À propos de la pétition des militaires publiée dans Valeurs actuelles, quelques réflexions sur le président Charles de Gaulle et le devoir des militaires

Alors que la « tribune des généraux » publiée dans Valeurs actuelles a suscité de nombreuses réactions, l’historien Charles-Louis Foulon revient sur le discours prononcé par le général de Gaulle en avril 1961.

Alors qu’on glose sur la pétition approuvée par la présidente du Rassemblement national, en rappelant parfois le discours prononcé par le général de Gaulle le 23 avril 1961, un jour où il redoute d’être tué par des « officiers ambitieux et fanatiques »1, il est dommage que ne soient pas citées ses instructions du 25 avril aux forces armées, relativement à « la criminelle insurrection militaire » : l’arrêter, la briser, la liquider « par tous les moyens voulus, y compris l’emploi des armes ». Six mois plus tard, à Strasbourg, le 23 novembre 1961, à l’occasion d’une célébration de la libération de la capitale alsacienne par les troupes du général Leclerc et en présence d’officiers des trois armes, les mots du Président de la République furent limpides : « hors des règles du devoir militaire, il ne peut y avoir, il n’y a que des soldats perdus ».

Plus tard, André Malraux, son ministre et ami génial, voulut en artiste dramatiser le rapport entre Charles de Gaulle et les Armées. Le fervent président de l’Institut Charles de Gaulle décida d’inverser totalement le déroulement historique des faits. Il évoqua le grand discours du Général à Strasbourg du 23 novembre 1961, prononcé dans un silence hostile et sa péroraison : « hors des règles du devoir militaire, il ne peut y avoir, il n’y a que des soldats perdus ». Et Malraux avait poursuivi : « Jusqu’à l’insurrection des généraux ». Or c’est précisément l’inverse qui s’était produit. L’insurrection avait eu lieu le 22 avril 1961 et c’est pour panser les plaies de la pauvre armée que le Président de la République décida de s’adresser, l’automne suivant, à ses cadres en concluant ce discours de mots qu’il voulut apaisants : « en un temps grave et dangereux, j’affirme la confiance de la France en elle-même et en son armée ».

Les temps demeurent dangereux, puissent les forces militaires rester républicaines et méditer une autre allocution du général de Gaulle, à Tlemcen, le 9 décembre 1960 : « L’armée n’a pas de politique, à moins de sortir d’elle-même et de se briser. L’armée est un corps national, fait pour obéir à la France et à ceux qui sont chargés de la conduire ».

Charles-Louis Foulon, historien,
Auteur du De Gaulle itinéraires publié par CNRS éditions en 2010

Les illustrations sont extraites de « Charles de Gaulle, un siècle d’histoire » de Charles-Louis Foulon, paru en 1990 et préfacé par Alain Decaux
  1. Il confie à son médecin et ami, le Docteur Lichwitz, une enveloppe fermée contenant ses ultimes volontés ; il y avait écrit « à ouvrir si je disparais, à notifier alors aux intéressés. Si je n’ai pas disparu le 26 avril 1961, me rendre le pli tel quel ». Le général laissa ensuite l’enveloppe « pour l’histoire » à celui qui l’avait gardée trois jours.