Le Printemps des Technologies revient à Saint‑Raphaël pour sa quatrième édition, portée par la Ville et la Revue Politique et Parlementaire. Cet événement, devenu en quelques années un rendez‑vous incontournable pour qui souhaite comprendre l’époque, s’est imposé comme un véritable lieu de débat démocratique. On y croise chercheurs, artistes, entrepreneurs, responsables publics, experts de la défense, étudiants et citoyens, tous réunis autour d’une même conviction : pour rester maîtres de nos choix, nous devons comprendre les technologies qui structurent désormais toutes les dimensions de nos vies.
Comme le dit si justement la grande chercheuse canadienne en IA Joelle Pineau, « la tech, ce n’est ni un monstre ni le Père Noël ». Elle ne promet rien, elle ne menace pas : elle répond. À nous d’en connaître les ressorts pour qu’elle éclaire nos choix au lieu de les dicter. C’est cette vigilance lucide, presque un art de tenir la lampe dans l’obscurité, que portera l’édition 2026.
Cette année, les 20 et 21 mars, l’intelligence artificielle occupera une place centrale, mais toujours dans une approche multidisciplinaire : créer, anticiper, réguler, modérer, protéger, défendre… chaque intervention montrera un fragment du grand puzzle technologique qui redessine notre société.
Dès le samedi matin, l’artiste et pionnier de l’IA créative Dimitri Daniloff ouvrira la journée avec une keynote dont le titre résume l’enjeu : « IA et création : la fin de l’image comme preuve ? ». Il reviendra sur la fragilisation du statut de l’image dans une époque où le réel peut être imité à la perfection. Il prolongera ses analyses lors d’ateliers qui permettront au public de découvrir concrètement quelles étapes, quels choix et quels paramètres donnent naissance à une image générée par IA au coté de l’autre atelier du week-end sur l’initiation à l’IA, animé par l’expert Antoine Aug.
Dans un tout autre registre mais avec la même exigence, Antoine Rostand, président de Kayrros, montrera comment l’IA transforme la façon d’observer, de mesurer et de comprendre le monde. Il expliquera pourquoi, dans certaines situations, les pompiers ne viendront plus éteindre le feu de certaines maisons : non par renoncement, mais parce que les modèles prédictifs permettent d’identifier différemment le risque, d’agir en amont ou d’intervenir ailleurs de manière plus efficace.
À ses côtés, Olivier Nguyen Van Tan, conseiller stratégique pour Google Cloud, entraînera le public au cœur des opérations de gestion de crise. Grâce au cloud et à l’intelligence artificielle, la coordination en temps réel devient une réalité, permettant de rassembler sur une même interface, données, scénarios, informations terrain et alertes synchronisées. Autodesk, représentée par Clémence Arto, élargira le regard avec une immersion dans les modèles 3D et 4D qui transforment déjà les secteurs de l’industrie et de la construction. Les chantiers, les coûts, les approvisionnements, les risques et les interfaces s’y organisent désormais dans des environnements numériques prédictifs, où chaque modification est anticipée avant même d’être réalisée.
Un panel réunissant Bruno Breton (Bloom Social Analytics), Justine Atlan (e‑Enfance), Maurice Ronai et Florian Gauthier (Ask Vera), ainsi que Charles Cohen (Bodyguard.ai), pour la plupart membres ou contributeurs du groupe de travail de La Villa numéris, emmené par son Président, David Lacombled expliquera pourquoi et comment la liberté d’expression reste un droit fondamental dans un monde où un simple paramètre technique peut décider de ce qui apparaît sur un écran. La discussion décortiquera les mécanismes algorithmiques et humains qui régissent aujourd’hui la parole publique et les solutions proposées par le groupe de travail notamment dans sa dimension technologique, juridique et éducative.
Dans le même esprit de pédagogie vivante, le « Procès de l’IA » sera mené par l’avocate et ancienne députée Laetitia Avia. Aux côtés d’Émilie Bonnefoy, spécialiste au sein de l’État‑Major des Armées et PDG d’Open Sezam, et de Violette Bouveret, fondatrice de Mecylium, ce dispositif scénique mettra en scène les dilemmes éthiques et juridiques qui accompagnent l’essor de l’IA. Qui est responsable lorsqu’une machine se trompe ? Qui garantit la transparence des systèmes ? Qui peut — ou doit — fixer les limites ?
La dimension géopolitique sera également très présente. La conférence « Le retour de la guerre des étoiles » réunira Gilles Rabin et Antoine Rostand autour des capacités spatiales françaises et européennes : observation orbitale, infrastructures critiques, souveraineté technologique, militarisation de l’espace… autant d’enjeux qui redessinent les rapports de puissance. Une table ronde animée par Émilie Bonnefoy réunira la politiste Anna Colin Lebedev et Alexis Rollin, président de RnD, pour décrypter la manière dont les technologies nourrissent les conflits modernes, de la cyberdéfense à la bataille de l’information.
Autodesk fera également découvrir, grâce à Emmanuel di Giacomo, le rôle du BIM dans la reconstruction de la cathédrale Notre‑Dame de Paris : un exemple spectaculaire de la manière dont la modélisation numérique devient un outil stratégique, qu’il s’agisse de préserver le patrimoine ou de préparer l’avenir. Enfin, l’astrophysicien Patrick Michel, du CNRS et de l’Observatoire de la Côte d’Azur, clôturera la journée avec une keynote consacrée à la défense planétaire : comment détecter, suivre et, un jour peut‑être, dévier un astéroïde représentant une menace pour la Terre.
Les conférences de 18h59, devenues une signature du Printemps des Technologies, accueilleront cette année Viviane Chaine‑Ribeiro, figure influente du monde de la tech, ainsi qu’Alain Juillet, président d’honneur de l’Académie de l’intelligence économique.
Fidèle à son esprit d’ouverture, l’événement ne s’arrêtera pas à la fin du week‑end : toutes les interventions seront mises en ligne afin de prolonger la réflexion et de rendre ces contenus accessibles au plus grand nombre. Plus qu’un rendez‑vous technologique, le Printemps des Technologies est devenu un espace où l’on apprend, où l’on échange, où l’on questionne — un espace où, face aux innovations qui s’imposent dans nos vies, chacun peut retrouver la maîtrise, l’intelligence et la distance critique nécessaires pour rester acteur du monde qui vient.
Thaima Samman
Avocate
Responsable de la rubrique Tech



















