Malgré sa stratégie illisible et les incertitudes sur une paix annoncée et souvent reportée, le président des Etats-Unis a été le seul à oser intervenir contre le régime des Mollahs qui martyrise la population iranienne et terrorise la région depuis près d’un demi-siècle. La plupart des occidentaux qui critiquent l’intervention américaine se sont accommodés -au fil des décennies- de petits arrangements avec Téhéran en dépit des attentats, des prises d’otages et de la poursuite du programme nucléaire militaire de l’Iran.
L’attaque iranienne qui a endommagé mercredi 6 mai un porte-conteneurs de l’armateur français CMA-CGM et blessé plusieurs membres d’équipage rappelle aux Européens les limites de leur posture face à la guerre en Iran. Même si l’Elysée s’est empressé d’affirmer que la France n’était « en aucun cas » visée, car le bateau naviguait sous pavillon maltais avec un équipage philippin. Cette réaction immédiate révèle la crainte de la France d’avoir à riposter face à l’Iran. Le silence de la Commission de Bruxelles devant cet acte de guerre -visant ostensiblement un navire commercial battant pavillon d’un pays européen- révèle le même embarras. Deux semaines plus tôt la France et le Royaume-Uni avaient lancé un projet de coalition maritime pour sécuriser le détroit d’Ormuz à condition qu’un cessez-le-feu soit durablement établi. C’est-à-dire une fois que les Gardiens de la révolution auront garanti un passage sans risque. Une initiative assez pusillanime qui pourrait être rejointe par d’autres Etats européens. Avec le même objectif commun de ne pas heurter la susceptibilité de la République islamique dont ils craignent la réaction. A défaut d’apporter une solution rapide au blocage du détroit d’Ormuz, l’envoi dans la région du porte-avions Charles de Gaulle sauve l’honneur mais la France reste assez isolée malgré les appels lancés à ses partenaires.
Les Européens redoutent toute confrontation avec l’Iran
Depuis le début de ce conflit le plus grand dénominateur commun entre les pays occidentaux -hormis naturellement les Etats-Unis qui ont déclenché l’offensive- reste le souci de ne rien faire qui puisse contrarier le régime iranien. Un pouvoir avec lequel nombre d’Etats européens conservent des liens diplomatiques étroits et qu’ils ne critiquent que du bout des lèvres. En Europe -comme dans les pays du Golfe- la capacité de nuisance de l’Iran fait trembler les gouvernants et cette inquiétude constitue leur principale boussole diplomatique dans la région. Ce constat de faiblesse -qui s’explique aussi par l’implantation de réseaux favorables au régime de Téhéran au sein de la diaspora iranienne pourtant majoritairement hostile aux Mollahs- permet de décrypter l’attitude des Européens. Depuis le lancement des hostilités contre l’Iran par les Etats-Unis et Israël -dès la guerre des 12 jours en juin 2025 puis lors de la campagne de frappes sur l’Iran à partir du 28 février 2026- les réactions indignées au nom du droit international se sont multipliées dans l’Union européenne. Les protestations contre le régime iranien sont moins nombreuses lorsqu’il s’agit de dénoncer les pendaisons d’opposants -souvent de simples manifestants très jeunes- désormais quasiment quotidiennes en Iran. Des exécutions après de prétendus aveux généralement extorqués sous la torture et parfois au motif de Moharebeh (inimitié envers Dieu).
La nostalgie européenne de l’accord sur le nucléaire
Signé en 2015 après des années de négociations, le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) déchiré par Donald Trump en 2018 suscite désormais chez les Européens un engouement rétrospectif. Il est vrai que l’Union Européenne avait été associée à la négociation de cet accord complexe avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne. Le JCPOA qui prévoyait la limitation du programme nucléaire iranien (essentiellement restriction du nombre de centrifugeuses et du niveau d’enrichissement de l’uranium) fait figure de panacée aux yeux de beaucoup de diplomates européens. Les voix discordantes -pointant l’absence de sincérité de la République islamique et sa pratique de la dissimulation- sont considérées par les nostalgiques du JCPOA comme des va-t-en-guerre irresponsables. Des éléments factuels prouvent pourtant que le régime des Mollahs n’a cessé de travailler à son programme nucléaire militaire y compris après la signature de l’accord de 2015. Et surtout les mécanismes mis en place ne permettaient à l’AIEA de contrôler que ce que l’Iran voulait bien lui montrer. Nombre de pays européens ont balayé ces objections d’un revers de main et se sont étonnés d’apprendre dix ans plus tard l’existence en Iran d’uranium enrichi à plus de 60 %. De même qu’ils s’accrochent aujourd’hui à la perspective d’une solution diplomatique avec un régime qui n’a pas hésité à tirer à la mitrailleuse sur des foules entières en janvier 2026, tuant des manifestants par dizaines de milliers.
Bertrand Gallicher,
Grand reporter
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