de savoir quel parti ou candidat représente le mieux ses idées de façon ludique sans sacrifier la finesse de l’analyse politique (notre algorithme de matching est beaucoup plus fin que tous les autres comparateurs) ;
  • un « Facebook des députés » qui permet de passer au rayon X les députés en donnant la possibilité aux citoyens de savoir qui est son député (très peu de citoyens, notamment les jeunes, connaissent ne serait-ce que le nom ou le parti de leur député) et surtout ses « notes » de présence et de contribution. Nous avons pu faire cela en agrégeant la première base de données unifiée du travail parlementaire et en créant un algorithme de notation.
  • des quiz politiques, sorte de cours d’éducation civique 2.0 pour apprendre et comprendre la politique en s’amusant.

Nous travaillons sur les prochaines fonctionnalités en ajoutant encore plus d’interactivité pour les citoyens (par exemple, communication avec les élus, mini-sondages explicatifs, etc.).

RPP – Comment est né Mon Bulletin ?

Florian Cleyet-Merle – Mon Bulletin a une origine ancienne : la passion des trois fondateurs pour le débat politique et la technologie, mais l’initiative s’est cristallisée au cours de la campagne présidentielle à partir de plusieurs constats :

  • d’abord l’absence de débat sur le fond des projets politiques : on parlait plus des affaires ou on restait à la surface (débat à onze, par exemple) ;
  • la difficulté pour les citoyens de se faire une véritable opinion informée (comment lire les centaines de pages des candidats et ensuite les synthétiser pour les comparer sur une base commune ?) ;
  • l’abstention de plus en plus forte des jeunes et leurs besoins d’avoir des outils pour leurs choix politiques qui soient au même niveau que pour le reste de nos vies (exemples pratiques, intuitifs, rapides et sur mobile). Nous touchons plus de 150 fois par jour notre smartphone et les millennials passent 60 % de leur temps sur les applications de messagerie instantanée : il fallait des outils citoyens qui collent à ces évolutions.

Nous avons réalisé une grille d’analyse des programmes des candidats (ie la synthèse des réponses des candidats sur toutes les questions majeures). Nous nous sommes ensuite dit que ce serait dommage de ne pas en faire profiter les autres ! Devant l’enthousiasme de nos proches d’abord, puis des premiers utilisateurs, Mon Bulletin était né, avec le « tinder » des programmes pour la présidentielle.

RPP – Quelle est votre ambition ?

Florian Cleyet-Merle – L’ambition est de pérenniser l’initiative au-delà de la séquence électorale en la transformant en véritable outil citoyen d’information active. L’idée est de permettre à tous de mieux s’informer pour s’engager dans le débat démocratique, avec ses amis et ses élus.

Nous pensons que l’information, simple et ludique, est un pied à l’étrier pour chacun afin de lutter contre le désintérêt et la défiance à l’égard de la politique, qui sont très dangereux pour la formation de nos choix collectifs (si une partie des citoyens ne participe plus du tout) et la santé de notre démocratie.

Concrètement, l’ambition est de :

  • continuer à suivre la performance des députés (et voir si la nouvelle génération sera effectivement meilleure que la précédente), sur la base d’indicateurs objectifs et clairs ;
  • mettre à disposition un agenda et une synthèse de lois importantes avec la possibilité pour les citoyens de donner leur avis ;
  • créer un canal de communication direct avec ses élus ;
  • créer un appel d’offre politique pour les prochaines élections, pour que ce soit directement les candidats qui fassent l’effort de construire leurs programmes pour qu’ils soient comparables entre eux afin de faciliter le choix des citoyens.

Nous pensons que la mise à disposition de ce type d’outils, qui donne le pouvoir de savoir aux citoyens sans aucun parti-pris ni but lucratif, est essentiel (beaucoup de civictechs ont une vitrine citoyenne, mais sont des entreprises à but lucratif, le besoin de rentabilité prend donc parfois le pas sur la mission citoyenne).

RPP – Concrètement comment fonctionne Mon Bulletin ?

Florian Cleyet-Merle – Mon Bulletin est un assistant conversationnel sur l’application de messagerie Messenger : il suffit de chercher Mon Bulletin (@MonBulletinBot) sur Messenger, démarrer la conversation et vous y êtes ! C’est aussi simple que ça !

C’est alors comme une discussion avec un ami (mais un plus plus structuré peut-être). Mon Bulletin c’est un peu votre ami incollable en politique !

RPP – Comment envisagez-vous l’évolution de Mon Bulletin ?

Florian Cleyet-Merle – A court terme, l’avenir de Mon Bulletin passe par la création d’une association afin de commencer à élargir la base de contributeurs : nous recherchons des designers et développeurs pour pérenniser l’infrastructure technique, ainsi que le soutien d’institutions comme l’Assemblée nationale pour alimenter les contenus et faire connaître notre démarche.

Nous pensons pouvoir ainsi atteindre nos ambitions en fonctionnant sur un mode collaboratif et décentralisé qui permet de garder l’âme du projet : donner les outils aux jeunes citoyens pour s’informer et mieux participer à notre démocratie, sans arrière-pensée, ni parti-pris.

Florian Cleyet-Merle
Co-fondateur de Mon Bulletin
Propos recueillis par Florence Delivertoux