Mission accomplie pour le Premier ministre qui a enfin fait adopter le budget et entend défendre moult projets avant la fin de l’année. Mais le chemin qui s’ouvre maintenant devant lui n’est pas pavé de roses. Il aura fort à faire avec les prétendants à la présidentielle qui veulent rompre avec le macronisme…
Lors de ses vœux aux Français pour l’année 2001, Jacques Chirac avait souhaité « une année utile » pour le pays, manière de signifier au Premier ministre Lionel Jospin, quinze mois avant l’élection présidentielle de 2002, qu’il devait continuer d’assumer sa tâche de chef de gouvernement. Quinze mois, c’est aussi le temps qui nous sépare aujourd’hui de la présidentielle de 2027. L’année 2026 peut-elle être une année utile pour Sébastien Lecornu maintenant qu’il a fait adopter le budget de la France ?
Le Premier ministre n’en doute pas. « Il n’y aura pas d’immobilisme », a-t-il affirmé lors d’un déplacement à Rosny-sous-Bois il y a dix jours. Et d’annoncer dans la foulée un plan de relance massif pour la construction de logements, avec un objectif « absolument colossal » : la construction de 2 millions de logements d’ici à 2030, soit 400 000 par an. Sans oublier le parc social : 125 000 logements construits dès cette année grâce au budget 2026 et ses 500 millions d’euros alloués aux bailleurs sociaux. Sébastien-le-discret veut muter. Lors d’une intervention à la télévision, il veut bientôt annoncer aux Français l’ensemble de ses projets pour l’avenir : publication de de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), mise à jour de la loi de programmation militaire, sujet assez consensuel qu’il maîtrise parfaitement en tant qu’ancien ministre des Armées.
Mission impossible ? Difficile pour le moins. D’abord à cause du calendrier parlementaire : entre les municipales de mars, les sénatoriales de septembre et la préparation du projet de loi de finances 2027 pour l’automne, le gouvernement dispose de peu de temps. Lecornu avait promis un grand texte sur la décentralisation, une loi d’urgence pour l’agriculture, un texte pour instaurer une allocation sociale unique, le vote de la loi sur la fin de vie d’ici la fin de l’année 2026, et la réforme des statuts de la Nouvelle-Calédonie et de la Corse. Mais certains de ces textes pourraient être repoussés sine die. Il pourrait en être de même pour la loi sur la Justice pénale portée par Gérald Darmanin dont il n’est pas certain qu’elle soit approuvée par une majorité de députés.
Ensuite, c’est peu dire qu’une fois le budget passé, les prétendants à la prochaine présidentielle ne lui faciliteront pas la tâche. A commencer par Gabriel Attal. « Ce budget ne prépare rien, il ne prépare pas l’avenir », a récemment lâché le secrétaire général de renaissance pour qui « le quinquennat est fini ». Sébastien Lecornu cherche pourtant à associer les partis du « socle commun » auxquels il a présenté les textes qu’il envisage de faire passer. Et il tient à les rassurer sur ses ambitions : « Je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle », leur répète-t-il, sans les convaincre tout à fait. Le problème est que ça n’est pas le vrai sujet. A quinze mois de l’échéance capitale, les candidats à la présidentielle ont intérêt à ne pas être associés à l’action du gouvernement…qui est aussi celle du président de la République qui l’a nommé. Et ce dernier entend bien occuper à nouveau le terrain. En quelque sorte, Lecornu est aujourd’hui l’otage d’Emmanuel Macron avec lequel tous veulent rompre.
Carole Barjon,
Éditorialiste politique












