L’écologiste Marine Tondelier, le socialiste Olivier Faure, Clémentine Autain et François Ruffin se sont accordés pour organiser une primaire de la gauche en vue de la présidentielle dès le 11 octobre prochain. Ce processus de désignation a pourtant démontré qu’il portait en lui les germes de la défaite, à plus ou moins long terme.
Marine Tondelier l’admet elle-même, les critiques sont nombreuses sur la méthode, mais elle l’assure : « la primaire, c’est la seule solution ». Au-delà du manque d’enthousiasme que suscite une motivation fondée sur la résignation, c’est oublier que cette solution n’en n’est pas une.
Les précédentes primaires de la gauche en témoignent. L’échec des candidats est inscrit dans la démarche. Même, François Hollande, pourtant vainqueur du processus de sélection puis de l’élection présidentielle en a fait les frais. La primaire est supposée unir les forces de mouvements politiques dont les idéaux sont assez proches, en réalité, elle les éloigne.
Qu’est-ce qu’une primaire ? À l’origine, un processus commun entre des familles politiques convaincues que ce qui les unit est plus fort que ce qui les sépare. En réalité, c’est une confrontation pour sur-exposer ce qui les sépare au-delà de ce qui les unit. Au lieu de valoriser l’union, elle met en exergue les faiblesses et ne garantit pas la légitimité du candidat ou du président élu.
François Hollande en sait quelque chose. La droite sarkozyste était encore assommée par l’échec de son champion que les députés frondeurs socialistes donnaient déjà de la voix en critiquant celui qu’ils n’avaient pas soutenu lors de leur primaire. La contestation était menée au sein du gouvernement, par les ministres anciens candidats à l’investiture, Arnaud Montebourg (17 % à la primaire) et Manuel Valls (5 %). La primaire a entrainé une vague socialiste jusqu’à l’Élysée, certes, mais le ressac a été aussi puissant, au point d’empêcher le président sortant de se représenter.
La légitimité acquise par la primaire n’est pas forcément durable. Ainsi Alain Lipietz désigné candidat des Verts en juin 2001 a-t-il dû renoncer à la demande de son parti en octobre.
La primaire ne crée pas non plus automatiquement une dynamique. En 2017, Benoit Hamon, sorti vainqueur de la primaire PS avec plus de 68 % des voix, oscille d’abord entre 15 et 17 % des intentions de vote à la présidentielle. Il n’obtient finalement que 6,3 % des votes le jour du scrutin. Cette primaire avait pourtant mobilisé plus de deux millions de votants, soit autant d’électeurs que le souhaite aujourd’hui Marine Tondelier.
La primaire part du principe incontesté selon lequel l’union fait la force. Mais l’union ne se décrète, ni ne s’impose, elle se construit. Après tout, il reste encore plus d’une année à la gauche avant la présidentielle pour y parvenir.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste












