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dans L’édito de Carole Barjon

Sous les nominations, le rêve de Macron

Carole BarjonParCarole Barjon
12 février 2026
Quand le « cave » Lecornu se rebiffe…

Avec la nomination de la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des Comptes et de plusieurs autres de ses proches à des fonctions éminentes, le président de la République prépare l’avenir à sa façon…

« J’aurai désormais un devoir d’ingratitude à votre égard » : c’est ce qu’avait dit Robert Badinter à François Mitterrand qui venait de le nommer à la tête du Conseil constitutionnel en février 1986. Amélie de Montchalin, qui vient d’être propulsée par Emmanuel Macron à la présidence de la prestigieuse Cour des Comptes, suivra-t-elle cet exemple ? Compte tenu du tollé que suscite cette nomination très politique, on ne saurait trop le lui conseiller.

 

Ce n’est évidemment pas la compétence de cette diplômée d’HEC et de Harvard qui est en cause. Après des débuts jugés très « techno » dans le premier quinquennat de Macron, elle a fait ses preuves dans le débat budgétaire. Grande bosseuse, elle connait ses dossiers, y compris dans leurs aspects les plus techniques. En revanche, son cas est inédit à plusieurs titres. D’abord, elle passe directement du gouvernement où elle était chargée des Comptes publics, autrement dit du Budget, à la Cour des Comptes. Dans le passé, d’autres avaient été ministres avant de s’installer rue Cambon, comme Philippe Séguin ou Pierre Moscovici, mais quinze ans après avoir quitté le gouvernement pour le premier et six ans pour le second. Ensuite, première femme à occuper cette fonction, elle sera inamovible et n’a que 40 ans. Elle pourrait donc, assurent ses détracteurs, y rester 28 ans, en omettant d’évoquer l’hypothèse qu’elle pourrait avoir envie de passer à autre chose avant d’atteindre l’âge de la retraite…

 

Enfin et surtout, sous la pression du chef de l’Etat, Montchalin vient de batailler avec Sébastien Lecornu pour faire adopter, non sans mal, le budget de la France. En tant que première présidente de la Cour des comptes, l’ancienne députée de l’Essonne présidera en aussi le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), dont la mission est d’évaluer « le réalisme des prévisions macroéconomiques et de recettes et de dépenses publiques présentées par le Gouvernement », peut-on lire sur son site… La future présidente de la Cour, qui prendra ses fonctions le 23 février, critiquera-t-elle un budget qu’elle a elle-même préparé et défendu lorsqu’elle était à Bercy ? Impossible selon le député insoumis Eric Coquerel pour qui elle sera « juge et partie ». Tout à fait possible, selon quelques magistrats de l’institution qui estiment qu’elle devra se déporter lors des réunions consacrées à l’examen de la gestion des comptes publics lorsqu’elle en avait la charge.

 

Au-delà du cas Montchalin qui focalise l’attention, il faut surtout relever les autres nominations envisagées, ou déjà effectues, par le président de la République. Richard Ferrand, premier député rallié en 2017, au candidat Macron nommé en 2025 à la tête du Conseil constitutionnel, Stéphane Séjourné, co-fondateur des Jeunes avec Macron, bombardé commissaire européen après la démission de Thierry Breton, Emmanuelle Wargon, deux fois ministre de Macron, nommée en 2022 à la présidence de la Commission de régulation de l’énergie : voilà pour celles déjà effectuées. Et pour l’avenir proche, on parle d’Emmanuel Moulin, actuel secrétaire général de l’Elysée, pour succéder à François Villeroy de Galhau à la Banque de France, d’Emilie Piette, secrétaire générale adjointe de l’Elysée, pour prendre la suite de Xavier Piechaczyk à la tête de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité.

 

Bref, toutes ces nominations ressemblent fort à une tentative de verrouillage macroniste pour l’après 2027, notamment si le RN parvenait au pouvoir. Le nouveau chef de l’Etat aura fort à faire, au moins avec le Conseil constitutionnel (Ferrand est là pour 9 ans) et avec la Cour des Comptes. Mais dans l’esprit du président de la République, il ne s’agit pas seulement de compliquer la tâche de son successeur, comme l’avait fait Jacques Chirac en nommant son fidèle Jean-Louis Debré président du Conseil constitutionnel avant la victoire de Nicolas Sarkozy. Il s’agit de préparer le terrain pour l’avenir. Son avenir. On sait qu’Emmanuel Macron s’est agacé à plusieurs reprises de la règle suivant laquelle le président de la République n’a pas le droit d’effectuer plus de deux mandats consécutifs. Depuis, on l’a compris, d’autant qu’il l’a évoqué avec certains de ses proches : il veut revenir en 2032. Inimaginable ? Pas pour Macron. Cette flopée de nominations vise aussi à transformer, à terme, son rêve en réalité.

 

Carole Barjon,
Éditorialiste politique

Carole Barjon

Carole Barjon a commencé sa carrière comme journaliste politique à La Croix. Elle a ensuite rejoint le Nouvel Observateur en tant que journaliste puis chef du service politique et grand reporter-éditorialiste jusqu'en 2024. Elle intervient régulièrement en qualité d'éditorialiste à France Info, France 24 et BFMTV.

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