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dans Politique

École publique : le choix irresponsable du déclassement

Yannick TriganceParYannick Trigance
26 mars 2026
École publique : le choix irresponsable du déclassement
Tribune

Il faut cesser de tourner autour des mots : au-delà d’un simple ajustement budgétaire, les dotations de moyens tout récemment adressées aux établissements pour la rentrée 2026 traduisent un choix politique brutal, assumé : celui d’un déclassement délibéré de l’école publique.

Le projet de loi de finances adopté le 2 février acte la suppression de plus de 3 200 postes dans l’enseignement public – 1 891 dans le primaire, 1 365 dans le secondaire – . Derrière ces chiffres, il y a une mécanique implacable : des dotations horaires globales en baisse, des établissements sommés de « faire mieux avec moins » et, au bout de la chaîne, des classes supprimées, des heures d’enseignement rognées, des élèves abandonnés. 

Le gouvernement invoque la baisse démographique. Argument commode, presque cynique. Car cette baisse aurait pu être une chance historique : celle de réduire les effectifs par classe, de renforcer l’accompagnement, de redonner du souffle à un système éducatif épuisé, assommé sous les réformes injonctives et trop souvent contradictoires. Au lieu de saisir cette opportunité pour investir, en France, on sacrifie l’éducation.

 C’est une faute.

 Une faute sociale tout d’abord. Car ces suppressions frapperont prioritairement l’école publique, celle qui accueille tous les élèves, sans tri ni sélection. Celle des quartiers populaires, des zones rurales, des territoires déjà fragilisés. Là où il faudrait plus d’enseignants, plus de présence, plus d’attention, on retire des moyens. C’est une mécanique bien connue : moins de ressources pour ceux qui ont déjà le moins. 

Une faute éducative, ensuite. Moins de postes, ce sont des classes plus chargées, des remplacements non assurés, des options supprimées, des dispositifs d’aide sacrifiés. C’est la promesse d’un enseignement dégradé, d’une école qui renonce à faire réussir tous les élèves. C’est aussi un signal désastreux envoyé aux enseignants, déjà épuisés, découragés, souvent méprisés sans aucun soutien de leur hiérarchie.

Une faute politique, enfin. Car à travers ces choix budgétaires, c’est une certaine idée de la République qui recule. L’école n’est pas un service parmi d’autres : elle est le cœur battant de l’égalité des possibles, le socle de la cohésion nationale. L’affaiblir, c’est fragiliser l’ensemble de notre société.

Ne nous y trompons pas : cette politique n’est pas neutre. Elle accompagne, silencieusement, une transformation profonde du système éducatif. À mesure que l’école publique s’affaiblit, les logiques de concurrence, de sélection et de contournement s’installent. Ceux qui en ont les moyens chercheront ailleurs, alimentant notamment l’enseignement privé financé à hauteur de 75 % sur des deniers publics sans obligation aucune en retour. Les autres resteront dans une école appauvrie sous les coups de rabot chaque année plus prononcés. 

C’est le choix d’une école à deux vitesses, d’une école qui rompt avec la démocratisation du droit à la réussite pour nos jeunes, de la maternelle à l’université.

Il est encore temps de refuser cette trajectoire. De dire que l’éducation n’est pas une variable d’ajustement. De rappeler que chaque poste supprimé est une promesse républicaine trahie. De porter une autre ambition : celle d’une école qui protège, qui élève, qui émancipe. 

Car au fond, la question est simple : quel pays veut-on être ?

Un pays qui investit dans sa jeunesse, ou un pays qui l’abandonne ?

Yannick TRIGANCE

Secrétaire national PS Éducation

Conseiller régional Ile-de-France

Yannick Trigance

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