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dans Economie

L’équation budgétaire se complique

Jean-Yves ArcherParJean-Yves Archer
5 février 2020
L’équation budgétaire se complique

Pour Jean-Yves Archer, économiste et membre de la Société d’Economie Politique, l’équation budgétaire se complique. Explications.

Trop d’analystes estiment que les Français auraient une faible culture économique. Certains s’en désolent, d’autres affichent un dédain avéré.

Pour ma part, ayant notamment eu l’opportunité d’assurer – dans un temps révolu – des séquences de formation économique au sein d’universités internes à des grands groupes (programme de développement d’intrapreneurs) je peux attester que c’est une chimère que de penser que le piéton de la rue ne comprend rien.

Dans la matière majeure que constitue l’évolution des Finances publiques, le citoyen a tout compris au sujet de trois notions assurément dynamiques : la pression fiscale, la dette, le déficit budgétaire.

S’agissant de cette dernière variable, son évolution est désormais sérieusement préoccupante.

Ainsi le déficit budgétaire s’élève à 92,8 milliards d’euros à fin décembre 2019 contre 76 Mds à fin 2018.

Des millions de Français sentent cette mauvaise nouvelle.

16,8 milliards de dérive, ce n’est pas rien d’autant qu’il ne faut pas commettre une erreur de précipitation. Non, ce ne sont pas les trop fameux 17 milliards issus des mesures annoncées par le président de la République en date du 10 décembre 2018.

Ce n’est donc pas, pour être direct, l’ardoise des Gilets jaunes. En effet, il faut se souvenir que dans l’annonce présidentielle, les 5 Mds de baisse d’impôt sur le revenu impacteront les comptes en 2020.

En conscience, l’état de l’art m’oblige à écrire que l’équation budgétaire (le futur PLF 2021) se complique avec un taux d’acidité qui peut venir perforer le tissu économique.

Encore plus d’impôts pour couvrir le déficit ?

Encore plus de dette nationale ?  Quosque tandem….

L’électeur du mois de mars 2020 aura en tête la baisse de sa taxe d’habitation mais il a détecté, doté du flair du chien de chasse, que la compensation attendue – et réclamée de plus en plus vertement par le président du Sénat – est toujours une Arlésienne. Les comptes, sur ce dossier, risquent de rencontrer le visa d’insincérité délivré, hic et nunc, par la Cour des comptes.

Le président de l’Assemblée des Maires de France, François Baroin, tout autant que le vice-président André Laignel n’ont eu de cesse de réclamer, selon leurs stricts rôles respectifs, que la compensation soit pleine, durable et stable dans le temps.

Pour l’homme ou la femme lambda, c’est clair : ce qui a été gagné au niveau de la taxe d’habitation se retrouvera via une hausse d’impôt national.

Je suggère de relire des courriers de lecteurs de la PQR qui hurlent et dénoncent un jeu de bonneteau.

La dette est un sujet fétiche pour certains tenants des thèses d’Olivier Blanchard (ancien économiste en chef du FMI) qui estime qu’il faut plus de dette pour assumer plus d’investissement.

Sur le papier, ce mode de pensée est séduisant – un certain Keynes l’a même écrit si ma mémoire est fidèle – mais hélas il faut savoir regarder que nous ne cessons d’augmenter la dette pour couvrir des dépenses de fonctionnement.

En proportion, ce sont les collectivités territoriales qui investissent, bien plus que l’État central englué dans son immobilisme structurel.

Si l’on ne change pas le périmètre de certains secteurs d’activité de l’État, la trajectoire des Finances publiques récemment actualisée par l’Exécutif ne sera pas tenable.

Le président Macron n’a pas déclaré par hasard ou inadvertance à The Economist que la règle des 3 % du déficit public était « d’un autre siècle ». In concreto, il a préparé autant l’opinion que nos partenaires européens au futur décrochage de la France par regard des promesses de campagne formulées avec insistance en 2017.

Notre niveau de dette est toxique et génère un effet d’éviction en happant une large part de l’épargne nationale qui se gorge d’obligations d’État (OAT) au détriment de la sphère industrielle ou commerciale.

En bon franglais, on parle de « crowding-out ».

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire que cette dette a pour gage, comme une caution privée, l’épargne des Français. Souvenons-nous des voies et modalités de résolution de la crise à Chypre : spoliation des dépôts bancaires au-dessus d’un certain seuil. En France, l’arsenal législatif et juridique est en place. Le seuil est fixé à 100 000 euros.

L’avenir nous dira par quelle fenêtre viendra le mauvais vent aussi violent que les récentes bourrasques enregistrées et subies au Cap Corse.

Pour l’heure, il parait approprié et mesuré de citer un grand commis de l’État : à savoir le regretté Préfet de région Claudius Brosse qui fût aussi Trésorier-Payeur-Général.

Dans son livre,  L’État dinosaure paru il y a exactement vingt ans, il écrivait : « Sous la IIIème République, l’État absorbait un quart des revenus des Français, sous la IVème, c’est le tiers qu’il prélevait, aujourd’hui, c’est la moitié qu’il retire au revenu national. Or, à l’évidence les Français n’ont pas envie de vivre sous un régime politique ressemblant à l’Égypte pharaonique ou à l’Empire des Incas ».

Jean-Yves Archer
Economiste et membre de la Société d’Economie Politique

Jean-Yves Archer

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