L’économie iranienne présente un certain nombre de forces (diversification, niveau de formation, excédent du compte courant) qui lui donnent plus de résilience que n’en aurait une économie pauvre totalement dépendante des hydrocarbures. Elle présente aussi de grosses faiblesses, pour beaucoup liées aux sanctions internationales, qui brident la production et l’investissement, ce qui génère une inflation élevée. Malgré ces faiblesses, il est peu probable que les bombardements israélo-américains entraînent l’effondrement de l’économie du pays, à moins qu’ils s’intensifient dans la durée.
1. Les forces de l’économie iranienne
L’Iran n’est pas un pays pauvre. Son niveau de vie (mesuré par le PIB en PPA constant 1) est comparable à la moyenne mondiale ou à la Chine, bien que la croissance soit plus soutenue en Chine et dans l’ensemble du monde qu’en Iran, ce qui implique que le pays est progressivement distancé. L’économie iranienne, relativement diversifiée (les hydrocarbures
représentent 10 % du PIB 2), bénéficie d’une population bien formée et jeune.
Le compte courant y est globalement excédentaire, ce qui limite la dépendance aux flux financiers externes et la dette publique, à 36 % du PIB en 2026 3, reste maîtrisé. La baisse de l’endettement public est cependant une victoire à la Pyrrhus, car elle est notamment permise par la forte inflation, reflet des difficultés structurelles du pays.
2. L’inflation élevée symptôme des difficultés de l’Iran
L’économie iranienne est bridée par des forces externes et internes. D’une part les sanctions internationales privent le pays de flux commerciaux et monétaires, freinant l’investissement et le développement de l’industrie. D’autre part, à l’intérieur du pays les gardiens de la révolution contrôlent de larges pans de l’économie 4, ce qui asphyxie la concurrence et la possibilité pour les entrepreneurs de s’attaquer aux monopoles établis.
En conséquence, l’insuffisance de l’investissement entraîne de nombreux goulets d’étranglement (par exemple dans la production d’eau ou d’électricité) qui à leur tour asphyxient la production. Il en résulte une insuffisance d’offre qui est à la racine d’une inflation chronique qui a atteint 42 % en 2025. L’inflation devrait encore augmenter puisque, suite aux manifestations de décembre 2025 janvier 2026, la monnaie a perdu environ la moitié de sa valeur par rapport au dollar 5, ce qui attisera la hausse des prix des produits importés. Les bombardements actuels, qui ont touché des infrastructures énergétiques notamment, auront eux aussi un effet inflationniste en accroissant les pénuries.
3. There is a great deal of ruin in a nation
En 1777, à un ami qui s’inquiétait de voir l’économie britannique ruinée par la guerre avec les États-Unis, Adam Smith a répondu par cette phrase célèbre « there is a grat deal of ruin in a nation » 6(la traduction la plus proche, quoiqu’imparfaite, serait : « Il y a beaucoup de capacité de ruine dans une nation »). Ce que Smith voulait dire par là c’est que l’économie d’un pays est plus résiliente qu’on ne le croit généralement, et peut encaisser de nombreux chocs avant de s’effondrer.
Si la guerre actuelle entraînait une division par deux du PIB de l’Iran, le PIB par habitant iranien correspondrait à celui de l’Inde, s’il était divisé par trois le PIB par habitant équivaudrait à celui du Pakistan et s’il était divisé par quatre le PIB par habitant iranien équivaudrait à celui du Sénégal 7. Tous ces pays sont nettement plus pauvres que l’Iran, mais leur économie, leur État et leur régime continuent de fonctionner malgré tout. Des pays dont l’État a cessé de fonctionner normalement, comme Haïti ou la Somalie, ont un PIB par habitant en PPA respectivement six fois et douze fois inférieur à celui de l’Iran.
Une guerre représente un choc économique violent pour un pays. Par exemple, le PIB français a été divisé par deux entre 1940 et 1944. Le PIB par habitant de l’Ukraine a quant à lui baissé de 25 % en 2022. Les attaques israélo-américaines devraient donc être particulièrement longues et intenses pour provoquer une crise économique telle que le régime iranien s’effondre du seul fait de la violence de la crise économique engendrée par les bombardements.
Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco
- Banque Mondiale ↩
- https://www.coface.com/fr/actualites-economie-conseils-d-experts/tableau-de-bord-des-risques-economiques/fiches-risques-pays/iran ↩
- FMI ↩
- https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/22/en-iran-les-gardiens-de-la-revolution-assurent-a-la-fois-le-maintien-des-principes-de-la-republique-islamique-et-celui-d-un-systeme-nepotique_6663718_3232.html ↩
- https://www.coface.com/fr/actualites-economie-conseils-d-experts/tableau-de-bord-des-risques-economiques/fiches-risques-pays/iran ↩
- 6 https://podcasts.ox.ac.uk/great-deal-ruin-nation ↩
- PIB par habitant en PPA constant, Banque Mondiale ↩



















