Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier 2025 a profondément modifié l’ordre mondial. Et ce n’est visiblement qu’un début. Mais qu’en est-il pour les Américains plus que jamais divisés sur la politique de leur président ? Eléments de réponse recueillis en Floride, au moment où les sondages confirment un fléchissement de la popularité de Trump à l’échelle nationale
« It’s the economy, stupid ! » La phrase attribuée à Bill Clinton lors de la campagne présidentielle de 1992 vient immédiatement à l’esprit en s’immergeant dans l’activité trépidante de Miami. Un rappel de cette priorité absolue qui anime les Etats-Unis et détermine ses choix. Un an après l’entrée en fonction de Donald Trump, l’âge d’or promis par le président est-il advenu ? La Maison Blanche peut s’enorgueillir des 4,3 % de croissance enregistrés au troisième trimestre 2025, dépassant les prévisions les plus optimistes. L’inflation qui avait flambé sous Biden se stabilise autour des 3 % et le chômage a légèrement remonté à 4 % de la population active. L’économie tourne à un rythme soutenu. La prospérité pour tous annoncée par Trump n’est pas au rendez-vous. Ni l’inflation vénézuélienne décrite par quelques imprécateurs après la hausse des taxes à l’importation de produits européens ou asiatiques.
Un niveau de vie qui surpasse les standards européens
Premier constat sur les routes de Floride, le nombre de voitures de luxe qui y circulent sans jamais attirer l’attention. Car les innombrables Bentley, Ferrari ou Lamborghini n’étonnent guère les passants dans le flot des Mercedes, Porsche, Audi et Range Rover qui côtoient les pickup trucks américains aux énormes cylindrées. Ce n’est pas un détail. La liberté de rouler dans des voitures puissantes fait partie intégrante du way of life. Contraste saisissant avec le parc automobile français où les voitures de très haut de gamme disparaissent, pénalisées par une fiscalité punitive et par un carburant toujours plus taxé. En Floride le prix de l’essence ramené au litre équivaut à 0,70 €. C’est l’une des explications du dynamisme de l’économie américaine, une énergie bon marché considérée comme un produit de première nécessité pour les entreprises et les familles. Une aubaine appréciée des visiteurs européens, observant pour le reste de la vie quotidienne des prix élevés malgré le taux de change favorable euro/dollar.
L’Amérique des riches et des indigents
Cette première année du second mandat de Donald Trump n’a guère changé les préoccupations des Américains, centrées sur le pouvoir d’achat, la santé et le logement. Une étude de la Réserve fédérale publiée l’an dernier montre que plus d’un tiers des Américains devraient avoir recours au crédit ou à la vente d’un bien pour financer une dépense imprévue supérieure à 400 $. En Floride les écarts de fortune font partie du paysage. A quelques kilomètres à l’ouest des immeubles somptueux de Collins Avenue à Miami Beach, des quartiers majoritairement peuplés d’Afro-Américains semblent autant ignorés par l‘administration Trump qu’ils l’étaient par celle de Biden. Pour beaucoup la non-reconduction de certaines allocations liées à la santé rend l’accès aux soins plus coûteux ou plus difficile. Les taux d’intérêt maintenus à un niveau élevé par la Fed contre l’avis de Trump compliquent l’accès au logement pour les classes moyennes. C’est particulièrement vrai dans plusieurs villes prisées de Floride où les promoteurs continuent pourtant de bâtir sans relâche.
Les conservateurs font de la résistance
La mort le 7 janvier à Minneapolis de Renée Good tuée par un agent de la police anti-immigration ICE n’a pas déclenché en Floride de protestations spectaculaires dans cet Etat républicain de 23 millions d’habitants. La question des immigrés y est pourtant prégnante. Près d’un quart de la population est née à l’étranger principalement en Amérique latine et dans les Caraïbes. La Floride abrite 40 % du million de Vénézuéliens réfugiés aux USA. Une partie de la communauté regroupée dans le quartier de Doral près de l’aéroport de Miami a célébré dans la rue l’enlèvement de Nicolas Maduro par l’armée américaine, avant de ravaler sa déception en comprenant que la dictature d’inspiration chaviste resterait en place après cette opération spectaculaire. Parmi les Latino-Américains installés en Floride -dont nombre de Cubains- le bilan de la première année de ce mandat de Donald Trump paraît mitigé. Si les expulsions souvent spectaculaires de migrants en situation irrégulière n’ont pas bouleversé les statistiques, le contrôle des frontières a en revanche considérablement freiné l’arrivée de nouveaux arrivants venus des Caraïbes ou de la frontière mexicaine. D’autres étrangers -comme des Canadiens qui revendent leurs appartements à Palm Beach ou Fort Lauderdale- choisissent de boycotter les Etats-Unis de Trump pour des raisons politiques. Mais la Floride qui fait toujours rêver ne s’en inquiète guère.
Bertrand Gallicher,
Grand reporter



















