L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

C’est l’interrogation du moment. Elle crépite dans les rédactions. La crise que nous traversons ferait apparaître au grand jour les divergences qui se seraient installées entre le Président de la République et son chef du gouvernement dans la manière d’appréhender une situation hors normes. La réalité c’est que le virus a bien évidemment renversé la table des certitudes les plus affermies du macronisme et met inévitablement à l’épreuve le duo de l’exécutif.

La collision virale avec son cortège de conséquences économiques, sociales transforme la donne de manière radicale. Elle appelle presque mécaniquement à sortir du sillon du mandat tel qu’il s’était déroulé jusqu’à maintenant. Il y aura nécessairement une traduction politique au choc que nous subissons. Cette contrainte pèse forcément sur les acteurs en charge de conduire le pays.

Avec son tempérament plus sobre, son expression plus modeste, son expérience d’élu local et de parlementaire, Edouard Philippe s’est forgé dans cette épreuve une image de rigueur et de stabilité, de prudence raisonnée et de précisions didactiques qui contraste avec un Emmanuel Macron tour à tour chef de guerre, thaumaturge, père ou grand frère de la Nation, hussard parfois de toutes les contradictions d’une action publique prise en défaut de réactivité, de prévoyance, de cohérence.

Là où le Président apparaît souvent incantatoire, voire habité par une forme de jouissance de l’événement, le Premier ministre se veut d’abord méthodique, « terre à terre », ravaudant laborieusement au jour le jour les inconséquences des services de l’Etat, les mots inappropriés de certains ministres issus de la macronie « historique » dont il n’est pas, lui, issu, soucieux de ne pas annoncer ce qu’il serait en incapacité de tenir.

« Le style c’est l’homme » comme l’écrivait avec justesse Buffon et en politique, voilà qui est encore plus vrai à une époque où parfois le théâtre des apparences l’emporte sur la confrontation des idées.

Sur ce dernier plan, rien, au demeurant, sur le fond ne sépare les deux hommes mais confrontés à l’interrogation de leur propre responsabilité dans la gestion souvent aléatoire de cette crise, sans doute n’en tirent-ils pas les mêmes conséquences et enseignements quant à la vision de leur propre avenir. Pour le Président , il s’agit de sauver son mandat pour éventuellement redoubler la mise ; pour le Chef du gouvernement il convient de se retrouver une place dans un quinquennat dont le récit originel est désormais évanoui dans les limbes d’un passé proche mais qui à tout le monde paraît désormais à des années-lumière de l’incroyable moment que nous vivons.

Macron et Philippe ne sont pas à coup sûr encore des associés-rivaux comme le furent en leur temps Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, mais, percutés tous les deux par la crise, leur temporalité n’est désormais plus la même. Et cela suffit à les éloigner l’un de l’autre…

Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef