Réseaux sociaux : nouvel eldorado de la pensée unique

Facebook, Twitter, Instagram… Les réseaux sociaux révolutionnent notre façon d’être en commun et nombreux sont ceux qui y voit un moyen pour le communautarisme de prospérer. Laurence Taillade revient sur ce nouveau mal de nos sociétés modernes pour la Revue Politique et Parlementaire.

 

L’expression publique souffre d’un nouveau mal, celui des masses organisées qui veulent la faire taire. Non contentes de pouvoir apporter directement la contradiction à l’expression de personnalités publiques, par le biais des réseaux sociaux, les communautés s’arrogent le droit de distribuer les permis de penser et d’émettre une opinion sur des sujets dont elles s’autoproclament les seules expertes. Sans ce sésame de bien-pensance, nulle échappatoire aux insultes, menaces, anathèmes et campagnes de calomnie.

Ces mouvements, que l’on pourrait qualifier de partis uniques de la pensée, n’admettent aucune opposition, confisquent toute liberté de parole, en dehors de l’idéologie obligatoire, par ceux qu’ils considèrent comme des ennemis.

La vérité qu’ils se prétendent porter ne supporte ni le doute, ni la critique et les réseaux sociaux sont les véhicules de leur propagande, pour embrigader de nouveaux membres-soldats.

Ces nouveaux médias sont leurs armes pour propager la terreur à l’égard de leurs contempteurs, mais aussi les mettre sous surveillance, les dénoncer et pratiquer la délation à grande échelle quand un mot ne leur semble pas correspondre à la doctrine établie. Ceux qui résistent sont évidemment menacés de disparition, physique, morale ou médiatique : menaces de mort, poursuites judiciaires destinées à assécher les finances des contrevenants en avance de frais de défense, suspension de comptes de réseaux sociaux, pression sur les éditeurs de contenu, journaux, TV, radio, pour faire déprogrammer le contrevenant jugé, au mieux, suspect, au pire, nuisible, pour l’ensemble du groupe.

Ces nouveaux mouvements, si l’on se réfère aux travaux d’Hannah Arendt, pourraient être qualifiés de totalitaires. Ils en ont tous les symptômes cliniques.

Les membres de ces groupuscules qui veulent imposer leur pensée se laissent progressivement avaler par la masse. Seul le sentiment d’appartenir à une communauté compte, cela devient la seule raison de vivre de ces individus qui confondent cause et dévotion, jusqu’à sombrer dans les méandres du fanatisme et de la paranoïa, où les individus se surveillent mutuellement, se dénoncent, ce qui entretient un climat de terreur permanent, propice à la prise de la propagande.

Qu’il s’agisse de mouvements islamistes ou de néo-féministes, de végans ou d’identitaires de droite, les réactions en chaîne sont les mêmes : aucune place pour le dialogue : les intellectuels sont cloués au pilori de la sentence du groupe, qui ne se contente pas d’excommunier, mais s’adonne, par ailleurs à une douce séance de lapidation publique, de chasse à l’erreur, comptabilisation des followers et qualité, likes distribués, démonstrations utiles à dissuader qui se risquerait à enfreindre les règles. Comportements enfantins qui auraient davantage leur place dans des cours de récréation de maternelles que sur des sites réservés aux plus de 13 ans.

Ce totalitarisme de la pensée moderne, impliqué par l’instantanéité des réseaux sociaux et l’anonymat qu’ils procurent, évite soigneusement les débats de fond pour se concentrer sur la polémique et la posture victimaires, pour empêcher toute réplique qui serait qualifiée d’agression.

Il utilise l’anathème et la théorie du complot -quitte à en inventer au passage- pour imposer une vision binaire du monde, et pousser ses interlocuteurs à y entrer. Toute autre forme de logique lui est insupportable, il préfère la généralisation et le raisonnement grossier, à l’analyse et à l’argumentation. Les éléments de langage sont rodés, tant et si bien que rien ne sert de réfléchir, le copier/coller permet de s’en exonérer.

Bref, la bêtise a trouvé son terrain d’expression. Elle fait son nid sur Twitter et trône sur Facebook. Elle préfère Instagram au miroir… Car les miroirs, parfois, réfléchissent.

 

Laurence Taillade 

Présidente de Forces Laïques