Un nouveau paradigme pour le monde agricole français

Alors que le Salon de l’agriculture se tient actuellement au Parc des expositions de  la porte de Versailles, Sébastien Laye, entrepreneur et chercheur associé en économie au think tank Thomas More, propose des pistes innovantes pour sortir d’une agriculture à bout de souffle.

« L’agriculture devrait être la première activité de santé : le paysan doit précéder le médecin » disait Pierre Rhabi dans Graines de Possibles. Force est de reconnaitre que notre agriculture est à bout de souffle : la prochaine réforme de la PAC devra être drastique pour à la fois permettre aux agriculteurs de vivre décemment de leur travail, aux consommateurs que nous sommes de disposer de produits sains, et à notre environnement d’être mieux respecté : ce complexe alignement des intérêts doit faire fi de l’excès des normes bruxelloises en la matière (reprenons à cet égard la proposition du député UDI Thierry Benoit d’étendre à un mois la période de réponse des agriculteurs à un contrôle des autorités).

Les aides européennes, fondées sur la superficie en exploitation, n’ont cessé de pousser nos agriculteurs vers un modèle plus intensif et vers une course effrénée au gigantisme : nos terroirs ont souffert des corollaires de ces objectifs, tels que l’emploi des pesticides ou encore le recours à des engins motorisés de grande puissance.

Paradoxalement, cet entrelac de subventions et de soutien aux prix a fait du beau métier d’agriculteur l’une des seules professions où le travailleur s’appauvrit en travaillant.

Or le métier d’agriculteur n’est pas un métier comme les autres : protecteur de l’environnement et du consommateur, l’agriculteur devrait être rémunéré pour cette fonction et non seulement pour la production d’une denrée alimentaire. Ce changement de paradigme dans la vision citoyenne de l’agriculteur doit nous conduire à des mesures fortes fin d’enrayer le taux de détresse (suicides), de pauvreté (un tiers des agriculteurs perçoit moins de 350 euros par mois) et d’échecs économiques (baisse de la production, chute de la part de l’agriculture dans le PIB ou encore réduction du nombre des exploitations, sont autant de signes d’une compétitivité agricole française qui s’érode) au sein du monde paysan.

Pour reconnaitre le rôle spécifique des entreprises agricoles dans notre système sanitaire, nous devrions exonérer de charges sociales ces entreprises et instaurer un sursis d’imposition lors de la transmission de ces PMEs.

La France doit par ailleurs veiller à ne pas sur-transposer les règles et normes européennes : si tous les traités doivent être appliqués, nous pourrions abroger par ordonnance les normes ajoutés au textes européens.

Nos paysans ont besoin d’outils de régulation pour faire face aux aléas climatiques, à la volatilité du cours des matières premières : l’Etat pourrait lancer des « compte épargne aléas », alimentés librement par les agriculteurs (ces montants d’épargne seraient comptablement traités comme des charges) et défiscalisés, dans lesquels les paysans puiseraient en cas d’aléa climatique ou économique. L’Etat a également son rôle à jouer pour aider les agriculteurs à vivre décemment, en les autorisant à se regrouper afin de mieux défendre leurs marges et leurs contrats : dans le même ordre d’idée, l’Etat doit orienter la grande distribution vers les marques dites de consommateurs qui, pour des prix légèrement plus élevés, assurent un revenu aux agriculteurs : cette alliance entre le producteur et le consommateur passe également par un soutien aux circuits dits directs ou courts, via des crédits d’impôts (le CIR pourrait être appliqué aux pratiques bio et innovantes) et une réorientation de l’usage des tickets restaurants. Soutenir l’agriculture bio, les produits de qualité par des labels exigeants, c’est aussi améliorer la compétitivité hors prix de nos exploitations agricoles. Comment réconcilier une telle vision avec la politique agricole commune ? Seule une nouvelle PAC appliquant une préférence communautaire en matière agricole et cessant de pratiquer une concurrence interne par les normes sociales offrirait une voie réaliste à l’agriculture européenne.

Sébastien Laye
Entrepreneur dans l’immobilier et chercheur associé en économie au think tank Thomas More

Crédit  photo  : Wikipedia