Après 7 semaines, je craque : le COVID-19 est une histoire de CON

Après sept semaines de confinement, un billet d’humeur brossé sur un ton humoristique par Jacky Isabello, cofondateur de l’agence de communication Coriolink

Lorsqu’un épisode de crise survient, l’être pensant excelle dans sa capacité à désigner des messies. Un.e expert.e aillant su nous alerter d’une menace imminente. Le professeur Raoult ou Bill Gates ici. L’économiste Nouriel Roubini ou l’écrivain et trader repenti Nassim Nicholas Taleb, lors de la crise financière de 2008. Les humoristes et tout particulièrement les esprits brillants, les plus sarcastiques dans la manière de façonner leurs aphorismes récréatifs, ont la part belle dans ces moments durant lesquels sourdent davantage douleur, tristesse et mort que l’envie irrépressible de se taper sur le ventre. Coluche est un maitre en son genre. Devos et Desproges reviennent en force. L’un par l’art de manier la dérision et avouons que la situation mérite un tel traitement, et l’autre parce qu’il a su écrire un haïku humoristique diffusé alors sur France inter, intitulé « Mes excuses au Pangolin » (le fameux). L’un et l’autre auraient tiré de la situation, j’en mettrais le masque que je n’ai pas au feu, la conclusion péremptoire qu’à entendre, lire et regarder les millions d’articles et reportages consacrés par les médias à cette pandémie, que le COVID-19 est indubitablement une histoire de CON.

Permettez-moi d’entamer par la première histoire de CON. Celle qui concerne l’utilisation du temps du CONditionnel : pas un jour sans croiser au détour de mes baguenaudes cloitrées sur une tablette m’offrant une évasion numérique imaginaire dans les imprimeries d’une presse d’une part choquée du dépôt de bilan de Presstalis, le malade sans fin chargé de distribuer sur un large territoire la presse écrite imprimée, mais aussi outragée par l’abandon du second partenaire pour distribuer les réjouissances éditoriales au format berlinois, j’ai nommé l’entreprise La Poste. Pas un jour dans la vie des médias, disais-je, sans recourir à des centaines de verbes conjugués au conditionnel.

Tout n’est plus qu’incertitude dans l’univers de l’information professionnelle, qui serait fort aise de se souvenir que la chasse à la fake news était sa raison d’être jusqu’à l’apparition du COVID-19.

La corporation des médias, ardente combattante du concept trumpiste de post-vérité érigé au frontispice d’une des institutions les plus respectées par le monde plumitif : « le dictionnaire d’Oxford prend acte de l’irruption massive du terme « post-vérité » à la fois dans les médias et dans le lexique courant » nous rappelle la philosophe Myriam Revault d’Allonnes, est prise en flagrant délit, à chacun de leurs actes d’amours journalistiques, d’un recours abusif au conditionnel le point de grammaire le plus détestés par tout échotier forcément admirateur de Socrate, philosophe viscéralement attaché au concept de vérité (il en est mort) !

CONfiné : certes confiné Descartes produisit sans doute un des fondements de la raison en philosophie. Armé d’un peignoir, isolé devant le feu de sa cheminée, il médita sur la vie, remit en cause les fondements mêmes de la pensée, et bouleversa l’histoire de la philosophie avec son « Je pense donc je suis. » Confiné il aura construit Méditations métaphysiques et le Discours de la méthode. Emmanuel Kant n’aura jamais quitté un mode de confinement proche de celui promis par Edouard Philippe lors de son adresse à l’Assemblée nationale le 28 avril dernier lors de laquelle la population se vit déconfinée dans un cercle étroit de 100 km autour de son monastère. Kant était cloitré volontaire et revendiqué à Königsberg, alors capitale de la Prusse-Orientale aujourd’hui Russe depuis son annexion par les Soviétiques, et surtout claquemuré dans ses hygiènes déambulatoires quotidiennes. On dit que Kant n’aurait dévié que deux fois du trajet de sa ballade quotidienne. La première pour acheter un livre de Rousseau (1762 – Du contrat social), la seconde pour s’enquérir à propos d’une révolution en France en 1789. Changer son trajet illustrait son maitre concept de « chose en soi », une réalité au-delà de toute connaissance sensible, si j’osais en résumer imparfaitement la teneur.

Gramsci confiné non volontaire dans un lieu de privation de liberté rayonne comme jamais auparavant depuis la publication de ses Cahiers de prison. Le confinement nourrit d’avantage la philologie et l’épistémologie historique permettant ici, de mettre en perspective historique le concept de CONfinement et de son impact sur la construction des grands discours sur la connaissance. Apprendrons-nous prochainement, qu’un confiné révolté de 2020 aura usé de son temps infini et fondu dans un espace restreint pour décrypter les errances de la gestion de la crise par le gouvernement ?

Une sorte de maitre ouvrage qui dénoncerait les apories d’une organisation française aillant privé de masques, de tests et de certains médicaments, la grande majorité des Français.

Une filiation aux intentions analytiques chirurgicales des errements déjà cités, par un ou une héritier.e de Marc Bloch dans L’Etrange défaite et Raymond Aron dans L’Opium des intellectuels ?

CONtaminé : les chiffres de progression de l’épidémie m’obsèdent et nous accablent. Est-ce bien utile de nous surinformer de nourritures mortifères. L’infobésité du malheur pourrait provoquer chez certains, encore un CONditionnel, une forme d’occlusion cognitive dont seuls les psychiatres pourront dicter la prophylaxie afin d’activer la procédure de lavement, préalable à un éventuel retour à la normale psychique. Dans un ouvrage de référence codirigé par Ludovic François et Romain Zerbib, Influentia la référence des stratégies d’influence, les médias sont appréciés sous un angle bien plus large qu’avec l’œil quelque peu naïf du téléspectateur qui allume la grande lucarne à des fins de distraction, d’information ou de culture. Les médias d’aujourd’hui sont rapides, pénétrants, réalistes et « émotionnants ». Le professeur Louis Crocq, psychiatre et éminent spécialiste des névroses de guerre rappelle à propos des médias : « les images de violence, de destruction et de mort font lever en nous une marée émotionnelle perturbatrice qui continue de peser sur la suite de la chaîne cognitive ». En temps de confinement, l’orage médiatique des éditoriaux, tribunes, libres opinions convergent. Yann Moix l’analyse dans le JDD du 26 avril comme « une même façon d’être intelligent ». Pour ma part, je pense que tout cela submerge nos processus de défense intellectuels.

CONclusion

Le parti-pris « anaphoro-phonémique » de cette chronique ne révèle aucun mérite. N’est pas Georges Perec qui veut (l’auteur de La Disparition – Roman écrit en lipogramme. En excluant l’utilisation des mots avec la lettre E). En revanche, l’exercice est certainement sophiste mimant l’originalité et la finesse d’esprit alors qu’il est très C… Pourquoi ? Parce les CON fourmillent, j’entends les mots commençant par ces trois lettres. Et ils sont faciles à dénicher. Selon ma source que je vous livre céans, entament par la syllabe CON 19 650 mots de la langue française. 308 mots de 7 lettres, 664 mots de 8 lettres, 1 204 mots de 9 lettres, 1 702 mots de 10 lettres, 2 162 mots de 11 lettres, 2 510 mots de 12 lettres, 2 536 mots de 13 lettres, 2 286 mots de 14 lettres, 1 891 mots de 15 lettres, 1 518 mots de 16 lettres, 1 072 mots de 17 lettres, 677 mots de 18 lettres, 416 mots de 19 lettres, 231 mots de 20 lettres, 137 mots de 21 lettres, 77 mots de 22 lettres, 38 mots de 23 lettres, 26 mots de 24 lettres, 9 mots de 25 lettres, 4 mots de 26 lettres, CONsternant non ! aurait pu CONclure Desproges dans un jugement désavouant ce propos à l’occasion d’une session de son magistral « Tribunal des flagrants délires ». La longueur de l’embastillement CONtrarie mon quotidien professionnel et personnel. Mon entreprise se porte heureusement fort bien, même si l’activité se CONtracte. Les fins de cycle qui devaient mener mes deux enfants, la même année, l’un au Bac l’autre au Brevet n’auront aucune CONsécration. J’attendais ce rituel des diplômes depuis si longtemps. Chassons les mauvaises pensées, un article du quotidien Le Monde daté du 1er mai m’offre une échappatoire, Il paraitrait qu’avec le confinement, « la télévision retrouve une vertu CONsolatrice ».

Jacky Isabello
COfondateur de l’agence de COMmunication CORiolink (désolé ça ne marche pas à tous les coups)