Cette note ne traite pas des déclarations budgétaires de Sébastien Lecornu du 16 janvier. Il y a encore été question de creuser un peu plus le déficit, comme si 5 % du PIB cette année (selon une moyenne des estimations 1. Cette note traite du déclassement de la France par rapport à ses voisins européens en matière de finances publiques. En décembre 2001, nous étions le troisième pays dont les finances publiques étaient jugées les plus sûres de la zone euro si l’on en croit le niveau des taux souverains. Aujourd’hui, nous sommes considérés comme le troisième pays le moins sûr. Tout est dit.
1. Le taux souverain est le meilleur indicateur de la solidité des finances publiques d’un pays
La question de la soutenabilité de la dette publique est souvent abordée en la comparant au PIB. Selon cet indicateur, la France a connu une nette dégradation de sa situation, tant dans l’absolu que par rapport à ses voisins de la zone euro : la dette publique française est passée de 60 % du PIB en 2000 à près de deux fois plus aujourd’hui alors que la dette moyenne des autres pays de la zone euro est passée de 78 % du PIB à 92 % du PIB sur la même période 2. Mais le niveau de dette publique n’est qu’un indicateur parmi d’autres. Tant qu’un État trouve des créanciers disposés à financer sa dette à faible taux, le niveau de celle-ci n’est pas un problème (comme l’illustre l’exemple japonais). En effet un État, à la différence d’un ménage, ne meurt pas et peut se contenter de faire « rouler sa dette », c’est-à-dire de réemprunter instantanément les sommes qu’il rembourse. Tout ceci est possible tant que les taux sur la dette restent faibles, sans quoi les charges d’intérêt accroissent le déficit dans un mécanisme auto-entretenu. Autrement dit, le niveau de la dette ne pose pas problème tant que des investisseurs font confiance à l’État qui l’émet. C’est pour cela que le niveau du taux souverain est le meilleur (mais pas le seul) thermomètre de la santé des finances publiques d’un pays.
2. La France, de 3ème à 3ème … en partant de la fin
En décembre 2025, le taux à 10 ans français, à 3,56 %, n’était que de 0,16 point inférieur au taux de Malte (3,72 %), le pays ayant le taux le plus élevé de la zone euro. La position relative française en zone euro s’est dégradée rapidement : en décembre 2024 le taux français était encore supérieur de 0,3 point au taux italien. En conséquence, on ne peut pas exclure que le taux français devienne le plus élevé de la zone euro d’ici la fin de l’année, surtout si le cirque – pardon, le débat – autour du budget continue de s’enliser comme il le fait depuis de longs mois.
économiste et fondateur du cabinet Bersingéco
- https://www.ofce.sciences-po.fr/prev/prev2509/france/encadre_loispeciale.html et https://www.vie-publique.fr/loi/300444-budget-de-letat-2026-projet-de-loi-de-finances-plf-2026 ↩
- WEO ↩
- Taux à 10 ans, source BCE ↩
- Derniers chiffres mensuels disponibles ↩
- https://www.investing.com/rates-bonds/bulgaria-10-year-bond-yield et https://www.investing.com/rates-bonds/france-10-year-bond-yield ↩
- On peut faire l’hypothèse que, sur 10 ans, les tendances d’inflation sont globalement identiques pour l’ensemble des pays de la zone euro et que donc les écarts de taux nominaux reflètent des écarts de risque perçu. ↩


















