Bicentenaire de la mort de Napoléon – Vive l’Empereur, vive la grandeur

Le bicentenaire de la mort de Napoléon constitue un événement mémoriel qui interpelle le politique. La mémoire de l’Empereur est aujourd’hui, comme elle le fut par le passé, l’objet de débats. Que reste-t-il de son legs ? Quels en sont les enseignements ? Qu’est-ce que cette histoire nous révèle de nos fractures présentes et passées ? Comment les politiques s’approprient ou non cette dernière ? Il nous a semblé utile de les interroger. D’aucuns n’ont pas souhaité répondre, d’autres se sont prêtés à l’exercice. Ce sont leurs contributions que nous livrons à nos lectrices et à nos lecteurs. Un numéro à venir comportant les analyses de quelques-uns des meilleurs spécialistes du sujet sera par ailleurs publié prochainement.

 

Le bicentenaire de la mort de l’Empereur, Napoléon 1er, est une invitation à puiser dans notre histoire la puissante évocation de l’âme de notre peuple, d’un grand peuple, le peuple français.

Ce sont les périodes de grands troubles qui révèlent les grandes personnalités.  Sans la guerre pas de De Gaulle, sans la Révolution pas de Bonaparte et encore moins de Napoléon. Peut-être que sans ces grands hommes, sans ces personnalités hors du commun, le tourbillon des événements aurait emporté notre pays et l’histoire aurait effacé la France de son grand livre.

Visitant l’immense destinée de l’Empereur des Français, comment ne pas être marqué, par la précocité de ce destin, par la rapidité et l’apogée de cette ascension.  

Ce qui frappe encore c’est cette immortalité qu’acquiert une épée qui, en quelques années, édifie un empire plus étendu que celui de Charlemagne.

Tout aussi prodigieux est le sacre d’un nom qui, à l’image d’un César romain, éclipse les plus grands patronymes qui façonnent habituellement l’imaginaire des peuples. L’Empereur Napoléon 1er n’appartient pas seulement à l’histoire des Français, mais à l’histoire de l’humanité. L’oublier serait commettre un crime mémoriel.

« L’âme du monde à cheval »

« Je gagne mes batailles dans les rêves de mes soldats » disait ce stratège militaire que le général prussien Clausewitz, théoricien de la guerre, n’hésitait pas à considérer comme « le plus grand chef de guerre moderne ».  Conquérant, diplomate, homme d’État et fondateur d’États, la simple évocation de son prénom inspire une révérence planétaire et pour les Français, la fierté légitime de le savoir des leurs.

Le 13 octobre 1806, le philosophe allemand Hegel qui l’avait vu sortir de la ville d’Iéna pour partir en reconnaissance eut la sensation, avec l’image de ce cavalier chevauchant vers le combat, d’avoir vu « l’âme du monde à cheval ». Au même titre que César ou Alexandre, le philosophe de l’absolu voyait en ce héros épique l’homme d’action par excellence, « celui qui n’est ni ce qu’il pense, ni ce qu’il cache, mais celui qui agit ». Il est celui qui se porte à la tête des événements, qui résiste à la puissance des circonstances, celui dont la volonté finit par orienter le mouvement du monde. Ainsi en domestiquant le tempétueux torrent des événements et en canalisant les bouillonnements humains et la fureur des conflits, il écrivit, par le réel et l’imaginaire, ce que les siècles dénomment l’ « Histoire ».

Le bras armé de l’Histoire

Venu au jour par une révolution dont il fut longtemps captif, ce « Prince des batailles » fut tout au long de son court, mais grand règne, prisonnier de l’histoire. Acculé à un conflit incessant auquel des puissances coalisées contre le mouvement du monde l’obligeaient, il paya d’une guerre perpétuelle la gloire que son génie lui ouvrait. Celui qu’enfant Victor Hugo avait vu « passer muet et grave ainsi qu’un Dieu d’Airain »se voyait, par un pacte faustien, condamné à une perpétuelle victoire.

Le héros mythique échappe à sa personne.

Ne dit-on pas de ces personnages de légende qu’ils appartiennent à l’histoire, comme s’ils ne s’appartenaient plus à eux-mêmes ?

Effectivement, il fut le bras armé d’un mouvement historique qui dépassait l’homme, un moment de la grande Histoire qu’il a forgé par le fer, qu’il a ordonné de sa plume, qu’il a ordonnancé par son esprit.

Les lauriers immortels de la victoire 

Comme la cavalcade de ses chevaux de combat, comme le pas de l’invincible Garde impériale, avec lui, la renommée de nos drapeaux se répandit par le monde : au pied de ces pyramides où quarante siècles contemplèrent le courage des Français ; à la bataille « des trois empereurs » sur la neige d’Austerlitz où le soleil de sa gloire continue encore de resplendir ; à la sanglante Moskova où pas moins de quarante-huit généraux périrent pour ouvrir la route de Moscou à la Grande Armée. 

Les exploits de Toulon, de Castiglione, de Rivoli, d’Arcole ou d’Aboukir firent le renom du Petit Caporal, impétueux général de la révolution ; celle de Marengo la popularité du Consul Bonaparte ; les victoires éclatantes d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland ou de Wagram, tressèrent sur son front les lauriers de l’immortalité.

Bainville, historien monarchiste, mais admiratif, écrira de lui : « L’ennemi, il le déconcerte par un art de combattre aussi audacieux et nouveau que son art de négocier est subtil. » Concentrer une supériorité numérique en point donné, surprendre par la vélocité et la ruse, donner la priorité à l’attaque, il appliquera les principes d’une tactique offensive et déjà d’une guerre de mouvement.

Avec l’information et la communication comme parties intégrantes de la conquête, il confèrera, à sa vision stratégique et politique, une incroyable modernité.

Le grand souffle de l’émancipation des peuples

Son héritage en Europe, c’est un appel à la liberté des individus, c’est un message d’émancipation contre des féodalités que les siècles avaient fossilisées, c’est le réveil des peuples qui s’ouvrent à une légitime conscience nationale, ces Nations libérées qui finiront par s’imposer y compris face aux empires. Il l’apprendra à ses dépens.

Napoléon n’est pas seulement l’homme qui a porté l’idéal de liberté sur une Europe oligarchique qu’il voulait délivrer de jougs dynastiques, c’est aussi l’homme qui fit sortir la France de la terrible déchirure française que fut la Révolution, cette révolution d’idéaux, mais aussi de sang, de nobles sentiments, mais aussi d’épouvantables emportements. C’est lui qui, dans une France « en combustion », dans cette France tragiquement régicide, dompta cette furie fratricide qui aurait emmené les Français au chaos si sa volonté pacificatrice et unificatrice ne s’était imposée. 

Avec l’instauration d’une nouvelle dynastie, il s’attacha à allier les idéaux révolutionnaires réordonnés et l’institution monarchique auxquels les Français restaient fondamentalement attachés. Il formalisa dans les textes les droits des citoyens par un Code civil qui était le reflet d’une pensée cohérente et aboutie ; il affirma l’autorité d’un État respectueux des religions, mais dégagé des tutelles ecclésiastiques ; il répondit à l’aspiration à la justice par une réforme fiscale. Il s’attela à la formation des esprits par le développement des lycées et des universités. Son héritage, que même la Restauration n’aura pas cru devoir remettre en cause, scellera le socle de notre État moderne, celui sur lequel, pendant deux siècles, la France fit reposer sa puissance, son rayonnement et son influence.

Homme d’État et homme de la Nation

Par son action de législateur et d’homme d’État qui permit de parfaire la construction d’un état national, Napoléon accélérera plus qu’il ne contredira l’œuvre millénaire des rois capétiens. La réorganisation de la France comme l’unité de la Nation sont les titres de gloire parmi les plus éclatants de notre Premier Empire.

L’épopée napoléonienne nous rappelle aussi que rien au monde ne se fait sans passion.

La sienne fut celle de la France, cette nation qui avait accueilli en son sein sa famille un an avant sa naissance en 1769, cette nation à laquelle, s’arrachant à sa belle île natale de Corse, l’ancien boursier du Roi de l’Ecole de Brienne, entré par effraction dans l’histoire, consacra son génie et l’officier d’artillerie de seize ans offrit son épée. 

Fierté contre repentance 

Même si aucun personnage historique n’est exempt de reproches qu’il eut été légitime d’évoquer, faut-il se limiter à l’ingratitude historique, à ses tristes jérémiades dans laquelle sombrent de prétendues élites, asservies à l’idéologie de la déconstruction, prêtes à tous les Waterloo éthiques, aux défaites sans combattre, aux retraites en rase campagne. Cette peu glorieuse tentation à l’autoflagellation, celle qui falsifie ou rabougrit l’histoire, aboutit, par allergie à toute transcendance, à saper les fondements moraux et nationaux d’un pays. Chateaubriand qui disait admirer le génie de cet homme et abhorrer son despotisme, s’obligeait de conclure avec une nostalgie toute romantique : « Retomber de Bonaparte et de l’Empire dans ce qui les a suivis, ce fut de tomber de la réalité dans le néant. »

Ce 5 mai 1821, alors que la mort délivrait de l’exil le « général Bonaparte », prisonnier de Sainte-Hélène, un soleil s’éteignit. « Il mourut, comme un astre se couche » (Victor Hugo) en consacrant ses ultimes paroles aux Français qu’il avait tant aimés et si impérialement servis :  « France, France … tête … armée ».

Les arcs de triomphe comme les colonnes de bronze qui se dressent fièrement dans nos villes rappellent aux enfants de France sa vocation à la grandeur, une grandeur que seules la vision et la volonté édifient, que seuls les talents et les sacrifices peuvent laisser en héritage, que seules la mémoire et la fierté permettraient de retrouver. 

En ces moments de doutes et de division, c’est le message de ce bicentenaire, la célébration mobilisatrice d’une légende française devenue éternelle qui repose, au cœur de notre capitale, sous un majestueux dôme en or.

 

Marine Le Pen
Présidente du Rassemblement national
Députée du Pas-de-Calais