Le débat politique se focalise sur l’interdiction des téléphones portables. Mais cette proposition représente-t-elle réellement l’enjeu principal de la société vis-à-vis des jeunes ? Leur insertion dans le monde du travail et dans la vie de la société ne devrait-elle pas être la priorité ?
L’acronyme est d’origine anglaise. Les « Neet » sont les jeunes âgés de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ils représentent en France 15 % de cette classe d’âge, au-dessus de la moyenne européenne qui est de 12,8 %. Le Portugal se situe à 12,5 %, l’Allemagne sous la barre de dix, à 9,3 %.
Bien sûr, pour certains d’entre eux, cette situation ne dure qu’un temps, entre le moment où ils obtiennent leur diplôme et celui où ils finissent par trouver un emploi. Le chiffre est malgré tout très préoccupant. Les décrocheurs, ceux qui ont quitté l’école sans une véritable formation, représenteraient 30 à 50 % de ces « Neet ». Ce sont eux qui ne trouvent pas leur place dans la société et qui continuent à vivre chez leurs parents s’ils le peuvent. Ce sont eux qui alternent les petits boulots pas très bien payés, où ils ne sont pas forcément bien traités. Ceux qui sont incapables de se projeter dans l’avenir. Ceux qui finissent par se dire que la société les rejette et que les règles communes ne les concernent pas.
Il ne s’agit pas de verser dans la culture du laxisme face aux délinquants qui dérogent aux règles. Il s’agit de se demander ce qui ne fonctionne pas dans notre système éducatif, dans notre système de formation professionnelle, ou dans notre système tout court, quand il est incapable d’offrir une perspective à autant de jeunes. Et de chercher comment remédier à cette faute. Car ne pas offrir la possibilité à ses jeunes de ne pas s’insérer dans la société constitue une faute collective grave.
Les témoignages publiés par le Parisien montrent que tous ces jeunes ne baissent pas les bras. Mais ne devrions-nous pas mieux les aider, et davantage prévenir cette situation en amont ? Quand 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque important de dépression, la question doit se poser.
Bien sûr, scroller sur son portable fait perdre du temps, isole, expose à toutes les influences néfastes possibles, mais est-ce que l’interdiction amènera la solution ? N’est-ce pas une rustine qui masquera l’expression la plus visible du malaise de trop nombreux jeunes en France quand la société française ignore les origines de leur mal-être.
Les partis politiques sont accusés de trop privilégier leur électorat âgé, sous prétexte qu’il participe plus que les autres aux élections. C’est ce qui aurait conduit à rendre acceptable la suspension de la réforme des retraites. Il faudrait se souvenir qu’en 2007, l’abstention était quasiment aussi forte chez les 18-29 ans (11,3 %) que chez les 65 ans ou plus (12,2 %). En 2022, elle était de 23,2 chez les premiers, contre 12,7 % chez les plus âgés.
Une accumulation de mesures spectaculaires consensuelles ne crée pas un projet de société. Pour croire en leur avenir, les jeunes ont besoin d’imaginer un avenir où ils ont envie et croit possible de trouver leur place.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste











