Rapport sur la radicalisation dans les services publics, et après ?

Le rapport sur la radicalisation des services publics porté par Eric Pouillat (LREM) et Eric Diard (LR) se veut rassurant mais souligne que des « zones d’ombre persistent » notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation universitaire, des transport et de la détention carcérale. Dans une tribune, Laurence Taillade, Présidente de Forces Laïques, revient plus longuement sur ce rapport.

Une commission parlementaire, constituée à l’initiative du député LR Éric Diard, a enquêté pendant huit mois sur la radicalisation dans les services publics. Énième document sur le sujet de la montée de l’islamisme, il s’ajoute à la littérature fournie qui existe déjà sur le sujet, dont Les Territoires perdus de la République avaient marqué le départ.

L’intention semble bonne. Une centaine de pages qui reprennent des articles de presse et anecdotes connues de tous ceux qui s’intéressent de près au dossier et travaillent activement à la lutte contre cet obscurantisme. Les témoignages viennent corroborer ce que nous savions déjà et les alertes nombreuses et anciennes des services de renseignement.

Le rapport commence par une tentative de définition du phénomène de radicalisation. D’un côté, celle d’Isabelle Sommier, professeur à sciences politiques Paris 1er qui évoque « une posture de rupture vis-à-vis de la société dans son ensemble et accepte, au moins en théorie, le recours à des formes non conventionnelles d’actions politiques, éventuellement illégales, voire violentes ». De l’autre, Armand Schaumasse, chef du bureau central des cultes, au ministère de l’Intérieur, qui fait la différence entre la radicalisation violente et le fondamentalisme qui n’aurait pas pour ambition de renverser l’ordre établi. C’est malheureusement sur cette base que les travaux ont porté. Éric Diard relayant sur tous les plateaux TV, hier, qu’ils ont voulu concentrer leur travail sur la radicalisation violente, et non sur le fondamentalisme ou les atteintes à la laïcité. Erreur d’appréciation ?

La radicalisation violente, le rapport le décrit bien, passe par différentes phases individuelles et collectives. Le rôle de l’Etat est aussi de déterminer les étapes collectives pour y mettre un terme, dans la perspective de préserver l’unité nationale.

Or, force est de constater que quarante années de pratiques clientélistes ont fragmenté la Nation dans son ensemble. Des subventions publiques à des associations communautaristes qui ont quadrillé le terrain et mis sous pression des groupes d’individus entiers -géographiquement, ethniquement ou religieusement- aux marchés publics attribués de façons obscures et dans la perspective de favoriser la « diversité » -étrange mot dont l’objectif est de masquer une politique de quotas ethnico-religieux interdits par la loi-,  en passant par des recrutements d’animateurs de quartiers, de grands frères, pour maintenir un semblant de paix sociale, quand ceux-ci se sont employés à remplir des mosquées souterraines ; on ne peut que regretter que ce rapport n’ait pas davantage creusé la réalité de terrain. Les élus locaux ont vendu l’indivisibilité de la République française à la petite semaine pour conforter leurs sièges. Ils ont dégradé de façon volontaire, continue et durable le tissu national en y introduisant la gangrène du communautarisme, en dealant des voix avec des intégristes islamistes.

Ils ont abandonné toute idée d’assimilation des immigrés maghrébins qui, dans leur grande majorité, aspiraient à vivre pleinement les principes républicains.

Ceux-ci ont été livrés aux barbares qu’ils fuyaient dans leurs propres pays d’origine, pour les Algériens, par exemple.

Les médias se sont emparés de ce rapport. Il est à craindre que ce ne soit qu’un effet feu de paille, tant la majorité souhaite mettre la poussière sous le tapis. Il faut dire que la poussée islamiste de ces derniers temps est forte. Entre des « mamans » voilées qui réclament un droit à accompagner leurs enfants en sortie scolaire et ont obtenu gain de cause de leurs parlementaires, Madame Schiappa qui a publiquement apporté son soutien à l’association Lallab qui milite pour le port du voile, et les prétendues actions de « désobéissance civile » de porteuses de burquini (avec un Q, comme burqa), subventionnées par des collectivités locales, qui demandent un assouplissement de nos règlements de piscines et s’engouffrent dans la brèche ouverte par une résistance molle de nos gouvernants, faibles idéologiquement ou dépourvus de toute forme de courage face à une réelle volonté de remettre en cause l’ordre établi ; nous semblons condamnés à assister impuissants à la dégradation annoncée de nos fondamentaux.

Cet épisode démontre que la paralysie de ces dernières années a livré la population à son désarroi. La poussée identitaro-populiste se fait de plus en plus puissante.

Personne n’a daigné répondre fermement à ces actions destinées à renverser nos principes, préférant déléguer au RN qui fait le plein de voix. Simone de Beauvoir l’a dit : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». C’est ce qui est en train de nous arriver. Par cette revendication du voilement du corps des femmes, la civilisation que l’on cherche à nous imposer, est celle d’un apartheid sexiste où hommes et femmes perdent toute égalité, toute altérité, où la Femme devient objet de désir pervers et son corps propriété de la société. Il s’agit d’une régression sans précédent.

Ce rapport est ce qu’il est. Il a le mérite d’exister et de tirer le signal d’alarme. Il reste frileux sur les propositions, qui portent essentiellement sur le recrutement et la gestion RH de la radicalisation dans le secteur public. Il est temps de se poser, maintenant, la question de lutte contre le terreau qui lui a permis de fructifier aussi vigoureusement.

La République tient sur ses élus, ils en sont les garants. Leur rôle est de se comporter de façon exemplaire et, aussi, de s’assurer que ces dérives ne soient plus possibles. Il faut mettre fin à toute tolérance de pratiques sectaires ou discriminantes envers les femmes. Il est temps de rendre vertueuses les attributions de marchés publics et d’arrêter le subventionnement d’associations communautaristes en instaurant des commissions d’éthique et de contrôle avec une obligation de transparence et de libre consultation des contrats.

Il est temps de passer à une politique favorisant le faire ensemble, où tous sont égaux devant la loi, où aucune revendication identitaire, autre que la citoyenneté française, n’a de place. Il est temps de rappeler nos principes fondamentaux, notamment dans la lutte pour l’égalité des hommes et des femmes en droits. Cela passe par la fin des discriminations basées sur le port de tenues destinées aux femmes uniquement. Il est inacceptable que la loi pour une école de la confiance ait rejeté l’amendement restaurant la neutralité des accompagnateurs scolaires, déjà prévue sous Jean Zay, il est inacceptable que la France soit incapable de se prononcer, aussi, sur la présence d’athlètes olympiques ensevelies sous des linceuls islamistes lors des prochains jeux olympiques de Paris en 2024, banalisant ainsi, toujours plus, ces accoutrements symboles de leur politique d’infériorisation de la Femme.

Le courage, en politique, passe par des symboles forts, comme le refus de se plier aux exigences de pays pratiquant la discrimination sexiste, tel que l’Arabie Saoudite et l’Iran tentent de nous l’imposer.

Il est temps que ce gouvernement se comporte de façon responsable face à l’utilisation des réseaux sociaux comme outils d’organisation et de propagande de ces forces obscurantistes et où, en même temps, la parole y est censurée, dès lors que l’on émet une critique de l’islamisme.

Il est temps que l’Etat français sorte de son trop long coma. Il est temps qu’il mette un terme à la politique du « pas de vague ». Il est temps de soutenir nos fonctionnaires sur le terrain qui sont la dernière digue avant la fin définitive de notre modèle libre parce que laïque. Il est temps que notre Président cesse ses circonvolutions et prenne à bras-le-corps la République qui se meurt de tant de meurtrissures.

 

Laurence Taillade 

Présidente de Forces Laïques