Quelles leçons tirer de ces élections ?

Des élections municipales, on tire des conclusions politiques mais on peut aussi en tirer des enseignements en matière de communication politique. Que nous enseigne le drôle de second tour auquel nous venons d’assister, au-delà des commentaires et conclusions un peu hors-sol que l’on voit deci-delà ? Arnaud Dupui-Castérès, CEO et fondateur de Vae Solis Communications, tire six enseignements par ordre « décroissant » d’importance.

  1. Le taux de participation nous montre que la vie démocratique classique (voter aux élections) s’affaisse sur elle-même. Certes, il y a pour cette élection un contexte particulier en raison de la crise du Covid-19, du confinement et de la « Grande Peur » qui a mis la société sous cloche. Mais le très fort taux d’abstention s’inscrit dans un continuum et marque la fin d’un grand Spin. Un Spin débutant après la Deuxième Guerre mondiale qui avait fait de la vie politique et démocratique un bien commun très précieux et plaçait le vote comme premier devoir des citoyens ayant la chance de vivre en Démocratie. Les citoyens progressivement croient de moins en moins à ce récit. L’effritement de ce Spin a pour corollaire l’accroissement des mouvements revendicatifs et la violence dans la rue.
  2. Le RN ne parvient pas à installer l’idée que ses cadres dirigeants puissent être des acteurs sérieux de la vie collective, en responsabilité et gestionnaire de collectivités locales. C’est un échec patent en termes de communication pour un parti qui est arrivé premier aux élections européennes et dont la présidente s’est qualifiée pour le second tour des élections présidentielles. Le RN ne parvient pas à installer l’idée d’être un acteur crédible de la vie politique.
  3. Le courant politique à la tête de l’exécutif de son côté n’a pas réussi à transformer un élan politique en une réalité politique et un ancrage local. Leur aventure est de ce fait fragile et aléatoire. Les causes de cet échec ne sont pas que le résultat d’une communication défaillante, mais une chose est sûre, elle n’a pas su inscrire cette histoire dans une temporalité et une durée, mettant ainsi un terme au récit du « nouveau monde ».
  4. Alors que la Gauche remporte des succès significatifs dans quelques grandes villes, la victoire est portée au crédit des seuls écologistes, qui dans bien des cas n’étaient que les fers de lance de coalitions beaucoup plus larges. Plus largement, le PS obtient de nombreuses victoires et réélections dans les villes de plus de 30 000 habitants et c’est factuellement une force politique victorieuse à l’issue de ce scrutin. Pourtant, il ne vient à l’idée de personne de le croire, pas même d’eux ! C’est donc aussi là un échec et un effacement du Parti socialiste par une curieuse stratégie de non-communication.
  5. Les Républicains, qui après deux tours des élections municipales ont prouvé qu’ils tenaient très bien leurs territoires, sont les autres grands gagnants de ces élections. C’est le parti politique qui remporte le plus de municipalités de plus de 30 000 habitants et de très loin. Avec les divers-droites, ils obtiennent près de 51 % des 236 villes de 30 000 habitants. Mais ils ne tirent aucun bénéfice à court terme du scrutin en tant que force politique et alternative nationale. Une prouesse ! LR et le PS semblent être de plus en plus des marques locales sans rayonnement national, en miroir du RN et de LREM.
  6. Enfin, comme il ne peut pas y avoir que des perdants, il faut bien des gagnants. Et les seuls à obtenir ce bénéfice, en termes de communication, sont les écologistes… avec 10 villes sur 236 de plus de 30 000 habitants, soit 4,2 % ! Quelques arbres cachent la forêt, grâce à quelques victoires emblématiques dans des grandes villes. Et encore, les candidats EELV étaient à la tête de coalitions qui rassemblaient la plupart des partis de gauche. On notera au passage que les villes qui ont voté « écolo » sont des villes dont les équipes précédentes avaient assez largement mis en œuvre des politiques environnementales innovantes et concrètes. Est ainsi confirmée une loi d’airain en matière de communication (et pas que politique) que l’électeur (comme le consommateur) préfère toujours l’original à la copie. Le Président de la République devrait connaître cette loi qui s’appliquera à lui comme à tous et devrait se méfier.

En conclusion, l’interprétation de ces résultats donne la victoire à ceux qui maîtrisent le Spin du moment.

Or, ce Spin est celui « de la ville à la campagne » selon le mot de Louis-Auguste Commerson dans l’édition de 1860 de La petite Encyclopédie bouffonne (repris par Alphonse Allais) ou plus exactement l’inverse, la campagne à la ville. Celui qui maîtrise le Spin remporte tout (the winner takes all), y compris quand il ne gagne que 10 villes dans un pays qui en compte tant.

On sait depuis les calendes grecques que la communication peut engendrer le réel, transformer les perceptions et modifier les comportements. La communication sur la victoire des « écolos » en est l’illustration parfaite. Elle ne correspond pas à la réalité, mais elle s’impose partout, à tous et devient un paramètre de l’analyse et de l’action politiques. Aujourd’hui, il est possible que le candidat de la gauche à l’élection présidentielle soit un représentant des « écolos », s’ils ne se déchirent pas d’ici là, d’autant plus que le Président et sa majorité leur pavent la voie de bonnes intentions.

Arnaud Dupui-Castérès
CEO et fondateur de Vae Solis Communications