De l’importance des nourritures spirituelles par avis de tempête…

A la veille d un probable troisième reconfinement, a la croisée du débat entre survie économique et protection tout court de la vie des 66 millions de procureurs malgré eux, le pays profond est partagé entre la résignation morose, le mécontentement en l’absence d’alternative plus réjouissante et la colère, qui n’est jamais en définitive qu’un dernier recours avant l’impasse au pied du mur…

La petite anecdote qui suit illustre la nécessité et le rayon d’espoir dans ce crépuscule mortifère que peuvent offrir les nourritures spirituelles en temps de grande crise.

Dans un petit village breton balayé par les intempéries de janvier, bien loin de l’annonce du procès en destitution du Président sortant des États-Unis ou du constat affligeant du degré de décomposition d’une partie de l’élite du pays, au fur et à mesure où l’on découvre l’ampleur de sa dérive libertaire et de son absence totale de décence et de repères moraux élémentaires – reflet d’une lente et corrosive décadence et du pourrissement de la conscience collective du monde de l’entre soi, ou l’on se gausse des sans dents et des laissés pour compte de la mondialisation et du paradis des start up, la vaste cohorte des migrants, des Gilets jaunes et des damnés de la Terre – une aïeule confinée de longue date rayonne d’un bon sourire, ses yeux usés couleur de lin pétillants de lumière à l’arrivée du voisin qui lui livre sa baguette tradition quotidienne…
 
Son poste de télévision est allumé, lucarne sur le monde en marche, qui égrène des nouvelles de jour en jour moins réjouissantes sur la pandémie en dépit de l’annonce d’une vaccination à laquelle sa lassitude et son isolement naturel confèrent plus l’impression d’un viatique que d’une espérance en des heures meilleures.   
 
Elle n’attend plus grand chose des années qui lui restent à vivre, elle qui survit avec la pension de réversion de son défunt époux, marin marchand,  et la maigre dotation que lui ont valu quelques années de navigation en tant que femme de chambre sur les transatlantiques qui reliaient Le Havre a New York… Non, c’est un reportage sur la Villa Médicis, qui l’a mise en joie, a l’heure de son frugal déjeuner. L image de la petite porte obligeant les visiteurs à se courber devant la statue de Louis XIV dans l’escalier en entrant dans ce temple intemporel de la culture avec un grand C, a déclenché sa joie et cette vieille dame de rire en s’écriant « ça  c’étaient des dirigeants nos Rois ! » tout en continuant de rêver au fur et à mesure où les prises de vue sur Rome, matrice universelle de l’art et de la beauté,  défilent à l’écran..
 
Belle leçon à garder à l’esprit, en ces temps bien tristes où la seule évasion permise nous conduit presque uniquement dans les grands centres de distribution pour assurer notre survie et dans les commerces salvateurs qui ont survécu à la crise sanitaire, animés par une grande partie des 66 millions de procureurs malgré eux…
 
Le besoin de nourritures spirituelles, de grandes aventures technologiques et scientifiques, de culture et de rêve, est plus que jamais vital, et le sourire qui éclaire le visage de la vieille dame confinée et solitaire à la fin de ce reportage en est une illustration tangible. Le monde n’est pas si jeune qu’il n’ait déjà ri ou pleuré. Qu’importe tant qu’il restera des éclairs de beauté et de rêve,  l’espérance demeurera et c’est dans la résilience, la tendresse aussi, et la sagesse des anciens que l’on puisera des trésors d’humanité et de dignité pour surmonter les épreuves et balayer la boue charriée par les hommes de mauvaise volonté et de peu de foi.
 
Eric Cerf-Mayer