De Gaulle

Pour la première fois, le général de Gaulle s’affiche sur grand écran. Le cinéaste Gabriel Le Bomin examine les cinq semaines qui ont précédé son message du 18 juin 1940, unificateur et fondateur du gaullisme, pendant l’effondrement militaire et politique de la France.

Quand la guerre s’intensifie en mai 1940, l’armée française s’effondre alors que les Allemands se rapprochent de Paris. La panique gagne le gouvernement de Paul Reynaud au moment où les blindés commandés par le colonel de Gaulle commençaient pourtant à gagner du terrain. C’est dans ce contexte que fut lancé le premier appel du colonel de Gaulle le 21 mai 40, depuis un champ à Salvigny-sur-Ardres, avant la bataille d’Abbeville et non après, comme montré dans ce film. Le message du Colonel est également un peu raccourci par rapport au message original.

L’état-major des armées, pris au dépourvu par l’attaque allemande dans les Ardennes, décide de ne pas suivre les propositions de de Gaulle. Une partie de la classe politique est prête à accepter la défaite, mais pas lui : « Être inerte, c’est être battu ».

Paul Reynaud qui apprécie de Gaulle le nomme général en remerciement de sa mobilisation, alors qu’il plafonne à 49 ans, au grade de colonel. Il devient général de brigade à titre temporaire, le 1er juin. Il quitte le front le 5 juin avant d’être nommé le lendemain sous-secrétaire d’État à la Défense nationale, directement sous les ordres du Président.

Pendant ce temps, Yvonne de Gaulle est à Colombey avec ses enfants, Philippe, Elisabeth et Anne, sa petite dernière trisomique. Marguerite Potel, la gouvernante chaleureuse toute dévouée à Anne, fait partie intégrante de la famille. Détestant téléphoner, de Gaulle entretient avec Yvonne un échange épistolaire plein de tendresse, l’occasion pour le spectateur de découvrir le sens du verbe de de Gaulle.

Au sein du Conseil, de Gaulle se voit chargé par Reynaud de négocier au plus vite avec Londres des moyens supplémentaires (avions, bateaux…), pour sauver la France, ce qu’il va faire les 9 et 16 juin. Mais Churchill, traumatisé par la débâcle de Dunkerque, ne veut plus aller se battre à l’extérieur de ses frontières. Cependant, un projet d’Union franco-britannique est élaboré dans lequel de Gaulle place de grands espoirs, mais Pétain et ses alliés dans le gouvernement le font échouer.

L’hexagone est envahi. Yvonne, ses enfants et Marguerite Potel fuient Colombey et se lancent sur les routes de l’exode, en voiture jusqu’à Brest pour commencer. Puis, ils traversent la Manche pour regagner Londres sur un paquebot bondé, risquant d’être torpillés à tout moment par les sous-marins allemands. Le spectacle qui s’offre à eux les terrifie.

Le 17 juin, jour où Pétain devient président du Conseil, de Gaulle, menacé d’arrestation par le gouvernement de Pétain, s’envole, lui, dans la clandestinité pour Londres. Le 18 juin, alors que Pétain prend le pouvoir pour annoncer l’Armistice, le Général, sans soldats, sans défense, s’empare des « seules armes » qui lui restent pour son appel à la résistance sur les ondes de la BBC : « les mots ».

Seule la télévision avait déjà mis en scène la vie de de Gaulle dans quelques téléfilms et notamment en 2005 dans Le grand Charles de Bernard Stora. Bernard Farcy y réalise une performance d’acteur magistrale qui lui valut le FIPA d’or 2006 de la meilleure interprétation masculine. De nombreux documentaires ont également traité du grand Charles mais pendant sa traversée du désert, à partir de janvier 46, quand il démissionna de ses fonctions de président du gouvernement provisoire de la République française.

Dans ce De Gaulle, le réalisateur Gabriel Le Bomin et sa scénariste Valérie Ranson Enguiale ont analysé et restitué, avec rigueur et une presque parfaite fidélité, le court pan de l’histoire qui a fait basculer le destin de de Gaulle et celui de la France du XXe siècle. Ils se sont appuyés sur le travail de l’historien Olivier Wieviorka, notamment spécialiste de la résistance, et inspirés des Mémoires de guerre de de Gaulle, des lettres échangées avec sa femme et des témoignages de son fils.

Pour le choix de l’interprète du légendaire Général, Gabriel Le Bomin livre que « Lambert Wilson a fait la différence, notamment parce qu’il a le goût de jouer des personnages romanesques et des figures de l’Histoire comme l’Abbé Pierre ou le Commandant Cousteau. C’est un acteur qui ne recherche pas forcément le naturalisme, il aime construire un rôle… ». Le comédien nous laisse en effet percevoir un héros audacieux, challenger, courageux, intuitif mais aussi toujours soucieux du sort de sa femme et de ses enfants, même une fois dégradé, déchu de la nationalité française et condamné à mort par le gouvernement français.

Le récit historique fait justement la part belle à la vie intime et familiale du couple. Dans ses Mémoires de guerre, pour évoquer sa relation solide et aimante avec Yvonne, de Gaulle relate : « nous étions bien appuyés l’un contre l’autre ». Bien que discrète (elle n’a jamais donné d’interview ni laissé entendre le son de sa voix), Yvonne a pourtant été un soutien essentiel pour son mari à tous points de vue. Elle relisait ses discours, le soutenait, le rassurait et partageait la même foi que lui. Leur petite fille trisomique occupe une grande place dans le film, pour bien montrer à quel point elle a dû jouer un rôle déterminant dans la trajectoire de de Gaulle : « Anne était aussi une grâce, elle m’a aidé à dépasser tous les échecs et tous les hommes, à voir plus haut » a-t-il confié en 1940.

L’interprétation des rôles principaux s’avère sans faille (Lambert Wilson, très convaincant en futur homme d’État visionnaire et Isabelle Carré, éblouissante et attachante en épouse inquiète et mère courage) mais on regrette des dialogues très écrits. Une manière peut-être de mieux recontextualiser les époux dans leur milieu conservateur.

Réalisé comme un thriller politique, le film offre une intensité dramatique croissante, mêlée à une ambiance romanesque dessinée par l’amour profond de deux êtres rares, en tous cas rendus comme tels dans ce long-métrage ambitieux.

Avec : Lambert Wilson (Charles de Gaulle), Isabelle Carré (Yvonne de Gaulle) et Olivier Gourmet (Paul Reynaud), Catherine Mouchet (Mademoiselle Potel), Pierre Hancisse (Geoffroy Chaudron de Courcel), Sophie Quinton (Suzanne Rerolle), Gilles Cohen (Georges Mandel), Laurent Stocker (Jean Laurent), Alain Lenglet (le général Weygand), Philippine Leroy-Beaulieu (Hélène de Portes), Tim Hudson (Winston Churchill), Nicolas Vaude (Paul Boudoin), Philippe Laudenbach (le maréchal Pétain).

Scénario : Gabriel Le Bomin et Valérie Ranson Enguiale

Durée : 1 h 48

Sortie France : 4 mars 2020

Production : Vertigo Productions et Les Films de la Baleine

Distribution : SND

France Hatron
Critique de cinéma