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dans N°1116

Le développement personnel répond à un besoin d’orientation dans un monde devenu illisible

Damien KarbovnikParDamien Karbovnik
25 mars 2026
Le développement personnel répond à un besoin d’orientation dans un monde devenu illisible

Méditation, reiki, coaching, psychologie positive… Le développement personnel s’est imposé comme la réponse miracle à nos angoisses modernes. Dans Le développement personnel : nouvel opium du peuple ? (Éditions des Équateurs), Damien Karbovnik interroge cet engouement : remède réel ou simple illusion rassurante ? En mobilisant la sociologie des religions, il montre comment la quête de « meilleure version de soi » reflète les dérèglements d’une société marquée par la précarité, l’individualisme et la surconsommation. Et si nos malaises individuels révélaient surtout un système en crise ?

Revue Politique et Parlementaire – Comment définiriez-vous le développement personnel ?

Damien Karbovnik – Le développement personnel peut se comprendre comme un ensemble de discours et de pratiques – du coaching à la méditation, du yoga à la psychologie positive – qui partent tous d’un même postulat : chaque individu disposerait d’un potentiel enfoui qu’il suffirait de libérer pour devenir une version « authentique » et optimisée de lui-même.

Il ne se définit ni par une discipline, ni par une doctrine unifiée, mais par une même finalité : se transformer soi-même grâce à un « travail intérieur » censé améliorer nos émotions, notre comportement, notre efficacité et, au fond, notre existence.

Quelles que soient les techniques mobilisées, l’idée centrale reste la même : le bonheur, le sens et l’équilibre ne se trouvent plus dans des cadres collectifs, mais dans une exploration individuelle, présentée comme illimitée, de ses propres ressources. Le développement personnel est donc moins un champ de pratiques qu’une vision du monde, qui incite chacun à devenir son propre chantier et son propre projet.

RPP – Dans quel contexte émerge-t-il et comment se déploie-t-il ?

Damien Karbovnik – Le développement personnel naît dans les années 1950-1970 aux États-Unis, au croisement de la psychologie humaniste, du Mouvement du Potentiel Humain, de la contre-culture et des spiritualités orientales. Il apparaît dans une société marquée par les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, mais portée par une croissance économique qui valorise l’autonomie, l’expressivité de soi et l’idée d’une autoréalisation accessible à tous.

Très vite, ses principes débordent les cercles psychologiques pour infiltrer une multitude de milieux : l’entreprise, le sport, les médias, la santé, l’éducation, puis naturellement les réseaux sociaux. Il devient un langage commun pour exprimer ses fragilités, ses aspirations, ses doutes, et pour chercher des solutions individuelles à des situations souvent collectives. Le développement personnel se diffuse ainsi non pas comme une doctrine structurée, mais comme une culture qui façonne notre manière de nous raconter et de « gérer » notre vie intérieure.

RPP – Que révèle son succès ?

Damien Karbovnik – Son succès massif révèle moins une quête frénétique de bonheur qu’un malaise structurel : fatigue généralisée, perte de sens, solitude, tensions professionnelles, précarisation, anxiété diffuse. Avant même de chercher à les apaiser, le développement personnel rend visibles ces maux en offrant un vocabulaire pour les nommer, sans pour autant basculer dans un registre explicitement médical.

Il fonctionne comme un miroir tendu à une société saturée d’injonctions à la performance et au contrôle de soi, et qui peine à proposer des horizons collectifs crédibles. Si le développement personnel prospère, c’est parce qu’il répond à un besoin d’orientation dans un monde devenu illisible, où les repères politiques, sociaux et institutionnels se sont affaiblis. Il comble un vide plus qu’il ne crée un désir.

RPP – Comment le monde de l’entreprise s’en est-il emparé ?

Damien Karbovnik – L’entreprise a intégré le développement personnel en l’alignant sur ses logiques de management : soft skills, intelligence émotionnelle, mindfulness, injonction à la « résilience », coaching permanent. Cette appropriation accompagne la mutation néolibérale du travail, où l’individu devient responsable de sa motivation, de son adaptabilité et même de sa stabilité émotionnelle. Le salarié est désormais sommé de s’auto-optimiser pour rester employable.

Cette dynamique psychologise des difficultés qui relèvent pourtant d’organisations, de charges ou de rythmes de travail parfois intenables. Le développement personnel sert alors à renvoyer à l’individu des problèmes structurels, transformant des dysfonctionnements organisationnels en défis intérieurs à surmonter. Il offre ainsi un moyen de préserver la structure plutôt que de la questionner.

RPP – Pourquoi des philosophes sont-ils si critiques à l’égard du développement personnel ?

Damien Karbovnik – La philosophie se divise. Certains y voient un appauvrissement de la pensée, une marchandisation du sens et un oubli des enjeux collectifs. D’autres reconnaissent qu’il s’y joue une interrogation légitime sur le sens de la vie et l’éthique de soi.

Mais, au-delà des critiques de façade, un point frappe : beaucoup de philosophes – y compris parmi les plus critiques – participent eux-mêmes au développement personnel, parfois sans l’assumer ou sans en avoir pleinement conscience. Ils en reprennent les grands principes et les reformulent dans un langage plus noble, plus conceptuel, afin de les présenter comme « de la philosophie ». Autrement dit, la frontière qu’ils prétendent tracer est bien plus poreuse qu’ils ne l’imaginent.

RPP – Le développement personnel est-il une quête de sens ?

Damien Karbovnik – Oui, clairement, c’est même son essence première. Dans une société où les institutions traditionnelles – politique, religion, famille – n’offrent plus de récits communs capables d’orienter les existences, le développement personnel propose des micro-narrations existentielles : trouver sa voie, écouter son intuition, se reconnecter à son « vrai soi ».

Il donne des repères là où les cadres collectifs se sont effrités et offre une grammaire simple pour répondre à des questions qui, autrefois, relevaient de la philosophie ou de la religion : pourquoi je souffre, que dois-je faire de ma vie, comment trouver ma place ?

Mais il reformule cette quête à un niveau strictement individuel : à défaut de sens partagé, il propose des destins personnels, des trajectoires singulières censées suffire à structurer une existence. Le sens n’est plus hérité : il devient un projet intime, à construire seul, en s’auto-explorant. C’est en cela que le développement personnel répond à une demande profonde, tout en révélant la fragilisation des récits collectifs.

RPP – Peut-on y voir une nouvelle spiritualité ?

Damien Karbovnik – Oui. Le développement personnel est une spiritualité, au sens plein du terme. Il reproduit toutes les fonctions classiques du religieux : il propose une vision du monde, une morale implicite, une quête de salut individuel, des rites (ateliers, retraites, méditations), des figures charismatiques et une promesse de transformation intérieure. Il possède même une eschatologie (devenir « la meilleure version de soi-même »), une sotériologie (se sauver du mal-être) et une théodicée (les responsables du mal : la modernité, les « pervers narcissiques », les personnes « toxiques », etc.).

Il s’agit d’une religion individualisée où chacun devient son propre croyant, son propre prêtre et parfois son propre miracle. Le développement personnel n’est pas le symptôme du déclin des religions : il en est une mutation. Il traduit le passage d’un religieux collectif et institutionnel à un religieux intimiste, psychologique et « à la carte ».

Son succès tient précisément à cette capacité à offrir du sens, du réconfort et des récits de rédemption, mais dans un langage compatible avec l’individualisme contemporain et la culture néolibérale. Il promet moins une transcendance qu’une optimisation de soi : une spiritualité calibrée pour notre époque.

RPP – L’institutionnalisation universitaire lui donne-t-elle une caution scientifique ?

Damien Karbovnik – Certaines formations universitaires légitiment en effet, parfois malgré elles, des approches dont la scientificité est incertaine. La demande sociale, la pression des marchés de la formation continue et l’aura des neurosciences poussent à intégrer des modules de « bien-être », sans toujours distinguer psychologie positive, pensée positive ou pratiques alternatives. Cette institutionnalisation brouille les repères et peut servir de label à des approches qui devraient être examinées avec davantage de rigueur.

Mais elle dit aussi quelque chose de l’état des universités elles-mêmes : si le développement personnel s’y installe, c’est aussi parce que le mal-être y est devenu massif. Son succès dans l’enseignement supérieur n’est pas un signe de crédibilisation scientifique, mais le symptôme d’une institution en tension, qui peine à répondre autrement à la souffrance étudiante et à l’intensification des exigences académiques et professionnelles.

RPP – Le développement personnel individualise-t-il des problèmes structurels ?

Damien Karbovnik – Oui, c’est l’un de ses effets majeurs. En affirmant que tout dépend de « l’attitude intérieure », il transforme des souffrances sociales – précarité, hyper-compétition, isolement, intensification du travail – en difficultés personnelles à corriger. Le mal-être devient un défaut de gestion émotionnelle ; la « résilience » se mue en compétence attendue, presque en obligation morale.

Cette logique déplace le regard : au lieu d’interroger les organisations, les politiques publiques ou les conditions de travail, elle renvoie chacun à sa capacité individuelle d’adaptation. Elle culpabilise les individus tout en masquant les causes politiques, économiques et institutionnelles des troubles qu’ils rencontrent.

En ce sens, le développement personnel ne se contente pas d’individualiser des problèmes structurels : il contribue à les rendre socialement invisibles.

RPP – Son succès révèle-t-il une double faillite du politique et du religieux ?

Damien Karbovnik – Et plus largement celle de notre modèle de société. Mais ce n’est pas tant la faillite en elle-même que le vide qu’elle laisse qui révèle le succès du développement personnel. Le politique peine à répondre aux angoisses contemporaines autrement que par des dispositifs techniques ; les religions historiques ne constituent plus, pour beaucoup, une source stabilisatrice de sens ou de communauté.

Le développement personnel s’installe précisément dans cet interstice : il rassure, il promet, il offre des récits simples et accessibles dans un monde devenu opaque et trop complexe. S’il prospère, ce n’est pas seulement parce que nous serions devenus « plus narcissiques », mais aussi parce que nous sommes moins entourés collectivement pour affronter l’incertitude et les exigences sociales et professionnelles de performance.

Il occupe la place laissée vacante par des institutions qui ne parviennent plus à orienter réellement les existences.

Damien KARBOVNIK,
Sociologue Historien des religions Laboratoire ARCHE (Université de Strasbourg)
(Propos recueillis par Florence Delivertoux)

Damien Karbovnik

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