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dans Economie

Énergie: l’heure de la responsabilité

Henry Buzy-CazauxParHenry Buzy-Cazaux
16 mars 2026
Énergie: l’heure de la responsabilité
Tribune
Au rang de nos peurs géopolitiques, la crainte de manquer de carburant. Et si notre rapport aux énergies n’était pas mature? Pour les transports comme pour le logement, retrouvons des liens de responsabilité et travaillons sur nos comportements. La rénovation énergétique des bâtiments ne sauraient tenir lieu de solution miracle. En outre son coût, que l’État n’est plus en mesure d’atténuer suffisamment, pèse sur les ménages au plus mauvais moments et il faut s’attendre à un retard par rapport au calendrier prévu, notamment par la loi Climat résilience.

Le conflit qui s’étend  et qui dure au Moyen-Orient affecte déjà la disponibilité et le prix des carburants dans notre pays. Il a fallu que le gouvernement intervienne pour contenir les conséquences que les ménages étaient sur le point de subir. L’occasion aussi pour les Français de mesurer la dépendance de notre pays à quelques gros producteurs et exportateurs d’hydrocarbures…mais surtout de constater que depuis la crise pétrolière de 1973 notre vie quotidienne est largement conditionnée par l’utilisation des énergies, en particulier fossile. On pourrait avoir le réflexe, au sommet de l’État, d’exhorter les Français sans attendre à consommer moins d’essence ou de gasoil, c’est-à-dire à rationaliser leurs déplacements, par exemple en privilégiant le covoiturage ou le télétravail et en regroupant les trajets. On pourrait même édicter des règles de bon sens qui s’imposent en période de conflit géopolitiques. Rien de semblable.
La transposition est naturelle avec l’univers de l’habitat, premier émetteur de gaz à effet de serre avec les transports justement. Le discours ambiant, depuis des années et en particulier la loi Climat résilience de 2021 -qui a rendu obligatoire la rénovation écologique du parc locatif et la démarche diagnostique et programmatique de travaux environnementaux pour les copropriétés-, est obsédé par l’amélioration technique des bâtiments. En outre, cette approche, lorsqu’elle va au bout de sa logique, incline à ce qu’il est convenu d’appeler des rénovations d’ampleur, forme atténuée des rénovations globales, nécessairement onéreuses sinon complexes. Elle entraîne le besoin de financements publics à grands frais: MaPrimeRenov, l’aide phare inventée pour soutenir l’effort d’amélioration de la performance énergétique des ménages français, est dotée à hauteur de plus de quatre milliards d’euros. S’y ajoutent des aides locales de nombre de collectivités. Il reste que les aides publiques sont de moins en moins puissantes, qu’elles génèrent malgré elles de la fraude et que les services compétents de l’État ne suivent plus les flux de demandes, avec des temps d’instruction des dossiers de subvention proches d’une année! Là encore, les comportements des utilisateurs des logements ne sont que rarement évoqués. Il a fallu une poussée d’inflation d’une soudaineté et d’une ampleur sans précédent lorsque la Russie a déclaré la guerre à l’Ukraine pour que le gouvernement de l’époque publie le 6 octobre 2022 un « Plan de sobriété énergétique » comportant plusieurs mesures relatives à l’usage des logements, et non seulement à leur vertu écologique intrinsèque. Différer la période de mise en chauffe des dispositifs collectifs dans les immeubles en copropriété ou encore limiter à 19 degrés la température des logements, mais aussi responsabiliser les habitants par l’installation de système d’individualisation des frais de chauffage (IFC)…obligatoires mais pour lesquels la moitié seulement des copropriétés éligibles avait voté l’équipement des immeubles. Il n’est que temps qu’avec le concours des syndics professionnels les copropriétés décident de respecter la loi et entrent dans la logique de la responsabilisation des habitants, copropriétaires occupants ou locataires.
Le leader français de l’IFC, le groupe ISTA, a récemment tenu une convention et a choisi de mettre en débat le rôle des syndics dans la transition écologique des immeubles collectifs. La question a d’ailleurs fait l’objet d’un rapport rendu en septembre 2025 au Conseil national de l’habitat. Demain les gestionnaires de copropriété pourraient bien autant s’intéresser au comportement des occupants et les orienter que conseiller aux copropriétaires des travaux de redressement de la performance énergétique. Ils pourraient bien en particulier relier les progrès digitaux et l’intelligence artificielle au guidage des comportements des copropriétaires? Par quels moyens? Bien sûr déjà par le déploiement de l’individualisation des frais de chauffage, qui accuse un retard coupable -et passible d’une amende de 1500€ par logement non équipé-, mais aussi par la télérelève, rendue obligatoire par le législateur à partir de 2027, et surtout par l’exploitation des datas au profit du fonctionnement optimisé et économe en énergie des immeubles collectifs. Cette évolution de l’administration des immeubles résidentiels est déjà une réalité pour l’essentiel des immeubles tertiaires. Les facility managers ont la mission de rationaliser les dépenses et les investissements, mais ils ont de plus en plus partie liée à la manière pour les utilisateurs professionnels de vivre et de travailler dans leurs locaux. Les chartes de bon usage se multiplient et les investisseurs propriétaires de ces bureaux ou locaux d’activité au sens large attachent du prix à ces engagements: nombre d’entre eux ont besoin d’afficher une stratégie RSE (responsabilité sociale et environnementale) à part entière et y associent de fait et de droit les locataires qui occupent leurs actifs.
C’est un changement de paradigme culturel qui est nécessaire: il est facile de considérer que les solutions à nos problèmes de surconsommation et de dépendance énergétiques relèvent de la technique et de la modernisation physique de notre patrimoine immobilier. Que l’isolation thermique des bâtiments et l’adaptation des modes de chauffage en particulier vont tout résoudre. Faux et dangereux parce que cette certitude délite notre rapport aux logements. Tout se passe comme si nous n’avions avec nos logements et nos immeubles de que Hegel appellerait un rapport de non rapport. Il n’en va pas autrement de notre lien avec la cité et avec l’État, de notre citoyenneté en somme. Il est urgent que nous soyons plus exigeants avec nous-mêmes, sans tout attendre de l’extérieur. L’essentiel des solutions sont en nous, pour l’énergie, notre responsabilité est indéniable. C’est en outre plus heureux que de se dire que nous ne maîtrisons pas notre destin d’habitant, locataire ou propriétaire.
Henry Buzy-Cazaux

Président fondateur de l’Institut du Management et des Services Immobiliers

 

Henry Buzy-Cazaux

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