Contrairement à son premier engagement, Sébastien Lecornu a dû se résoudre à recourir au 49.3 sous la pression des socialistes qui ne veulent pas assumer le Budget que le Premier ministre leur a concédé. Cette longue séquence démontre que si l’humilité est une qualité qui peut paraitre flatteuse, en politique, elle équivaut à une faiblesse.
Certaines erreurs ne se rattrapent pas. Sébastien Lecornu en a commis une en se disant « le Premier ministre le plus faible de la Ve République ». Le troisième chef du gouvernement nommé après la dissolution pensait valoriser sa modestie. La posture n’était pas si malvenue puisque les Français jugent les politiques arrogants et éloignés de leurs préoccupations. Mais cette humilité brandie comme un étendard au moment d’ouvrir une négociation l’a exposé au chantage à la censure des socialistes. Un renoncement en amène un autre, puis un autre, et finalement, le Premier ministre doit subir un ultime reniement : renoncer à son renoncement initial au 49.3. Une façon de boucler la boucle qu’il n’envisageait sans doute pas.
Les socialistes pavoisent. Ils peuvent se prévaloir de l’adoption de plusieurs marqueurs de gauche : suspension de la réforme des retraites, surtaxe sur les très grandes entreprises ou encore le repas à un euro pour tous les étudiants. Surtout, ils ont acquis leur indépendance par rapport à LFI. Du point de vue stratégique, ils peuvent être satisfaits. Du point de vue politique, c’est une autre histoire. Quel est le projet budgétaire alternatif du PS ? De ce long feuilleton confus, n’émerge que sa volonté de taxer les riches. Un positionnement qui ne les distingue guère de LFI.
Mais ce manque de vision politique à long terme n’est pas l’apanage du parti d’Olivier Faure. Quel est le Budget alternatif de la droite, du centre et du RN ? Les débats portant sur des mesures fiscales déconnectées les unes des autres n’ont pas permis de le comprendre. Ceux qui ont soutenu la politique de l’offre chère à Emmanuel Macron ne peuvent plus la revendiquer aujourd’hui. Du côté d’Horizon, du MoDem, et de Renaissance, la déception est palpable. Les LR s’accrochent à la stabilité que permet d’entrevoir ce Budget, mais ils serrent les dents, aux-aussi, en observant d’un œil navré les réactions hostiles du patronat.
Marine Le Pen pourrait se réjouir, si elle n’était pas à la barre du tribunal pour défendre sa gestion des deniers européens. Experte en récupération des sentiments les plus amers, elle patiente, attentive à la colère des patrons.
La vertu principale de la résignation de Sébastien Lecornu, c’est que cette longue page confuse va se tourner. La question sera de savoir ce qu’en retiennent les Français, la fin d’un feuilleton lassant qu’ils désirent oublier, ou une redéfinition de leurs attentes.
Marie-Eve Malouines,
Editorialiste










