1 an de Covid : pour la communication gouvernementale aussi

35 citoyens ont été chargés par les pouvoirs publics de former un collectif sur la vaccination. Ils poursuivent leurs travaux avec un mandat de formuler des recommandations aux côtés de conseillers du CESE, dans le but d’accompagner la campagne vaccinale grand public. Ils plaident notamment pour « une communication positive et adaptée à chaque catégorie de population ». Entre autres préconisations, c’est le sujet de la communication qui va retenir notre attention en cette triste date anniversaire, commémorant par l’entremise du premier confinement un an de crise sanitaire.

Considérant le bouillonnement excessif de l’espace public, et son importance dans une démocratie jalonnée par des temps d’élection renforçant ou affaiblissant le pouvoir en place, que peut-on dire de la communication du gouvernement depuis un an ?

Serait-ce pertinent de vous livrer une lecture manichéenne de la chose ? Bonne ou mauvaise, chacun a déjà choisi son camp. Et parfois bonne parfois mauvaise, une saine lecture consisterait à qualifier avec modération l’exercice communicant d’un groupe gouvernemental assailli de toute part et soumis à une crise sans précédent. Parce que de telles situations exceptionnelles à tous les niveaux n’arrivent que quelques fois dans un siècle, je m’attarderai sur les personnalités de cette crise. De la seconde guerre mondiale, il nous reste surtout les attitudes de Churchill, De Gaulle, Roosevelt, Staline ou Hitler. Nos sociétés humaines se caractérisent principalement par leurs processus narratifs – les derniers ouvrages de Gérald Bronner1 et Peter Sloterdijk2 décrivent parfaitement ces aspects. Elles s’incarnent donc dans des héros et des personnalités. Voyons à la manière de Sergio Léone et, comme savent le faire les professionnels de l’improvisation théâtrale, quels sont les bons, les brutes et les truands de ces douze derniers mois. Or je vais être lâche ; vous aurez à mettre vos propres noms dans les rôles de ce feuilleton sans équivalent qu’est la crise du Covid.

Alors que l’OMS, dans ses documents publics, encourageait tout gouvernement confronté à une situation de crise pandémique, à gérer avec minutie et humilité les multiples incertitudes qui viennent se confronter à la décision publique, notre groupe politique n’a pas jugé utile de changer d’instrument ni de partition.

Vivaldi savait alterner quatre saisons dans son œuvre majeure et adapter sa musique aux humeurs du calendrier. Regrettons que la classe politique française ait eu moins de clairvoyance à percevoir la pertinence des analyses de l’institution onusienne, installée dans le canton de Genève.

Les Truands

De la gripette en passant par les masques, la fin de l’épidémie avant l’été 2020 et aujourd’hui les vaccins rares, furent les forces politiques en capacité de comprendre l’importance du conseil donné par l’OMS. La parole publique s’est affaiblie ces dernières années : au lieu de la préserver, « les professionnels de cette profession » ont fait le choix de marteler d’inutiles injonctions sur ce qu’il fallait faire ou non. Politiques, médecins, journalistes-médecins, ont tous enfreint le principe de précaution de la parole publique. A croire que la confession de l’ignorance aura été soumise par les injonctions des médias réclamant des solutions, des certitudes, et de la morgue. Le résultat est douloureux, la confiance que placent les Français dans leurs Hommes politiques et les médecins n’en sort pas renforcée, dans les dernières études d’opinion.

Les Brutes

Les défenseurs arrogants d’une molécule déjà existante pour combattre un nouveau virus. Le porteur d’un message à propos d’un pays en guerre, contre un virus qui vous est concrètement transmis par parents et amis interposés, était-il pertinent ? Les offenseurs des messagers effrayés par la perspective d’un deuxième confinement après des mois d’été en dilettante, les pourfendeurs de l’idée de ne pas organiser le deuxième tour des élections municipales à la date promise ; jamais la confrontation politique et scientifiques n’aura porté aussi fort la posture de la controverse. La « toutologie », cet exercice du commentaire assertif et trop assuré, trône au sommet des professions les plus visibles. La violence de ceux qu’Etienne Klein nomme « ultracrépidarianistes » (parler avec assurance d’un sujet qu’on ne connaît pas) a pris le pouvoir sur toutes les antennes des médias officiels, et fait le lit d’un exercice auparavant annexe à la sphère publique et aujourd’hui installé au cœur du dialogue officiel : le complotisme, et son acmé numérique sous la forme d’un pseudo-documentaire vu par des millions de Français.

Les Bons

Reste-il des justes pour recevoir une médaille et représenter un exemple dans cette débandade généralisée, après douze mois d’un exercice d’évitement du virus et de confinement de nos joies et de nos libertés ? Les ministres de l’Education nationale et de l’Economie sont presque unanimement salués pour avoir incarné pleinement leur mission. L’un ayant fait rempart de son corps contre la fermeture de nos écoles alors que la majorité de nos voisins s’y sont pliés, l’autre car il a mis en place avec un zèle certain la volonté macronienne du « quoi qu’il en coûte », qui a sauvé en masse les emplois salariés et les entreprises.

 

Toutefois, reconnaissons que la communication gouvernementale est restée à sa place traditionnelle de supplétif des non-dits politiques.

La communication aurait pu exalter davantage les tentatives des décideurs de rallier la confiance du peuple. Elle n’a pas suffisamment exalté la confiance dans la force de caractère de nos compatriotes et sa capacité à comprendre que l’Etat ne peut pas tout faire et doit gérer, lui aussi, des situations contingentes.

La communication aura une fois de plus servi à infantiliser, mis en lumière un recours habituel dans l’histoire des peuples au concept girardien de « bouc émissaire », ou encore mis en exergue les atermoiements et palinodies de nos dirigeants, dont le dernier avatar porte le masque du principe de précaution en matière d’application de la politique vaccinale.

Nous ne sommes pas en guerre. Toutefois la « Com » est une authentique arme de guerre, quoique pacifique, servant à créer la confiance, la concorde, et donner les armes à une nation pour faire corps. Utilisée efficacement, elle aurait agi sur l’image des politiques comme la technologie innovante à base d’ARN Messager ; nos élites politiques et médicales ont préféré l’administrer selon la posologie imaginaire de l’hydroxychloroquine.

Jacky Isabello
Fondateur de l’agence de communication CORIOLINK

 

  1. Bronner, G. (2021). Apocalypse cognitive (French Edition) (1re éd.). Presses Universitaires de France.
  2. Sloterdijk, P., & Mannoni, O. (2021). Faire parler le ciel : De la théopoésie (Essais Payot) (French Edition). PAYOT.