La poussée du parti de Jean-Luc Mélenchon aux municipales menace désormais la prédominance du Parti socialiste dans les territoires. Jusqu’où ?
Les sociaux-démocrates vont-ils disparaître du paysage politique français ? A en juger par les résultats du premier tour des élections municipales et par le nombre d’alliances passées entre LFI et le PS, il n’est pas saugrenu de se poser la question.
A Toulouse, le socialiste François Briançon a ouvert le bal en annonçant, dès le lundi matin, la fusion de sa liste avec celle de l’insoumis Piquemal, arrivé devant lui. Et qu’importe s’il avait promis pendant sa campagne qu’il n’y aurait « pas d’accord politique » avec les mélenchonistes. Le Capitole et la communauté urbaine valent bien de gros arrangements… Ce sera ensuite au tour de Limoges, Besançon, Clermont-Ferrand, Nantes, alors même que la maire sortante Johanna Rolland est numéro deux du Parti socialiste, puis Brest et même Tulle au nez à la barbe de François Hollande, député de Corrèze ! Et on en passe…
Seule, au fond, la maire de Rennes, en position difficile à l’issue de ce premier tour, a refusé toute compromission, au risque de payer cher dimanche prochain la fidélité à ses valeurs. Quant à Emmanuel Grégoire à Paris et Benoît Payan à Marseille qui avaient fait leurs calculs, leur avance en voix leur a permis de tenir la dragée haute à LFI.
Les appels de ceux qui se réclament de la social-démocratie, comme François Hollande, Raphaël Glucksmann ou Jérôme Guedj, à ne passer aucun accord avec LFI n’auront donc pas pu empêcher cette ruée socialiste dans les bras mélenchonistes. D’autant moins que le premier secrétaire du PS Olivier Faure l’avait en quelque sorte adoubée par avance.
En décrétant, sans rire, il y a un mois, qu’il n’y aurait aucun accord « national » avec la France insoumise, Faure laissait la porte grande ouverte aux alliances locales. Et seuls, ceux qui n’avaient pas voulu entendre ont pu être surpris. Que valent, aux yeux du patron du PS, quelques journées un peu compliquées de contorsions médiatiques, que valent les quolibets et les condamnations morales, au regard de la prise de plusieurs grandes villes…et de la préservation de sa circonscription de Seine-et- Marne où LFI pourrait le faire battre ?
La réalité est là : la stratégie du bruit et de la fureur de Mélenchon a, une fois de plus, fonctionné à plein. La France insoumise, qui avait fait l’impasse sur les précédentes élections municipales, est désormais assurée d’une sérieuse implantation locale, au moins dans les grandes villes. Pour commencer…Grâce à ses nombreux conseillers municipaux, dès septembre prochain, le parti mélenchoniste va en effet faire son entrée -forcément fracassante- au Sénat, jusqu’ici préservé des invectives et des pugilats qui agitent régulièrement l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Bref, jusqu’ici cantonné à la politique nationale, se réservant pour l’élection présidentielle et les législatives, LFI entame en fanfare son ancrage territorial. Au point de supplanter définitivement le PS ?
C’est en tout cas l’objectif avoué de Jean-Luc Mélenchon qui caresse le vieux rêve de tout bon trotskiste : éliminer les sociaux-traîtres. Cette « Nouvelle gauche », comme il la surnomme déjà, remplacera-t-elle, à terme, la vieille gauche sociale-démocrate ou ce qu’il en reste ? On ne peut l’exclure. Certes, les partis politiques ne meurent jamais tout à fait. Mais ils peuvent se muer en partis croupions, comme le Parti radical, dominant sous la IIIème République, éclaté aujourd’hui entre le Parti radical valoisien et le Parti radical de gauche qui font depuis longtemps office de force d’appoint avec leurs quelques notables locaux.
Un nouveau clivage droite/gauche entre le RN et LFI pourrait bien remplacer celui qu’on connaissait avant le macronisme, surgi à la faveur des déconfitures du PS et de feue l’UMP, un clivage entre une droite nationale sécuritaire et une gauche radicale sectaire. Comme celui qui existait entre Le RPR et le Parti communiste, du temps où les gaullistes tout-puissants proclamaient « Entre les communistes et nous, il n’y a rien ».
Carole Barjon,
éditorialiste politique











