Les musulmans et la religion des droits de l’homme

Au moment où Emmanuel Macron tente de maitriser, par de nouvelles dispositions législatives, l’accroissement des fractures que provoque dans notre société l’adhésion par un nombre devenu important d’habitants à une religion différente de celle qui a constitué le soubassement de notre civilisation, il est utile de prendre la mesure du problème que l’islam pose à nos dirigeants.

Depuis la fin de la période coloniale, avec l’arrivée de nombreux migrants en provenance de nos anciennes colonies, la société française est devenue hétérogène, au plan ethnoculturel : elle s’est fragmentée. Elle souffre de clivages importants qui viennent de ce que les nouveaux arrivants qui s’installent dans le pays sont d’une identité différente de celle de la population d’accueil. Jerôme Fourquet, dans « L’archipel français » paru en 2019, explique que « le soubassement philosophique constitué par le christianisme s’est effondré et que le pays est, désormais, un  archipel constitué de groupes ayant leur propre mode de vie, leurs propres mœurs, et leur propre vision du monde ». Le phénomène de fragmentation de la société s’est doublé, progressivement, d’un accroissement de la violence, et depuis 2015, on a compté, en France, plus de 250 morts et de nombreux blessés. L’attentat le plus meurtrier a été celui du Bataclan, à Paris, en novembre 2015, qui fit 130 morts .Tout récemment, en octobre dernier, il y eut l’odieux attentat commis à Conflans-Sainte-Honorine par un musulman radicalisé contre un professeur de collège qui a été tué dans la rue et décapité, et, ces tous derniers jours l’assassinat dans son commissariat, à Rambouillet, d’une policière, et ce toujours au nom  d’ « Allah Akbar ». Tous ces attentats commis, tant en France que dans divers pays européens, sont une manifestation du combat que mènent des musulmans fortement radicalisés contre les non-croyants que nous sommes. Ils veulent étendre le « dar al islam » par le djihad. Mais ces attentats sont seulement la face visible d’un phénomène plus préoccupant, à terme, pour l’avenir de nos sociétés, en Europe : le risque de mutation de notre civilisation vers ce que Claude Levi Strauss, dans son ouvrage « Race et histoire » a appelé « un nouveau pattern ». La présence de musulmans de plus en plus nombreux dans nos sociétés, en Europe, va inévitablement provoquer une mutation de notre civilisation.

Il faut bien voir que la civilisation occidentale et la civilisation musulmane sont deux très grandes civilisations qui sont depuis des siècles en opposition : l’une est fondée sur le judéo-christianisme, l’autre sur l’islam.

Tous les sociologues nous disent qu’à la base de chaque civilisation il y a une religion.

Et la religion musulmane qui a été prêchée six siècles après le christianisme, s’en est pris aux chrétiens. Le prophète Mahomet a dénoncé toutes les erreurs que contiendrait le message de Jésus, message qui a été formalisé et diffusé amplement par Saint Paul de Tarse, au premier siècle de notre ère. Il a vivement incité ses fidèles à combattre les tenants de cette religion, car ce sont, a-t-il dit, des « associateurs » : les chrétiens, en effet, pour l’islam, sont des polythéistes de par leur concept de « sainte-trinité », et l’islam les combat avec la plus grande vigueur, car pour les musulmans c’est offenser Dieu que de ne pas reconnaître qu’il est unique. Il y a donc, dans le soubassement même de la civilisation islamique, une hostilité ontologique à l’égard des personnes qui constituent le monde de la chrétienté, monde qui est devenu, par la suite, l’ « Occident ». Après, en effet, des siècles et des siècles d’alliance entre le clergé et les pouvoirs royaux, sous l’influence des grands philosophes du siècle des Lumières, la civilisation occidentale a procédé, au XVIIIe siècle, à sa « sortie de religion », selon l’expression forgée par Marcel Gauchet pour qualifier le rejet de Dieu par les révolutionnaires de 1789. Cette civilisation s’est détachée de Dieu, et c’est ainsi que Nietzsche a parlé de « la mort de Dieu ». La chrétienté est ainsi devenue l’ « Occident ».

L‘islam, contrairement au monde de l’Occident, n’a pas fait cette mutation, et les musulmans vivent toujours sous le regard de Dieu. Il y a donc une opposition fondamentale entre ces deux mondes, une opposition qui se perpétue du fait que le monde occidental a conservé, en les faisant siennes, les valeurs chrétiennes : les révolutionnaires français ont, en effet, assuré la permanence d’un ordre théologico-politique avec leur fameuse « Déclaration des droits de l’homme et des citoyens » de 1789. Et, comme l’on sait, les Nations Unies ont repris textuellement les termes de cette déclaration dans leur « Déclaration universelle des droits de l’homme » (DUDH) proclamée à Paris en 1948. Et, en 1950, il se rajouta, en Europe, la « Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Dans ces chartes, on retrouve l’énoncé de toutes les valeurs du judéo-christianisme, valeurs qui ont été décrétées universelles. Le monde occidental s’est ainsi doté d’une nouvelle religion : la « religion des droits de l’homme », comme l’a fort bien expliqué Jean Louis Harouel dans « Les droits de l’homme contre le peuple », paru en 2016. Comme toute religion, cette idéologie est universelle : mais les valeurs d’égalité, de tolérance, de fraternité, de liberté de conscience… qui sont à la base de la religion de droits de l’homme  ne se retrouvent pas dans l’islam.

Dans l’islam, en effet, il n‘y a pas égalité de droit entre les hommes et les femmes, l’esclavage est permis, et les gens du Livre (les juifs et les chrétiens) ne sont pas les égaux des musulmans. Ce sont des « dhimmis », c’est-à-dire des citoyens de second rang, et on leur applique une fiscalité tout à fait dissuasive afin de les inciter à abandonner leur foi pour adhérer à la vraie religion. Et il n’y a pas non plus de liberté de conscience : il est formellement interdit de ne pas croire en Dieu. L’islam, dans les sociétés musulmanes, régente complètement la vie des individus, il réglemente le fonctionnement de la société, et il engage même les musulmans à participer à la lutte contre les incroyants afin que le règne de Dieu puisse s’étendre à la terre entière. Dans les sociétés occidentales, il en va tout différemment : ce sont les valeurs proclamées dans la déclaration des droits de l’homme de l’ONU qui sont pratiquées : elles sont garanties par les Constitutions des pays et les Etats sont dotés d’’institutions démocratiques où ce sont les hommes, et non plus Dieu, qui font les lois. Les trois vertus principales sur lesquelles sont fondées les démocraties sont : liberté, égalité et tolérance, des valeurs qui n’existent pas dans l’islam.

Cette déclaration universelle des droits de l’homme des Nations-Unies de 1948 a beaucoup gêné les pays musulmans, car elle s’oppose complètement aux prescriptions coraniques.

Aussi, les pays musulmans, acculés à s’exprimer, ont-ils fini par publier, le 5 Août 1990, leur propre déclaration des droits de l’homme, intitulée « Déclaration islamique des droits de l’homme ».

Cela se fit suite à une réunion, au Caire, de l’ Organisation de la Conférence Islamique (OCI) qui a réuni les représentants de 57 Etats. Cette déclaration est un pastiche assez habile de la déclaration de l’ONU de 1948, mais qui ne dévie en rien des lois islamiques. Il y est ainsi dit, liminairement, que « les droits fondamentaux et les libertés publiques en Islam font partie de la foi islamique, car ce sont les droits et les libertés dictés par Dieu et qui sont l’objet du message de Mahomet ». Et il y a été rajouté : « Dieu a déclaré que la Oumma (la communauté des musulmans dans le monde) est la meilleure des communautés, une communauté dont on attend qu’elle éclaire l’humanité et qu’elle apporte des solutions aux problèmes chroniques de la civilisation matérialiste ». Il s’agit donc d’une adaptation de notre déclaration des droits de l’ homme rédigée sous l’influence des défenseurs de la charia. Il y est dit, en fait d’égalité entre les hommes, que tous les hommes sont « égaux en dignité » (mais pas en droit) ; et il en est de même entre les hommes et les femmes : « égaux en dignité ». En fin de texte, les articles 24 et 25 précisent, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que « les droits et libertés énoncés dans cette déclaration sont soumis aux dispositions de la charia, et cette dernière est l’unique référence pour l’explication ou l’interprétation de l’un des quelconques articles contenus dans cette déclaration ». On en reste donc, dans le monde de l’Islam, au respect scrupuleux du message du prophète Mahomet, un message reçu au VIIe siècle de notre ère, sans une quelconque avancée depuis lors.

On en est donc, toujours, à deux mondes opposés : les Occidentaux veulent imposer aux musulmans leur religion des droits de l’homme : ils combattent aujourd’hui l’islam non plus au nom du Christ, comme ce fut le cas au temps des Croisades, mais au nom de leur charte des droits de l’homme. En Europe, nous voulons imposer aux musulmans qui s’installent dans nos pays nos valeurs et notre manière de faire fonctionner la société, alors qu’ils tiennent, eux, à rester fidèles sinon à leur propre religion, du moins à leur identité. Le jeune dramaturge belge d’origine marocaine Ismaël Saidi, qui mène un combat pour un « islam des Lumières », et qui a eu un succès considérable avec sa pièce « Djihad » nous dit : « Aujourd’hui, l’islam n’est plus une croyance, mais une identité »(JDD du 10/01/2020).

On doit se souvenir que les Espagnols, après la « Reconquista » de leur pays qui avait été occupé pendant plusieurs siècles par les arabes, voulurent, pour le réunifier, imposer aux musulmans restés sur place le christianisme. Ce fut un échec : les musulmans résistèrent et ils fomentèrent même plusieurs révoltes. Finalement, le roi Philippe III, constatant l’impossibilité de les intégrer après un peu plus de cent ans d’efforts, promulgua un décret, en date du 22 septembre 1609, pour les expulser. Cet événement historique est connu sous le nom d’ « expulsion des Morisques d’Espagne » : ils furent reconduits sur les divers ports de l’Afrique du Nord.

Dans les archives de l’Institut Charles de Gaulle on trouve des notes d’André Malraux, datant de juin 1956, où l’on peut lire : « Cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. A l’origine de la révolution marxiste on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles : ni le christianisme, ni les organisations patronales n’ont trouvé la réponse. De même, aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam ». Samuel Huntington, dans son ouvrage « Le choc des civilisations » paru en 1996 avait bien cerné l’importance de l’attachement profond qu’ont les individus à leur civilisation, et il en avait fait la source probable des causes pouvant conduire, demain, à des conflits entre nations. Il avait dit : « Les distinctions les plus importantes entre les peuples ne sont pas idéologiques, politiques ou économiques : elles sont d‘ordre culturel. Peuples et nations tentent de répondre aux questions les plus élémentaires auxquelles les hommes peuvent être confrontés  : « Qui sommes- nous ? ». Pour ce politologue, qui était professeur à Harvard, la civilisation est le niveau le plus élevé d’identité culturelle. Il s’était attiré, un peu partout dans le monde, des volées de bois vert, et ce jusqu’à sa mort, en 2008. Sa thèse a donné lieu à des débats infinis, et il a été traité de raciste. Avec la montée de l’islam dans notre pays nos dirigeants, face aux réalités, ont à leur tour pris conscience de ce phénomène. Ainsi, Emmanuel Macron a-t-il déclaré au journal espagnol El Mundo qui l’interrogeait, le 27 septembre 2017 : « Je l’assume : notre combat est aussi un combat de civilisation ». Et Manuel Valls, lorsqu’il était premier ministre, avait fait la même analyse à l’occasion de l’assassinat par un islamiste radical d’un chef d’entreprise, dans l’Isère, que l’on avait retrouvé décapité. Il avait déclaré : « Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est, au fond, une guerre de civilisation : c’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons ».

Claude Sicard
Auteur de : « Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ? », et « L’islam au risque de la démocratie », préface de Malek Chebel (Ed François Xavier de Guibert).