Les enfants gâtés ou les enfants perdus ? Confiner ou ne pas confiner ?

Des « mesures supplémentaires » pour tenter d’endiguer l’épidémie de Covid-19 devraient être annoncées ce soir lors de la conférence de presse du Premier ministre. Réaction d’Eric Cerf-Mayer.

Encore un petit moment Monsieur le Bourreau ! Un pays tout entier est suspendu à la décision de dirigeants confrontés à la dure réalité d’un virus maître du temps peut-être mais surtout révélateur de nos failles et de nos contradictions, qui souligne jour après jour  le degré de désarroi  d’une communauté lorsqu’elle perd le cap dans la tempête faute de transparence et de langage vrai, livrée aux excès d’une communication qui prime sur la décision et l’action…

 
L’important est- il de retrouver l’illusion de l’insouciance relative de la vie d’avant ou de juguler une pandémie en vaccinant le maximum de population, de s’interroger sur la forme ou la destination des vacances d’été ou d’organiser en y mettant toutes les ressources possibles une réelle parade à la progression des contaminations et des morts avec les armes à disposition ? Il est légitime de se poser la question devant le lamentable spectacle quotidien offert par les médias, sur fond de surenchère de batailles d’experts médicaux ou autres, dont on se demande quel est le temps qu’il leur reste dans des jours soumis au couvre-feu pour exercer leurs talents ?

 
Pendant ce temps perdu, ou gagné nous dit-on, les difficultés et les menaces de tous ordres grandissent inexorablement et nous confrontent chaque jour un peu plus au vertige du bord du précipice.
Violences urbaines, incivilités grandissantes, perte des repères les plus élémentaires et du simple bon sens par ceux-là mêmes qui devraient indiquer la route à prendre, montée des tensions sur la scène internationale, rien n’est épargné aux spectateurs impuissants de ce qui s’apparente de plus en plus à la navigation du radeau de la Méduse ou au naufrage du Titanic…
 
Les exemples ne manquent pourtant pas dans l’histoire universelle de batailles titanesques et de souffrances indicibles pour ramener les enfants gâtés ou perdus que nous devenons peu à peu à une appréciation un peu plus juste des efforts et sacrifices à accepter pour apercevoir la lumière au bout du tunnel, pour autant que les dirigeants en Europe et dans le monde assument leurs responsabilités et cessent de jouer les princes Hamlet en se posant de fausses questions.
 
Puisqu’il s’agit d’une guerre, les armes existent pour lutter, les combattants également pour procéder à la vaccination massive du plus grand nombre et les exemples ne manquent pas hors Europe pour trouver un début de salvation, mais pour cela il faut le courage et la lucidité d’admettre que l’on peut se tromper et commettre des erreurs d’appréciation tant que l’on garde la volonté de gagner.
 
L’Europe de l’Atlantique à l’Oural, France incluse, a connu des épreuves sans équivalent durant les deux conflits mondiaux et a sacrifié des millions d’êtres humains, pour des idéaux autres que le confort des générations actuelles au prix de souffrances bien plus terribles que les privations liées au couvre-feu ou au confinement. Ce serait dommage d’oublier qu’être assiégé dans Leningrad ou périr sous les bombes à Londres ou Dresde, sous la torture ou dans l’horreur des camps de la mort, est autrement plus effroyable que les restrictions et frustrations actuelles. Et pour renouer avec l’espérance, il faut aussi retrouver l’échelle du temps et du bon sens nécessaire pour éradiquer toute peste en ce bas monde.
 
Eric Cerf Mayer