Il est des décisions qui, par leur méthode comme par leur contenu, révèlent une conception défaillante de l’action publique. L’annonce début février de l’ouverture du concours d’IA-IPR (Inspecteurs d’académie-inspecteur pédagogique régionaux) aux enseignants du privé sous contrat en est un exemple frappant. Non content de surgir sans la moindre concertation, ce projet est révélé par le Syndicat Professionnel de l’Enseignement Libre Catholique (SPELC) – un comble, quand on sait que les premiers concernés, les inspecteurs et leurs représentants, en ont été tenus à l’écart.
Un mépris affiché pour le dialogue social
Comment accepter que des textes soient prêts, des arbitrages rendus, un calendrier engagé, sans que le syndicat majoritaire des IA-IPR (SNIA-IPR), reçu en audience en décembre, ni les autres organisations représentatives, n’aient été consultés ? Une réforme touchant au cœur du pilotage pédagogique national ne peut se décréter dans l’ombre des bureaux ministériels ou au gré d’échanges bilatéraux opaques. Elle exige transparence, débat, évaluation. Rien de tout cela n’a eu lieu.
Les IA-IPR, variables d’ajustement d’un système en déroute ?
En agissant ainsi, le ministère envoie un message clair : les inspecteurs, garants de la cohérence éducative et de l’égalité de traitement des élèves, ne sont plus que des pions interchangeables. Leur expertise, leur rôle de régulation, leur ancrage dans le service public comptent moins que des logiques catégorielle ou des calculs politiques. Pire, cette réforme intervient dans un contexte où les personnels réclament reconnaissance et considération. La réponse ? Une décision prise sans eux, pour eux.
Une mesure idéologique aux objectifs flous
À quoi répond cette réforme ? À une difficulté de recrutement ? À une volonté de décloisonner public et privé ? Si tel est le cas, qu’on le dise clairement, qu’on l’étaye avec des données, qu’on en débatte. À défaut, comment ne pas voir dans cette annonce une réaction politique, voire une mesure punitive, après les tensions récentes entre l’enseignement catholique et les IA-IPR, notamment après le scandale de Bétharram ?
Fragiliser l’École, un coup de plus
L’inspection pédagogique n’est pas une compétence individuelle, mais une mission institutionnelle, historiquement construite pour servir l’intérêt général. Ouvrir son accès à des enseignants du privé, sans avoir redéfini le cadre, la formation ou les obligations statutaires, c’est affaiblir un équilibre déjà mis à mal par la complexité des missions et la pénurie de moyens. C’est aussi porter un nouveau coup à la confiance entre l’institution et ceux qui la font vivre au quotidien.
L’Éducation nationale mérite mieux que l’improvisation
Gouverner l’École ne peut consister à court-circuiter ceux qui en portent la responsabilité pédagogique. À force de décisions précipitées, de réformes imposées sans concertation, on ne modernise pas l’institution : on la fragilise, on la discrédite, on porte atteinte au service public d’enseignement.
Cette réforme n’est pas une simple erreur de méthode. C’est une faute politique. L’Éducation nationale a besoin de cohérence, de confiance, de temps long. Pas de coups de force.
La question est simple mais terriblement d’actualité : jusqu’où ira-t-on dans le mépris des professionnels de l’éducation ?
Yannick Trigance
Secrétaire national PS Education
Conseiller régional Ile-de-France


















