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dans Politique

Le Capitole pris d’assaut : violence populiste ou sursaut salutaire de la démocratie américaine ?

Frédéric Saint ClairParFrédéric Saint Clair
7 janvier 2021
Le Capitole pris d’assaut : violence populiste ou sursaut salutaire de la démocratie américaine ?

Mercredi 6 janvier 2021. Des militants pro-Trump prennent d’assaut le Capitole, à Washington. Ils enfoncent les portes. Bousculent les gardes. Interrompent une séance du Congrès. Quatre morts, dit-on, sous réserve… Vingt-deux blessés. Cinquante-deux arrestations. De nombreux journalistes et commentateurs politiques français sont au bord de la crise d’hystérie, les condamnations morales fusent, et le président Macron s’est senti obligé d’endosser le ridicule costume de défenseur médiatique de la démocratie américaine. Crise démocratique majeure, disent certains. Faillite du populisme, exultent d’autres. Sursaut démocratique salutaire, affirmons-nous.

Pourquoi cette leçon sera-t-elle salutaire pour la démocratie américaine, et à vrai dire pour toutes les démocraties ? Non pas un modèle à suivre, car si l’on peut se passer de violence politique… Mais un exemple de ce qu’est la démocratie populaire en période de défiance vis-à-vis des institutions et du personnel politique, et des leçons qu’il faut en tirer.

Premièrement parce que Donald Trump, malgré la grossièreté évidente de l’homme, son manque de tact, d’élégance et de finesse d’esprit, a incarné une forme d’espoir pour une Amérique en souffrance, déclassée, inquiète, morose. C’est une portion de cette Amérique qui s’est rebiffée hier, croyant en toute bonne foi qu’elle s’était fait voler l’élection, et qu’il était encore temps de l’empêcher. Si ce petit bout d’Amérique a été à ce point capable de secouer l’establishment de Washington, nul doute que le reste des pro-Trump pourraient faire bien plus.

La classe politique progressiste qui s’apprête à prendre le pouvoir devrait donc en tenir compte et prendre le temps de s’adresser à cette Amérique-là aussi.

Deuxièmement, car ce mouvement de foule n’a rien du préambule à un coup d’Etat orchestré par de dangereux putschistes, tel qu’on a voulu nous le présenter. Un mouvement d’humeur, tout au plus. Que s’est-il passé, en réalité, lors de ce froid mercredi de janvier ? Une fraction – et non une faction – du demos a rendu à l’institution démocratique, en termes de violence physique, une partie de la violence psychologique et sociale qu’elle avait reçue d’elle durant ces semaines de novembre et de décembre. L’histoire d’une faillite électorale. Une fraude, difficilement quantifiable mais avérée et conséquente, et cependant masquée par une large partie des médias. Une censure du pouvoir politique par le même système médiatique politisé à l’extrême, et idéologisé. Et puis la suspicion. La nette impression que le cratos n’appartient plus au demos, mais à une élite médiatico-politique qui l’utilise à son profit, c’est-à-dire à la fois pour elle-même et pour les segments de population qu’elle a électoralement intérêt à flatter : le bobo csp+, l’immigré, le racisé, le gauchiste.

Bref, ce qu’incarne ce mouvement de foule qui a dérapé n’est rien d’autre que la difficulté de s’en remettre à la démocratie représentative lorsque la nation est à ce point fracturée, que les institutions ne sont plus au-dessus de tout soupçon, et que les élites politiques et médiatiques sont à ce point en-deçà de ce que l’on est en droit d’attendre d’elles.

Troisièmement, parce que la démocratie est, comme nous l’avons évoqué, un cratos, un pouvoir, et non une autorité, et que le pouvoir a vocation à s’exercer par la violence. Il est fondé par la violence et il se maintient par la violence. Et tout l’art d’être bien gouverné consiste justement à minimiser cette part de violence, en la domptant par le consensus populaire, le fameux contrat social, qui en lieu et place de la force permet à l’autorité, à laquelle on adhère sans crainte et sans contrainte, d’émerger. Les élites actuelles ont bien trop pris l’habitude des sociétés civiles pacifiées, bourgeoises, qu’on peut flouer sans s’inquiéter des conséquences, tant elles sont attachées à leur confort matériel paisible. Mais de cette Amérique trumpienne, déclassée, il en est comme de la France des Gilets jaunes : de confort matériel, il ne reste rien ! De perspective d’avenir non plus.

Tout n’est qu’insécurité : physique, économique, sanitaire, culturelle.

Comment en appeler au respect des règles démocratiques dans de telles conditions ? L’insécurité politique dans laquelle le peuple a plongé les élites américaines n’est peut-être qu’une forme de rééquilibrage ; une sorte de virtú populaire machiavélienne ; une astuce de la démocratie pour se préserver de ses contempteurs incompétents et narcissiques.

Frédéric Saint Clair
Analyste politique

 

Frédéric Saint Clair

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