Les tensions internationales de toutes sortes, territoriales et commerciales, pourraient modifier la donne pour la prochaine élection présidentielle et donner une prime à ceux qui ont l’expérience du pouvoir. C’est en tout cas ce qu’espèrent quelques grands anciens…
Les bruits de bottes qui retentissent désormais partout dans le monde auront-ils un effet sur la prochaine élection présidentielle française ? C’est bien possible, si l’on en croit les sondages et les réseaux sociaux. Donald Trump est la personnalité dont les médias français ont le plus parlé en 2025 d’après une étude Tagaday pour Ouest-France. Et le président américain cartonne sur les réseaux sociaux, loin devant les dirigeants politiques français.
Au-delà du phénomène de fascination-répulsion pour cet Opni (objet politique non identifié) américain, les Français sont inquiets. 80 % d’entre eux redoutent que la Russie s’attaque à d’autres pays que l’Ukraine, suivant un sondage Elabe-BFMTV réalisé début janvier et autant craignaient une invasion du Groenland avant que Trump ne finisse par reculer. Sans compter les effets de la guerre commerciale engagée par les Etats-Unis par le biais des menaces permanentes sur les droits de douane. Bref, la population a conscience de vivre une période où tout peut basculer.
Du coup, Emmanuel Macron, qui plaide depuis 2017 pour l’autonomie stratégique de l’Europe et a dénoncé au forum de Davos « les brutes » à propos du Groenland a regagné quelques points de popularité. L’augmentation du budget de la Défense fait désormais l’objet d’un relatif consensus, tout comme la nécessité de ne plus dépendre économiquement des Etats-Unis.
Dans ce contexte, ils sont quelques-uns à penser que les Français pourraient en 2027 préférer se tourner vers un candidat expérimenté, ayant exercé de hautes fonctions et ayant été confronté à des situations de crise. Ceux-là espèrent que ces qualités l’emporteront sur le souhait de renouveau et que les Français ne voudront pas confier aux néophytes comme Jordan Bardella ou Raphaël Glucksmann la responsabilité d’appuyer sur le bouton nucléaire. En 2022, l’agression russe en Ukraine n’avait-elle pas favorisé la réélection d’Emmanuel Macron, fort de son expérience de président sortant ?
Ceux-là escomptent que les mêmes causes produiront les mêmes effets. Ancien ministre des Affaires étrangères, auréolé de son discours à l’ONU contre la guerre en Irak, et ancien Premier ministre, Dominique de Villepin l’espère, tout comme l’ancien président de la République François Hollande qui avait ordonné l’intervention de l’armée française au Mali et a été confronté aux attentats terroristes de 2015, ou encore l’ex-Premier ministre Michel Barnier, négociateur du Brexit. Sans oublier l’ancien Premier ministre Edouard Philippe qui a passé trois ans à Matignon.
Le pari est loin d’être farfelu. Jusqu’ici les Français se sont généralement déterminés en fonction des enjeux nationaux. Privilégieront-ils cette fois la stature et l’expérience des affaires internationales au dossier de la réforme des retraites, à l’immigration, au pouvoir d’achat ou à la lutte contre l’insécurité ? Pas évident. Car le souhait de voir la France retrouver une place de premier plan doit logiquement s’accompagner d’un redressement de ses finances : on compte en politique si on est également crédible sur le plan économique aux yeux des autres nations.
Par conséquent, si les Français devaient se prononcer en faveur d’une France-Puissance fortement réarmée, ils valideraient du même coup la nécessité d’un budget de rigueur, donc l’obligation d’une réduction des dépenses tous azimuts. De ce point de vue, ce n’est pas gagné.
Carole Barjon
Editorialiste politique











