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dans Politique

Errare humanum est, perseverare diabolicum est ?

Eric Cerf-MayerParEric Cerf-Mayer
10 janvier 2020
Errare humanum est, perseverare diabolicum est ?

Alors qu’avait lieu hier la quatrième journée de manifestation organisée pour réclamer le retrait de la réforme des retraites, pour Eric Cerf-Mayer les postures politiciennes enveniment une situation devenue explosive. 

Au pays de Descartes, l’enlisement actuel et le pourrissement de la situation laissent sans voix une large majorité de nos concitoyens confrontés à un conflit social qui perdure depuis plus d’un mois et perturbe leur vie de tous les jours autour d’un projet de réforme de plus en plus illisible et dont personne ne saurait donner aujourd’hui une teneur et un contour clairs et précis. Comment a-t-on pu en arriver là ? C’est la question que se posent des milliers de Français et de Françaises abreuvés du matin jusqu’au soir par les commentaires et déclarations inaudibles et confus des acteurs d’un débat où chacun campe sur ses positions sans chercher à dépasser les faux semblants ni aller au-delà d’un jeu de communication malsain et mortifère à terme pour le bon fonctionnement de notre démocratie.

N’est-il pas temps de remettre les choses à plat et de poser les conditions d’un vrai débat sur une réforme majeure dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle engage notre avenir et la pérennité d’un modèle social hérité de notre histoire ?

Ou bien les postures et arrières pensées politiciennes et électorales doivent-elles continuer à envenimer une situation explosive, plomber une économie fragile en dépit des satisfecit que se décernent sans probablement trop y croire leurs auteurs et en tout cas certainement pas une majorité silencieuse dans le pays qui constate l’aggravation des difficultés et l’incertitude de l’avenir, risquer de déboucher sur une fracture encore plus grande de la société française dans son ensemble et ouvrir la porte sur toutes les mésaventures possibles ?

Au pays de Descartes, la raison voudrait que nos dirigeants se posent la vraie question de savoir si le jeu en vaut la chandelle et si il est raisonnable de remporter une fausse victoire en laissant pourrir la situation et en pariant sur la lassitude des parties prenantes pour afficher la réalisation d’une promesse électorale sur une réforme des retraites qui s’éloigne de jour en jour et d’heure en heure de ses objectifs initiaux d’universalité et de réparation des injustices, et dont le financement et le coût réel restent aussi flous et peu maîtrisés.

Les anciens qui ont lutté à la Libération pour l’édification d’un modèle social hérité d’un combat sans merci contre le naufrage des institutions et des régimes précédant et affrontant les affres de la Seconde Guerre mondiale se posent la question de savoir quelle aurait été la réaction des fondateurs de la Vè République face à l’impasse dans laquelle se sont fourvoyés leurs héritiers, enfants de la mondialisation et victimes de la primauté de la communication sur le fond et les enjeux de la réforme des retraites.

Il est probable qu’ils auraient réfléchi à l’opportunité d’interroger les principaux intéressés, c’est-à-dire ni plus ni moins l’ensemble de la communauté française sur la base des questions fondamentales et simples qui viennent à l’esprit de tous : êtes vous favorables à une réforme basée sur le principe de l’universalité, êtes vous en faveur d’un système par points, adhérez-vous à la nécessité de prendre en compte les spécificités inhérentes à la multitude de situations particulières dans les professions d’intérêt public en ce qui concerne l’âge de départ en retraite, la pénibilité… pour ne citer que les premières de ces interrogations ? En bref, ils n’auraient pas hésité face au profond malaise du pays réel et face à l’expression du doute et de l’incompréhension sur un projet mal expliqué, rejeté faute de clarté et de prise en compte de la multiplicité de cas dits spécifiques mais tangibles, à remettre les choses à plat et à prendre le temps d’une discussion sans faux semblants avec toutes les parties concernées tout en respectant les milliers de Français et de Françaises qui défilent dans les rues et ceux qui les soutiennent par procuration tacite. Ce serait l’illustration d’une forme de sagesse démocratique dans un pays où la violence ne cesse de grandir et où commencent à souffler les vents d’une tempête qui risque de balayer les fondements de nos institutions.

Eric Cerf-Mayer

Crédit photo : Gérard Bottino, Shutterstock

Eric Cerf-Mayer

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