Après la dissolution de 2024, les longs débats budgétaires ont donné à voir un morcellement de l’échiquier politique. La droite était divisée, la gauche était divisée, et un bloc central s’est dessiné autour de la volonté de parvenir à un budget, même imparfait. Les élections municipales ont conduit à la repolarisation autour des deux blocs droite et gauche, avec une ligne de résistance plus ou moins confuse aux extrêmes de droite comme de gauche.
La nomination des gouvernements ayant suivi la dissolution a fait apparaitre un nouveau concept de géographie politique autour de la notion de « bloc central ». Il s’est constitué d’abord par les formations qui ont soutenu Emmanuel Macron en 2017. Il y avait le parti du président, dirigé par Gabriel Attal, actuellement dénommé Renaissance, le Modem de François Bayrou et Horizon d’Édouard Philippe sur sa droite, sans oublier l’UDI et le Parti Radical. A ce rassemblement, de plus en plus distendu, se sont associés les Républicains, soucieux d’entretenir leur réputation de parti de gouvernement. Face à ce bloc, assez fragile malgré sa dénomination, la gauche se divisait entre les socialistes attentifs, eux aussi, à leur capacité à exercer le pouvoir, et les écologistes et les communistes qui essayant de maintenir le lien, sans entrer franchement dans les négociations.
Cette géographie nouvelle a commencé à faire émerger un nouveau clivage entre les extrêmes (LFI et le RN) et les formations non extrémistes, opposées entre elles, mais qui ne se reconnaissent pas dans la stratégie électorale des extrêmes, fondée sur la stigmatisation des riches, des immigrés ou du système et la volonté d’entretenir la colère ou la frustration des électeurs pour la transformer en gain électoral. Les réactions après la mort de Quentin Deranque d’eux, à Lyon, le 14 février dernier auraient pu le faire croire.
Mais le scrutin municipal a effacé ce clivage naissant. LFI a su se rendre incontournable et obliger les socialistes et les écologistes à faire primer le clivage gauche droite. La direction du PS se montrant particulièrement amnésique et aveugle. Olivier Faure dit non aux alliances au plan national, mais il se voile la face quand elles se multiplient au niveau local. En revanche, il retrouve ses lunettes pour exclure Catherine Trautmann qui a fusionné sa liste avec celle d’Horizon à Strasbourg. Jean-Luc Mélenchon jubile en silence.
La droite aurait pu saisir l’occasion pour définir une ligne clairement compréhensible. Alors que les alliances sont quasi-systématiques à gauche, elles font finalement figure d’exception du côté de LR, malgré les appels du pied insistants de Jordan Bardella. Mais la direction des Républicains a préféré continuer à entretenir l’ambiguïté dimanche soir, parlant « d’union de la droite par les électeurs ». Mercredi, alors que les listes étaient déposées pour le second tour, Bruno Retailleau a même refusé de choisir entre Éric Ciotti, allié du RN, et le maire sortant Horizon, Christian Estrosi, pourtant soutenu officiellement par LR. Une occasion ratée.
A l’issue du premier tour des municipales, et à un an de la prochaine présidentielle, l’emprise du RN sur la droite et celle de LFI sur la gauche apparaissent incontestables. Le RN confirme, LFI s’affirme, les autres subissent sans s’inquiéter de la progression de l’abstention. Ce sont pourtant ces électeurs déçus, écœurés ou lassés qui tiennent la clé de l’élection de 2027.
Marie-Eve Malouines,
Editorialiste politique











