Une fois refermée la page des municipales, la vie politique était supposée basculer dans la campagne présidentielle. Il n’en est rien. Le nombre de prétendants ne décroit pas, mais ils ne dévoilent pas pour autant leur projet. Cet attentisme n’est pas le fait du hasard.
La présidentielle occupe toujours tous les esprits du monde politique, mais elle agite surtout les partis. Les débats supposés faire émerger un candidat unique pour représenter une partie de l’échiquier – à gauche, à droite ou au centre – passionnent uniquement les candidats potentiels et les mordus des jeux d’appareils, mais certainement pas les Français. Le PS et la gauche se divisent autour du concept de primaire tandis que LR a lancé une consultation sur la méthode, ignorée par les autres présidentiables de droite.
Ceux qui se tiennent au-dessus de ces querelles d’appareils ne livrent pas davantage leurs intentions quant à leur programme. Il y a d’abord une raison stratégique : qui sera le candidat du RN ? Marine Le Pen ou Jordan Bardella ? Les deux profils diffèrent et n’impliquent pas la même campagne pour leurs adversaires. La première a l’expérience des campagnes électorales sur son nom, pas le second. Surtout, Marine Le Pen, qui rejette toujours et la droite et la gauche, cherche à convaincre l’électorat populaire de gauche comme de droite, tandis que Jordan Bardella se positionne clairement à droite.
L’autre incertitude sur cette campagne est à la fois majeure et inédite. En effet, l’élection de 2027 peut se jouer sur les enjeux internationaux. C’était déjà le cas en 20222, certes, mais à l’époque, le président sortant incarnait une stabilité qui a paru salvatrice. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci. Tous les candidats devront répondre aux questions soulevées par la guerre en Iran, mais pas seulement. Ils devront également apporter des solutions aux questions restés en suspens après la crise du Covid et la guerre en Ukraine, dont les Français mesurent désormais l’importance. Ces difficultés sont nombreuses.
La crise du Covid avait soulevé la question de la souveraineté industrielle. Qui fabrique et où nos médicaments ? Quel laboratoire de recherche les met au point ? La crise ukrainienne a ensuite mis en lumière la question de la souveraineté énergétique. Les Français ne comprennent pas pourquoi, alors que leur pays est producteur d’électricité, les consommateurs la paient aussi cher en France. Ils ne comprennent pas non plus notre dépendance à d’autres ressources comme le gaz et le pétrole. L’augmentation du prix des carburants pose des difficultés à toute la chaine de production. Or, les dégâts causés par l’endettement de l’État deviennent palpables quand le gouvernement ne peut plus apporter des aides comme au temps du quoi qu’il en coute. La question du pouvoir d’achat ne peut plus être résolue par la promesses d’aides sociales.
Ceux qui accusaient l’immigration ou les riches devront trouver autre chose. Car la réorganisation de notre système énergétique, industriel et social ne peut qu’être globale et équilibrée entre les dépenses et les recettes. Est-ce que les candidats à la présidentielle aujourd’hui silencieux sont en train de réfléchir à un programme de ce type ? Espérons-le. Espérons qu’ils seront plusieurs à le faire. Après les campagnes escamotées de 2017 et 2022, ce serait le gage d’un véritable débat présidentiel sur le contenu des projets politiques.
Marie-Eve Malouines,
éditorialiste politique












