Bicentenaire de la mort de Napoléon – Nicolas Dupont-Aignan : « Il est malheureusement tombé par les défauts de ses qualités »

Le bicentenaire de la mort de Napoléon constitue un événement mémoriel qui interpelle le politique. La mémoire de l’Empereur est aujourd’hui, comme elle le fut par le passé, l’objet de débats. Que reste t-il de son legs ? Quels en sont les enseignements ? Qu’est-ce que cette histoire nous révèle de nos fractures présentes et passées ? Comment les politiques s’approprient ou non cette dernière ? Il nous a semblé utile de les interroger. D’aucuns n’ont pas souhaité répondre, d’autres se sont prêtés à l’exercice. Ce sont leurs contributions que nous livrons à nos lectrices et à nos lecteurs. Un numéro à venir comportant les analyses de quelques uns des meilleurs spécialistes du sujet sera par ailleurs publié prochainement.

 

Revue Politique et Parlementaire – Lorsque vous pensez à Napoléon, quels aspects positifs et négatifs vous viennent à l’esprit ?

Nicolas Dupont-Aignan – Une phrase sublime qui résume tout de l’œuvre de Napoléon me vient à l’esprit : « On a tout détruit, il s’agit de recréer. Il y a un gouvernement, des pouvoirs, mais tout le reste de la nation, qu’est-ce ? Des grains de sable. Nous sommes épars, sans système, sans réunion, sans contact. Tant que j’y serai, je réponds bien de la République, mais il faut prévoir l’avenir. Croyez-vous que la République soit définitivement acquise ? Vous vous tromperiez fort. Nous sommes maîtres de la faire, mais nous ne l’avons pas, et nous ne l’aurons pas, si nous ne jetons pas sur le sol de France quelques masses de granit. »

RPP – Comment définiriez-vous le bilan de l’action de Napoléon pour les peuples européens ?

Nicolas Dupont-Aignan – Curieux que vous ne me posiez pas la question pour le peuple français, car dans l’esprit de Napoléon, c’est la Nation française qui libérait les peuples d’Europe. Certains le voyaient comme un envahisseur mais c’était surtout un libérateur : demandez aux Polonais !

Sans lui, Hegel aurait-il eu sa fameuse vision de l’Etat et de l’Histoire qui aura façonné les conflits de l’Europe pendant un siècle et demi ?

RPP – Quels furent, selon vous, ses principales qualités et/ou défauts personnels ?

Nicolas Dupont-Aignan – L’audace bien sûr. Une intelligence hors du commun ensuite : militaire, réformateur, chef d’Etat de génie ! Il est malheureusement tombé par les défauts de ses qualités.

RPP – Quelles ont été les mesures prises par Napoléon pour l’Etat, la société française et les arts les plus notables pour vous ?

Nicolas Dupont-Aignan – Il n’a pas pris de mesures pour l’Etat, il l’a incarné. Il a construit l’Etat Nation. De la Banque de France, au lycée en passant par les départements, et bien sûr le Code civil, son œuvre est la France, et elle a été répliquée dans le monde entier. La France n’est universelle que lorsqu’elle est grande.

RPP – Estimez-vous que Napoléon a été le continuateur ou le liquidateur des idéaux et acquis de la Révolution française ?

Nicolas Dupont-Aignan – Un continuateur en ce qu’il a permis de l’achever : « La Révolution est finie » et de l’enraciner dans une France encore conservatrice. Il a continué les guerres de la Révolution, a porté ses idéaux, tout en offrant la stabilité que le peuple de France attendait, y compris ses représentants : les thermidoriens sont devenus brumairiens. Avec toutes les conspirations royalistes contre lui, son destin a été lié à celui des conquêtes révolutionnaires.

RPP – Quels personnages historiques ou personnalités politiques actuelles sont pour vous dans sa filiation, celle du bonapartisme ?

Nicolas Dupont-Aignan – De Gaulle, bien évidemment, car ces deux géants partagent une même vision de l’Etat, qu’ils ont su structurer pour le peuple français. Ce sont des visionnaires, qui ne transigent pas avec l’idée de grandeur, de stabilité, et de puissance. Clemenceau, lui aussi, qui, à la tête de ses poilus, rappelle l’Empereur et ses grognards !

RPP – Vous-même, vous retrouvez-vous ou non dans la tradition politique bonapartiste ? Si oui en quoi ?

Nicolas Dupont-Aignan – Un axiome inévitable de cette tradition est la nécessité d’un homme aussi fort que proche du peuple, qu’il dirige autant qu’il s’y soumet. C’est une vision du politique en laquelle je crois.

RPP – Estimez-vous que la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon soit plutôt une bonne ou une mauvaise chose ? Pourquoi ?

Nicolas Dupont-Aignan – « De Clovis au Comité de salut public, j’assume tout ». L’histoire est un bloc, je la prends telle qu’elle est. Arrêtons les querelles de mémoire. Les agitations de quelques-uns prouvent bien qu’ils n’ont rien compris à l’Histoire de France : « Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ».

Je ne peux que commémorer la glorieuse Histoire de France et la mort du plus génial de ses enfants.

RPP – Concernant cette commémoration, pensez-vous que les autorités françaises en font trop, pas assez ou comme il faut ?

Nicolas Dupont-Aignan – Pas assez ! Cela participe du déni général de notre Histoire… Emmanuel Macron ne donne que dans la repentance permanente. Evitons cet effacement : apprenons notre Histoire à nos enfants, refaisons des programmes scolaires vraiment exigeants et faisons de cette année Napoléon l’occasion d’enseigner les périples de l’Empereur à nos enfants !

RPP – Selon vous, l’empreinte de Napoléon sur la France est-elle durable ou éphémère ?

Nicolas Dupont-Aignan – Souvenez-vous des masses de granit…

RPP – Si des activistes déboulonnaient des statues de Napoléon, les comprendriez-vous ou les condamneriez-vous ?

Nicolas Dupont-Aignan – Condamnation inconditionnelle. Notre Histoire est sacrée, nos monuments et représentations le sont aussi.

 

Nicolas Dupont-Aignan
Député de l’Essonne
Propos recueillis par Arnaud Benedetti