Chaque année, le baromètre de la confiance politique du Cévipof mesure la défiance grandissante entre les Français et les acteurs politiques. Seulement 22 % des personnes interrogées disent avoir confiance en la politique. Cette désafection – spécifique à la France – n’est pas nouvelle, mais elle est de plus en plus préoccupante car malgré la multiplication des alertes, personne ne réagit.
La démocratie ne va pas bien en France, 76 % des personnes interrogées en sont convaincues. Pourtant une majorité de Français (53 %) continue à se dire toujours intéressés par la politique, comme si l’espoir demeurait malgré tout. Les Français ne croient plus en la politique, mais ils maintiennent leur confiance à certaines institutions : au conseil municipal (58 %), au conseil départemental (49 %), régional (46 %), ou encore à la Cour des Comptes (44 %). En revanche, les instances politiques nationales sont désavouées. Elles n’inspirent confiance qu’à très peu de personnes : 22% croient en l’institution présidentielle, l’Assemblée nationale (20 %), le gouvernement (17 %).
Ce n’est donc pas le système en lui-même qui ne fonctionne pas, mais la façon dont le font vivre ses principaux acteurs. Pour une raison simple : 87 % des sondés jugent que les responsables politiques ne se préoccupent pas des gens comme eux.
De quoi se préoccupent les responsables politiques ? A en croire leurs confidences anonymes dans la presse, ou celles de leurs entourages, leur obsession permanente tient en une élection : le scrutin présidentiel. Quand se déclarer ? Quand dévoiler son programme ou ses propositions fortes ? Comment positionner ses troupes parlementaires ? Comment départager les postulants dont la liste ne cesse de s’allonger. Primaire ou pas de primaire ? Même le long débat budgétaire n’a été qu’un prétexte en vue de l’élection présidentielle. Ce n’est pas le compromis qui a été recherché durant plusieurs mois, mais la quête insatiable d’arguments électoraux. Certains acteurs politiques n’ont même pas hésité à dire qu’il ne se passerait rien d’important d’ici à la présidentielle. Un constat fataliste qui n’est pas de nature à soulever l’enthousiasme, au contraire il renforce la lassitude de l’opinion.
Les Français ne sont pas dupes. Ces batailles ne les concernent pas vraiment, elles ne sont pas guidées par leurs préoccupations actuelles mais par la recherche de leur vote futur.
Est-il encore temps d’oublier la présidentielle ? Le rôle d’un parti politique n’est-il pas précisément de construire et de défendre un projet plutôt que de céder à la querelle d’egos entre candidats potentiels ?
La question doit être envisagée par les responsables de ce désenchantement. Car personne ne pourra prétendre défendre un projet et efficace si la défiance s’accentue et que près de 80 % des Français – ou plus – n’y croient plus en 2027?
Marie-Eve Malouines,
Éditorialiste politique











