Le blocage du détroit d’Ormuz crée un choc économique important pour l’économie française et mondiale. Actuellement, le prix du pétrole à environ 110 dollars le baril n’implique pas de récession en France. Mais ce prix reflète que le marché (c’est-à-dire l’ensemble des acteurs du marché pétrolier) envisage une réouverture au moins partielle du détroit d’Ormuz. Or, si le blocage se prolongeait, le prix du pétrole pourrait approcher les 200 dollars, auquel cas le PIB français se contracterait légèrement en 2026 et 2027.
1. Le prix du pétrole pourrait approcher les 200 dollars si le détroit d’Ormuz restait bloqué
Faire des prévisions concernant le prix possible que pourrait atteindre le pétrole est un exercice délicat car il dépend de deux variables : l’élasticité-prix de la demande de pétrole et l’ampleur de la baisse de l’offre.
Premièrement, nous posons comme hypothèse une élasticité-prix de la demande de pétrole de -0,1[1]. Cela signifie que, lorsque le prix du pétrole augmente de 1 %, la demande diminue de -0,1 %. Cette demande est particulièrement inélastique car il est difficile, à court terme, de trouver des alternatives au pétrole et les consommateurs sont obligés de continuer à en acheter même si son prix augmente.
Deuxièmement, nous envisageons un scénario dans lequel le détroit d’Ormuz reste bloqué (des scénarios plus optimistes peuvent évidemment être envisagés mais ce n’est pas l’objet de cette note). Dans ce cas, la baisse de l’approvisionnement mondial de pétrole pourrait se situer entre -15 % et – 20 %. Les écarts entre les deux scénarios dépendent notamment de la capacité de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis à exporter une partie de leur production en contournant le détroit d’Ormuz et de l’évolution de la production des pays qui ne sont pas concernés par la guerre (États-Unis, Canada, Brésil…).
Dans le cas où la baisse de l’approvisionnement mondial serait de -15 %, le prix du pétrole atteindrait 160 dollars[2]. Autrement dit, il faudrait que le prix du pétrole atteigne ce niveau pour que les consommateurs mondiaux se détournent suffisamment du pétrole afin de rééquilibrer l’offre et la demande mondiale. Dans le cas où la baisse de l’approvisionnement mondial serait de -20 %, le prix du pétrole atteindrait 195 dollars[3].
2 . Une contraction du PIB en 2027
Un blocage prolongé du détroit d’Ormuz pousserait la France dans une récession dont la durée et l’intensité varieraient selon les hypothèses de baisse de l’offre mondiale.
Pour estimer l’impact d’une hausse du prix du pétrole sur l’économie française, posons comme hypothèse qu’une hausse du prix du brut de 20 % réduit le PIB français de 0,1 % la première année et de 0,2 % la deuxième année[4] (le temps que le choc inflationniste se diffuse dans toute l’économie).
Si l’on considère que, avant le blocage du détroit d’Ormuz, la prévision moyenne de croissance pour la France était de 0,9 % en 2026 et de 1,2 % en 2027[5], le PIB français se contracterait en 2027 si le détroit restait durablement bloqué (-0,3 % dans le scénario d’une baisse de -15 % de l’offre mondiale et -0,8 % dans le scénario d’une baisse de 20 % de l’offre mondiale). La croissance resterait légèrement positive en 2026 (+0,2 %) si la contraction de l’offre mondiale était de -15 % mais deviendrait négative dès cette année (-0,1 %) si l’offre mondiale se contractait de -20 %).
Sylvain Bersinger,
économiste et fondateur du cabinet Bersingéco


















