Paru en février 2025, cet ouvrage a pour objectif principal de promouvoir le principe de robustesse au sein de l’entreprise, et cela en réduisant celui de performance qui domine trop souvent. Il est rédigé par Olivier Hamant, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Olivier Charbonnier, directeur conseil, et Sandra Enlart, directrice de recherche à l’Université Paris-Nanterre.
Pour les auteurs, la performance ne peut plus tenir lieu de boussole dans un monde d’accélération du dérèglement climatique et de perte de biodiversité. Elle contribue à l’exploitation effrénée des ressources et fragilise le corps social. Ils prennent exemple sur le monde animal où, dès lors que s’accroît la rareté des ressources, les animaux passent de la compétition à la coopération. Ils citent également la sphère sportive où le seul principe de performance incite à la triche, au pari financier, au dopage.
Ce qui est ici dénoncé est la recherche d’efficacité maximale dans un temps immédiat. L’exemple est donné des pauses café où le temps n’est pas productif mais participe à la culture d’entreprise, crée du lien et permet le partage d’informations.
Une originalité de cet ouvrage est qu’il ne s’inscrit pas dans une démarche de simple vision de croissance verte ou de RSE classique où le propos vise à limiter l’impact économique sur l’environnement, mais il se situe dans une défense de l’entreprise. En somme, il ne s’agit plus de considérer l’impact de l’activité économique sur l’environnement, mais de se poser la question inverse de l’impact de la nouvelle instabilité environnementale (climat, biodiversité, ressources, …) sur l’activité de l’entreprise. Pour Olivier Hamant, qui avait déjà publié en 2023 un ouvrage Antidote au culte de la performance, la robustesse traduit la capacité d’un système à rester stable malgré un environnement de plus en plus fluctuant, imprévisible. La robustesse permet à l’entreprise de tenir dans la durée.
L’entreprise doit modifier les paramètres de son action. Il ne s’agit pas d’abandonner toute idée de performance, mais plutôt de la repenser dans un monde de fragilisation constante. Le seul critère de performance ne peut être le seul guide de la mission de l’entreprise, il doit être repositionné autour de la capacité à continuer à produire des biens et services avec suffisamment de marge de manœuvre. « Dans un monde stable, l’entreprise peut se permettre la performance, quitte à s’exposer à des risques ; dans un monde instable, elle devra être robuste, avant d’être performante » (p. 108). Cela suppose une meilleure attention à l’écosystème, au dialogue social et la remise en cause de la « mesurocratie » où dominent les KPI traditionnels de productivité, de flux juste-à-temps : « L’indicateur pousse à la pensée réductionniste dans une époque de turbulence qui, au contraire, appelle à la pensée systémique » (p. 18).
Nous avons été séduits par l’originalité de cette approche, son côté concret et réaliste, sa vision complète de la robustesse qui inclut l’environnement, le social, l’intégration au territoire, la décélération des activités, la circularité des flux. Nos interrogations portent sur le choix des termes. Jamais les auteurs n’évoquent la compétitivité, mais toujours la performance, pourquoi ce choix ? Par ailleurs, les exemples choisis ne nous apparaissent pas toujours aisément reproductibles.
Il reste un ouvrage très bien construit qui incite à une vraie réflexion sur les critères de réussite économique, loin des communications triomphalistes des raisons d’être d’entreprises ou des sociétés à mission.
Thierry Libaert
Olivier Hamant,
Olivier Charbonnier,
Sandra Enlart
Odile Jacob, 2025
256 p. – 24,90 €















