Les analyses consacrées au second mandat de Donald Trump abondent aujourd’hui dans les médias internationaux. Elles demeurent toutefois, pour l’essentiel, élaborées à partir d’une perspective occidentale. En revanche, rares sont celles qui présentent de manière systématique la manière dont ce retour à la Maison-Blanche est perçu par les 1,4 milliard de Chinois et, plus particulièrement, par les milieux universitaires et les centres de recherche chinois.
Au cours de la dernière décennie, la perception chinoise des présidences Trump a profondément évolué. L’effet de surprise, voire de sidération, suscité par le premier mandat a progressivement laissé place à une approche plus sereine, plus rationnelle et plus stratégique. Dans le même temps, un large consensus s’est dégagé au sein de la communauté académique chinoise quant à l’évolution des relations sino-américaines.
Quatre constats fondamentaux méritent aujourd’hui d’être portés à la connaissance de la communauté internationale. Ils constituent désormais le socle de la confiance avec laquelle la Chine envisage sa propre trajectoire de développement.
LES QUATRE CONSENSUS QUI STRUCTURENT LA PERCEPTION CHINOISE
Après avoir traversé les deux présidences de Donald Trump, la communauté universitaire chinoise est parvenue à quatre grands consensus qui structurent désormais sa compréhension du phénomène « Trump 2.0 ».
Premier consensus : le second mandat de Donald Trump constitue l’expression la plus aboutie des contradictions internes du système politique américain ; la logique transactionnelle de l’« America First » accélère l’érosion du leadership mondial des États-Unis.
À la différence de son premier mandat, Donald Trump ne s’est plus limité à contester les élites politiques de Washington. Il s’est attaché à remodeler en profondeur le fonctionnement de l’État fédéral : restructuration de l’administration, extension des pouvoirs présidentiels, recours massif aux droits de douane, y compris à l’égard des alliés traditionnels des États-Unis, et réduction significative de la contribution américaine aux biens publics mondiaux.
Un an et demi après son retour à la Maison-Blanche, la dette fédérale a dépassé 40 000 milliards de dollars, les tensions inflationnistes se sont ravivées et la confiance des consommateurs est tombée à son plus bas niveau depuis près de cinq ans. Dans le même temps, les mesures tarifaires visant l’Union européenne, le Japon et la Corée du Sud ont accéléré la recherche d’une autonomie stratégique européenne ainsi que le renforcement des coopérations industrielles en Asie du Sud-Est, accentuant les fissures au sein du système d’alliances occidental.
Pour une large partie des chercheurs chinois, ces politiques répondent avant tout à des considérations électorales immédiates et à des intérêts économiques de court terme, sans véritable vision de la gouvernance mondiale. Cette forme d’hégémonie utilitariste contribue ainsi à fragiliser l’ordre international que les États-Unis avaient eux-mêmes façonné après la Seconde Guerre mondiale et accélère, paradoxalement, la transition vers un monde multipolaire.
Deuxième consensus : la rivalité avec la Chine constitue désormais un objectif partagé par les deux grands partis américains ; toutefois, l’approche transactionnelle de Donald Trump ouvre davantage d’espaces de négociation.
Qu’il s’agisse de la stratégie de « réduction des risques » poursuivie sous la présidence Biden ou de la politique tarifaire particulièrement offensive conduite par Donald Trump, le diagnostic américain demeure inchangé : la Chine est désormais considérée comme le principal concurrent stratégique des États-Unis. Les restrictions technologiques dans les domaines des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle ou des matériaux critiques se poursuivent.
La différence essentielle réside cependant dans la méthode. Là où l’administration Biden privilégiait une confrontation largement fondée sur les valeurs et les alliances, Donald Trump raisonne avant tout en termes de rapport coût-avantage et de bénéfices économiques.
En 2025, le relèvement des droits de douane américains sur les produits chinois jusqu’à 145 % a suscité de vives protestations parmi les distributeurs, les agriculteurs et les industriels américains. Face au retour des tensions inflationnistes, Washington a finalement accepté une trêve tarifaire de quatre-vingt-dix jours et engagé plusieurs cycles de négociations commerciales.
Pour de nombreux universitaires chinois, ces épisodes confirment que la fermeté affichée par Donald Trump constitue avant tout un instrument de négociation destiné à obtenir des concessions économiques. Cette logique laisse subsister une marge pour une gestion pragmatique des différends et pour le maintien de coopérations ciblées entre Pékin et Washington.
Troisième consensus : loin d’avoir freiné le développement chinois, les politiques de pression extérieure ont accéléré l’émergence d’un modèle de croissance plus autonome, plus diversifié et plus résilient.
Lorsque Donald Trump lança la première guerre commerciale en 2018, une réelle inquiétude s’était emparée des entreprises chinoises. Huit ans plus tard, le constat dressé par les milieux économiques et universitaires est sensiblement différent : les contraintes extérieures ont stimulé l’innovation nationale.
Dans l’industrie des semi-conducteurs, les capacités nationales de production sur les procédés matures ont continué de progresser, tandis que les logiciels chinois de conception électronique (EDA) ont accru leur part de marché. Les exportations de véhicules électriques et de technologies photovoltaïques se sont progressivement réorientées vers l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient et l’Amérique latine. Parallèlement, la part des échanges avec les États-Unis dans le commerce extérieur chinois est passée d’environ 20 % en 2018 à moins de 9 % en 2025, traduisant une diversification croissante des débouchés.
Ainsi que je l’ai souligné dans un article intitulé « Thank You, Trump ! », largement repris par plusieurs médias internationaux, dont The Economist, les pressions extérieures n’ont pas interrompu la modernisation de l’économie chinoise. Elles ont, au contraire, favorisé la consolidation des chaînes industrielles nationales, l’élargissement des partenariats internationaux et le renforcement de la résilience stratégique du pays.
Quatrième consensus : à long terme, la véritable compétition entre la Chine et les États-Unis se joue moins sur les droits de douane ou les barrières technologiques que sur la qualité respective de leurs systèmes de gouvernance.
La société américaine apparaît aujourd’hui profondément polarisée et les alternances politiques conduisent régulièrement à remettre en cause les orientations des administrations précédentes.
À l’inverse, la Chine inscrit ses stratégies de développement dans un horizon de quinze à vingt ans, en privilégiant la réduction de la pauvreté, la recherche d’une prospérité plus largement partagée, l’innovation technologique et la transition écologique.
Selon une analyse désormais communément admise dans les milieux académiques chinois, les États-Unis conserveront encore, à court terme, une avance dans certains domaines technologiques et militaires. À plus longue échéance, toutefois, la continuité des politiques publiques, l’ampleur du marché intérieur, la densité du tissu industriel et la capacité du système politique chinois à articuler développement économique et sécurité nationale devraient continuer à réduire l’écart de puissance entre les deux pays. C’est sur cette conviction que repose aujourd’hui la confiance de la Chine dans son propre avenir.
LA DOUBLE CONFIANCE CHINOISE FACE À L’ÈRE TRUMP 2.0
Ces quatre constats nourrissent aujourd’hui une double confiance qui caractérise l’attitude de la société chinoise face au second mandat de Donald Trump.
Une confiance proactive face à la concurrence extérieure
La première réside dans la capacité de la Chine à faire face à la concurrence extérieure.
Au début du premier mandat de Donald Trump, en 2017, Pékin se trouvait dans une position essentiellement défensive face à la guerre commerciale déclenchée par Washington. Huit ans plus tard, les responsables chinois estiment avoir changé de posture : il ne s’agit plus seulement de réagir aux initiatives américaines, mais également de contribuer à définir eux-mêmes le cadre des relations sino-américaines.
Sur le plan commercial, la Chine a ainsi mis en œuvre des mesures ciblées, qu’il s’agisse du contrôle des exportations de terres rares, de droits de douane de rétorsion ou de sanctions visant certaines entreprises étrangères. Dans les enceintes internationales, elle s’appuie sur les BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai, l’initiative des « Nouvelles routes de la soie » ainsi que sur le renforcement de ses liens avec les pays du Sud global afin de promouvoir une alternative au modèle d’unilatéralisme américain.
Parallèlement, Pékin affirme privilégier une approche différenciée selon les domaines – commerce, climat, culture ou sécurité – afin de contenir les risques de confrontation et de préserver les espaces de coopération.
L’évolution est profonde : la Chine ne se contente plus de s’adapter aux règles définies par les États-Unis ; elle entend désormais participer à leur élaboration et contribuer elle-même à créer les conditions d’une coopération plus équilibrée.
Une confiance d’abord tournée vers le développement intérieur
Cette confiance repose également sur une conviction plus fondamentale : la réussite de la Chine dépend avant tout de son propre développement. De nombreux observateurs occidentaux continuent d’interpréter les relations sino-américaines comme un jeu à somme nulle, dans lequel Pékin chercherait avant tout à dépasser ou à vaincre les États-Unis. Une telle lecture paraît toutefois profondément erronée. L’objectif premier de la Chine n’a jamais été de supplanter une autre puissance, mais d’améliorer durablement les conditions de vie de sa population, de favoriser une prospérité mieux partagée et de réaliser ce que les autorités chinoises qualifient de « renouveau national ». Même dans un contexte de rivalité stratégique croissante, les priorités du pays demeurent essentiellement domestiques. Le quinzième plan quinquennal met ainsi l’accent sur le renforcement de la demande intérieure, l’innovation technologique, la réduction des déséquilibres territoriaux, la transition écologique, la création d’emplois, le développement des systèmes de santé et de retraite, ainsi que la revitalisation des espaces ruraux.
L’évolution récente de la société américaine – marquée par l’aggravation des inégalités sociales et le recul de certaines protections sociales – conforte davantage encore les dirigeants et les universitaires chinois dans leurs propres choix de développement.
L’ambition chinoise ne consiste donc pas à « rattraper » les États-Unis, mais à poursuivre une trajectoire de modernisation autonome, répondant avant tout aux besoins de sa propre population.
LA CHINE ENTEND PRÉPARER DÈS AUJOURD’HUI LES ÉQUILIBRES DE DEMAIN
Au-delà des débats suscités par le second mandat de Donald Trump, les chercheurs chinois estiment que les transformations les plus importantes concernent l’évolution de l’économie mondiale au cours des prochaines décennies. Il y a encore une dizaine d’années, la compétition sino-américaine pouvait être décrite comme une course dans laquelle les États-Unis ouvraient la voie tandis que la Chine s’efforçait de combler son retard. Cette représentation ne correspond plus, selon eux, à la réalité actuelle. Dans plusieurs secteurs appelés à structurer l’économie mondiale des trente prochaines années, la Chine estime avoir pris une avance stratégique ou, à tout le moins, être désormais en mesure d’imposer son propre rythme de développement.
Cette appréciation constitue aujourd’hui l’un des principaux points de convergence de la réflexion académique chinoise. Si les États-Unis conservent des atouts incontestables – puissance financière, excellence universitaire et recherche fondamentale de tout premier plan – beaucoup estime que les secteurs appelés à structurer la croissance future évoluent progressivement à l’avantage de la Chine. Cette conviction explique le sentiment que le rattrapage chinois ne serait plus désormais qu’une question de temps.
LES NOUVEAUX TERRAINS DE LA COMPÉTITION MONDIALE
Selon une analyse désormais largement partagée dans les milieux académiques chinois, les États-Unis demeurent dominants dans plusieurs secteurs traditionnels, notamment la finance internationale, l’enseignement supérieur d’excellence et la recherche fondamentale. Les domaines appelés à façonner les équilibres mondiaux des prochaines décennies connaîtraient toutefois un rééquilibrage progressif au bénéfice de la Chine.
La transition écologique : une avance industrielle revendiquée
Le premier de ces domaines est celui de la transition énergétique et du développement bas carbone.
La Chine est aujourd’hui le seul pays à avoir constitué une filière industrielle complète couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur des énergies renouvelables, depuis la production jusqu’au déploiement à grande échelle. À l’inverse, les hésitations de la politique américaine auraient ralenti cette évolution. Le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sous le premier mandat de Donald Trump, puis le retour accordé aux énergies fossiles au cours de son second mandat, illustreraient cette absence de continuité stratégique. Pékin affirme au contraire avoir poursuivi sans interruption, depuis plus d’une décennie, sa stratégie de décarbonation. Dans les secteurs de l’éolien, du solaire, des batteries au lithium et des véhicules électriques, la Chine représenterait désormais plus de la moitié des capacités mondiales de production et d’exportation.
La mise en place de vastes réseaux de transport d’électricité à ultra-haute tension, le développement des capacités de stockage de l’énergie ainsi que la création de réseaux électriques intelligents destinés à faciliter l’intégration des énergies renouvelables sont également mis en avant.
À cette infrastructure terrestre s’ajouteraient des dispositifs spatiaux de surveillance des émissions de carbone, permettant un suivi particulièrement précis des objectifs climatiques. Ainsi, la Chine ne se contenterait plus d’appliquer les normes de la transition écologique : elle contribuerait désormais à les définir.
Intelligence artificielle : l’enjeu de l’industrialisation
Le deuxième domaine est celui de l’intelligence artificielle.
Les États-Unis conserveraient une avance dans plusieurs technologies fondamentales, notamment les algorithmes les plus performants et les semi-conducteurs de dernière génération. En revanche, la Chine disposerait désormais d’un avantage dans l’industrialisation de l’intelligence artificielle et dans son déploiement à grande échelle au sein des activités économiques.
L’administration publique, l’industrie manufacturière, les transports ou encore les villes intelligentes constitueraient autant de domaines dans lesquels les applications de l’intelligence artificielle auraient déjà atteint un niveau de diffusion sans équivalent.
Les chercheurs chinois insistent également sur le développement des capacités de calcul spatiales. Selon leur analyse, la Chine aurait été le premier pays à mettre en place une constellation de satellites capable d’assurer directement le traitement des données et certaines opérations d’intelligence artificielle en orbite, réduisant ainsi les délais de transmission vers les centres de calcul terrestres.
Ces innovations seraient appelées à jouer un rôle majeur dans la prochaine génération d’infrastructures numériques mondiales et placeraient la Chine en position favorable pour contribuer à la définition des futurs standards technologiques.
Les technologies spatiales : une stratégie de long terme
Le troisième secteur concerne les activités spatiales.
La Chine serait progressivement passée d’une logique de rattrapage à une position de premier plan dans plusieurs domaines de l’exploration spatiale. Alors que les États-Unis privilégieraient principalement les dimensions commerciale et militaire de leurs programmes, la stratégie chinoise s’inscrirait dans une vision de long terme associant recherche scientifique, développement industriel et coopération internationale.
Les vols habités, les missions lunaires, l’exploration de l’espace profond, le système de navigation BeiDou et la station spatiale Tiangong sont présentés comme les principaux piliers de cette stratégie.
Ces dernières années, la Chine aurait en outre investi dans de nouveaux domaines, tels que les capacités de calcul spatiales, la surveillance environnementale depuis l’espace ou encore les systèmes d’observation intelligents, constituant progressivement un écosystème intégré associant exploration, infrastructures orbitales, traitement des données et applications civiles.
Cette approche globale lui conférerait une influence croissante dans l’économie spatiale ainsi que dans l’élaboration des futures règles de gouvernance de l’espace.
Un modèle de gouvernance présenté comme un avantage comparatif
Enfin, la compétition entre les grandes puissances repose également sur la qualité de leurs systèmes de gouvernance.
Les États-Unis seraient aujourd’hui confrontés à une polarisation politique durable, à de fortes inégalités sociales et à des difficultés croissantes dans la conduite des politiques publiques. Les alternances politiques conduiraient régulièrement à remettre en cause les orientations des administrations précédentes, réduisant ainsi la continuité de l’action publique.
À l’inverse, la Chine met en avant les résultats de son propre modèle de gouvernance, fondé sur la planification de long terme, la numérisation des services publics, la coordination entre les différents niveaux administratifs et la capacité de mobilisation de l’État face aux crises.
La gestion des catastrophes naturelles, les politiques de revitalisation des territoires ruraux, le développement des villes intelligentes ou encore les programmes de lutte contre la pauvreté sont présentés comme autant d’illustrations de cette efficacité institutionnelle.
Cette capacité à concilier efficacité économique, stabilité politique, sécurité nationale et amélioration progressive des conditions de vie constituerait désormais l’un des principaux avantages comparatifs de la Chine dans la compétition internationale.
UNE CONFIANCE STRATÉGIQUE QUI N’EXCLUT PAS LA PRUDENCE
Cette confiance retrouvée ne conduit pas pour autant les chercheurs chinois à sous-estimer les États-Unis.
La puissance américaine continue de reposer sur des atouts considérables. Le rôle central du dollar dans le système financier international, la capacité d’attraction des grandes universités telles que Harvard ou Stanford, ainsi que l’excellence de la recherche fondamentale demeurent des éléments structurants de la puissance des États-Unis.
Toutefois, ces avantages concernent essentiellement les secteurs hérités du XXe siècle, tandis que les nouveaux moteurs de la croissance mondiale se déplaceraient progressivement vers d’autres domaines dans lesquels la Chine entend désormais jouer un rôle de premier plan.
Les deux mandats de Donald Trump auraient accentué cette évolution. Les changements fréquents d’orientation politique, dictés par des considérations de court terme, auraient réduit la capacité des États-Unis à élaborer une stratégie durable dans les secteurs technologiques émergents. À l’inverse, la continuité des politiques publiques chinoises, leur inscription dans le temps long et l’existence d’un appareil industriel intégré permettraient au pays d’aborder plus sereinement les transformations à venir.
Cette confiance stratégique ne saurait toutefois être assimilée à une forme de triomphalisme. La Chine demeure confrontée à plusieurs fragilités : une dépendance persistante dans certaines technologies de très haute précision, des difficultés dans plusieurs segments des logiciels industriels les plus avancés, ainsi que les conséquences économiques des restrictions imposées par certains partenaires occidentaux. À ces défis s’ajoute un environnement international marqué par une instabilité géopolitique croissante.
La confiance affichée par les universitaires chinois ne repose donc ni sur une surestimation des capacités nationales ni sur une sous-estimation de la puissance américaine. Elle s’appuie sur les résultats observés depuis une dizaine d’années, sur les performances économiques enregistrées et sur la résilience des institutions chinoises.
Il convient ainsi de porter un regard dialectique sur les deux mandats de Donald Trump. À court terme, les tensions commerciales et stratégiques ont constitué un facteur d’incertitude pour la Chine ; à plus long terme, elles semblent également avoir favorisé une accélération des réformes, de l’innovation et de l’autonomie industrielle. C’est dans cet esprit que j’ai rédigé l’article précédemment cité, « Thank You, Trump ! », dont le propos n’était nullement de saluer la politique américaine, mais de mettre en évidence le rôle joué par les pressions extérieures dans l’accélération des capacités d’adaptation de la Chine.
UNE RELATION APPELÉE À DURER
La perception chinoise des États-Unis a profondément évolué au cours de la dernière décennie. Il y a encore dix ans, une partie importante de l’opinion publique chinoise regardait les États-Unis avec une forme de fascination.
Cette vision a progressivement laissé place à une appréciation plus équilibrée, qui reconnaît tout à la fois les contributions historiques de l’Amérique à la modernisation du monde et les difficultés auxquelles elle est aujourd’hui confrontée : ralentissement économique relatif, polarisation politique, montée des inégalités et fragmentation sociale.
Cette évolution ne conduit pas pour autant la Chine à rechercher l’affrontement. Au contraire, Pékin demeure attaché à une relation fondée sur le respect mutuel, la coexistence pacifique et une concurrence maîtrisée.
Pour les universitaires chinois, la rivalité sino-américaine est appelée à s’inscrire dans la durée ; elle constituera vraisemblablement l’un des traits structurants des relations internationales du XXIe siècle.
Pour autant, compétition ne signifie pas nécessairement confrontation. Les politiques unilatérales poursuivies par Donald Trump auraient d’ailleurs contribué à convaincre un nombre croissant d’États des limites du modèle hégémonique américain et renforcé l’intérêt porté à une coopération internationale plus ouverte et plus équilibrée.
En définitive, les investissements dans les technologies d’avenir, la modernisation industrielle, les réformes de gouvernance ou les avancées scientifiques n’auraient jamais eu pour objectif de vaincre ou de supplanter les États-Unis. Leur finalité première demeure l’amélioration du niveau de vie de la population chinoise et la poursuite d’un développement durable.
Après une décennie de rivalité stratégique, la Chine estime être passée d’une posture essentiellement réactive à une démarche plus confiante et plus proactive. Convaincue que le temps joue en faveur des stratégies de long terme, de la stabilité et de la coopération mutuellement bénéfique, elle entend poursuivre sa propre trajectoire de développement tout en s’adaptant aux profondes transformations de l’ordre international.
Wang WEN
Doyen et professeur à l’Institut Chongyang d’études financières de l’Université Renmin de Chine
Doyen de l’Institut de leadership mondial

















