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dans Politique

Réflexions sur la vitalité du débat démocratique dans les communautés françaises de l’étranger

Joël DoglioniParJoël Doglioni
3 août 2021
Cartes électorales

Alors que les élections régionales et territoriales du mois de juin ont beaucoup agité les observateurs, celle des délégués consulaires des français de l’étranger, tenue en mai, est passée une fois encore sous l’écran radar.

Naturellement, l’enjeu n’était pas le même et serait bien ridicule quiconque s’aventurerait à comparer l’un des grands rendez-vous électoraux de la démocratie territoriale, qui plus est banc d’essai de la présidentielle de 2022, avec l’élection de 442 conseillers des Français de l’étranger et 68 délégués consulaires dont le seul impact sur le système politique français consiste à former l’électorat de 12 sénateurs des Français établis hors de France.

En 2021, une fois encore, les chiffres de l’abstention ont atteint des niveaux historiques qui marquent le profond désintérêt des français de l’étranger pour cette élection censée les représenter.

Sur 1 366 663 électeurs, seuls 200 761 ont voté, soit une abstention de 85%. Malgré les efforts louables sur le terrain de nombreux élus, l’affirmation d’un véritable débat politique et l’émergence d’une « classe politique » française de l’étranger, légitimée par le suffrage universel et une participation minimale du corps électoral, deviennent des objectifs toujours plus lointains.

Les raisons en sont nombreuses : éloignement du pays, rupture avec la réalité de la vie française, qui plus est lorsque l’expatriation s’effectue sur la durée d’une vie, voire sur plusieurs générations, parfois aussi volonté de « couper les ponts » avec le passé et de se reconstruire une nouvelle vie dans l’expatriation, éloignement des élus consulaires, des consulats et ambassades de France pour les compatriotes installés en province, notamment en Afrique et en Amérique latine où les distances à parcourir sont souvent immenses et les transports parfois aléatoires.

Les français de l’étranger n’échappent pas non plus au mouvement de dépolitisation dont les élections régionales ont porté un nouveau témoignage. La parole publique est largement décrédibilisée et l’action politique, au sens partisan du terme, a perdu son attrait y compris pour les partis majoritaires censés relayer auprès du pouvoir parisien les attentes individuelles. Ces dernières années, combien de fois les élus et représentants de partis politiques français à l’étranger, tous bords confondus, n’ont-ils pas mis la main à la poche pour acquitter sur leurs deniers la cotisation annuelle des membres de leur section et afficher ainsi à l’égard de Paris un succès en trompe l’œil ?

Enfin, la crise vécue depuis près de deux ans par les communautés françaises du fait de la pandémie de COVID 19 a profondément bouleversé leurs équilibres sociaux.

Hormis les happy few, fonctionnaires des ambassades et des lycées français et expatriés des grands groupes, c’est l’ensemble du tissu humain français de l’étranger qui a été submergé par ce tsunami. Pertes d’emplois, faillites, fermetures d’universités locales sources de présence d’étudiants et de professeurs français, refus des banques locales d’accompagner les opérateurs économiques, fermetures des restaurants et des pâtisseries françaises : en quelques mois, les français de l’étranger, en particulier l’immense majorité des petits entrepreneurs et des artisans, notamment ceux qui ne sont pas établis au sein de l’Union européenne et n’ont plus de liens matériels et professionnels avec la mère patrie, ont plongé sans filet social au cœur d’un trou noir inédit.

Pour autant, ces explications contextuelles ne suffisent pas à expliquer complètement l’ampleur de la désaffection civique vécue lors du dernier scrutin. Il en est d’autres qui sont propres au champ politique français à l’étranger. Hormis récolter des gains électoraux supplétifs lors des élections nationales, Paris n’a jamais bien su quoi faire de ces élus de l’étranger qui pâtissent d’une symbolique appauvrie et de surcroît variable selon le bon vouloir des chefs de mission diplomatiques et consulaires, qui les regardent bien souvent comme des OVNI politiques. Quant au vote électronique, il n’a finalement pas été capable d’apporter ce surcroît de participation tant attendue. En revanche, son organisation ne peut que susciter des inquiétudes, quand non des suspicions. Basé sur l’utilisation par l’électeur d’un numéro d’identification et d’un code, hors de tout contrôle de l’adresse IP, le système de vote électronique ne permettait-il pas de faciliter la mise en œuvre de pratiques contraires au principe même du secret du vote, voire à de véritables fraudes ? Il aura en tout cas abouti dans un certain nombre de pays à empêcher le vote du fait de caractères spéciaux des identifiants qui n’apparaissent pas sur tous les claviers.

Si les dernières élections des français de l’étranger ne devaient donner qu’une leçon, ce serait en forme d’avertissement : alors que ses promoteurs prétendent compenser la faiblesse de l’adhésion citoyenne au débat politique par l’utilisation de cette modalité technique, le vote électronique est bel et bien un cautère sur une jambe de bois. Chimère politique, le vote électronique, dont on pressent qu’il pourrait s’étendre aux élections nationales dans le contexte de la pandémie, constitue aussi un indéniable facteur de risque démocratique. Et ce ne sont pas les élections américaines, au sein de la première puissance technologique du monde, qui le démentiront.

Par Joël Doglioni
Membre honoraire de l’Assemblée des français de l’étranger
Président de l’Union des Français de l’étranger – Colombie
Membre du Conseil d’administration de la Caisse des français de l’étranger (CFE)

Joël Doglioni

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