End Game : tuer Muselier pour rendre inévitable un nouveau duel Macron-Le Pen

« Il faut donc être Renard pour découvrir les pièges, et Lion pour se défaire des Loups. Ceux qui se contentent d’être Lions, manquent d’intelligence. » Quelle peau a porté Renaud Muselier, petit-fils d’un amiral, et on connaît la ruse naturelle des grands marins, à la relecture de Machiavel, dans cette affaire d’alliance, jugée prématurée par les observateurs, entre les deux listes LR et LREM en région PACA ?

Les vertus de la communication sont nombreuses. L’une d’elle sauve des vies si elle est convenablement appliquée dans un environnement de campagne politique. Quelle est-elle ? Dès qu’un dossier est jugé potentiellement explosif, les protagonistes savent, une fois l’information parue dans les médias, qu’ils seront jugés soit victime, soit « Vilain » pour reprendre le terme dans son acceptation anglo-saxonne, c’est-à-dire le scélérat. Alors que la publication d’un article du JDD, dont la titraille dévastatrice laisse entendre une alliance nationale entre LR et LREM, le temps 1 de la séquence pose la mitre du scélérat sur le crâne de M. Muselier, lui qui souhaitait, nimbé des bienfaits de cette alliance, se parer des atours du saint pacificateur. Soyons plus pragmatique, puisque nous évoquons la bouillonnante cité phocéenne. Premier quart d’heure du match, Muselier, contre le cours du jeu, marque un but contre son camp !

Gagnants et perdants

Quelle mouche a piqué le candidat LR pour s’être laissé berner de la sorte. Sauf à y déceler les effets d’une tentative de manipulation conduite de l’Elysée, rien de positif ne viendra renforcer la campagne de M. Muselier. Les conséquences sont d’ores et déjà désastreuses. Toujours est-il qu’elles évacuent en quasi-totalité la campagne des régionales, et que dire des départementales, pour ouvrir grand la porte du combat pour la prochaine présidentielle.

Primo : cette alliance bancale déstabilise Muselier et fait le jeu de M. Mariani, candidat du Rassemblement national qui n’en demandait pas tant pour rouvrir la boite à antiennes bricolée par Jean-Marie Le Pen, et régulièrement ressortie par sa fille Marine. La rengaine d’une collusion systémique entre les partis de gouvernement, l’UMPS…, fleurit déjà dans les éléments de langage des sicaires à la solde du mouvement lepéniste. Et leur performativité est immédiate ; ternissant ainsi l’image du parti Les Républicains, déjà très affaibli par l’enlèvement en 2017 de ses principaux leaders en pleine croissance. Lorsqu’une parole se transforme en actes sous le regard de l’électeur potentiel, les effets collatéraux sont dévastateurs.

Deuxio : sans attendre, dans la Région Grand Est, là même ou M. Rottner et Mme Klinkert envisageaient un accord local à bas bruit, et souhaité par le terrain, le pas de côté s’est fait prompt et grandiloquent. M. Rottner de rappeler publiquement par voie de presse : «le sujet d’une alliance ne se pose pas. On ne tombera pas dans ce piège ».  

Tertio : il est de tradition de se servir des élections intermédiaires pour sanctionner le pouvoir exécutif. Le Président de la République, adepte du en même temps, qui signifie localement des alliances à la fois avec les socialistes et la droite traditionnelle, contamine par la mauvaise image qu’il porte dans les sondages, toute tentative d’alliance avec LREM, un parti croupion qui n’a pour seul champion politique que son messie-créateur. Si LREM escomptait mettre fin à sa traversée du désert électoral dont les municipales auront été l’acmé, l’alliance en PACA, annoncée avec fracas par celui qui joue traditionnellement le rôle de chef de la majorité, c’est-à-dire le premier ministre, a renvoyé le parti présidentiel à ses fantasmes. Les chiffres en voix de l’alliance Muselier-Cluzel ne s’additionneraient pas.

Quarto : mais admettons que le piège d’un coup de billard à plusieurs bandes vient de la façon dont M. Macron, par ce coup magistral de politique machiavélique, tente d’imposer une bonne fois pour toute sa double stratégie de conquête de la droite traditionnelle entamée en 2017 et de repositionnement, sans attendre, de son face-à-face avec Mme Le Pen dans le cadre de la prochaine présidentielle. Et pour ce faire, il s’agit de bâtir la chute du fragile empire de M. Muselier, jamais adoubé par M. Gaudin et étrangement conseillé par MM. Estrosi et Falco. Quelles autres régions que PACA, les Hauts-de-France mise à part mais M. Bertrand est un cas particulier, posséderaient un terreau aussi fertile pour faire sortir de terre les jeunes pousses d’un exécutif régional au sigle du RN, une première dans l’histoire de France, permettant ainsi de sidérer la France des partis-politique et surtout la France du « commentariat ». Et ainsi laisser un an au président de la République pour rafraîchir son costume d’homme providentiel élimé par de nombreuses crises. Profitant ainsi d’un contexte exceptionnel, favorable à l’édification d’un narratif le décrivant en sauveur d’une France envahie par les toxines de l’extrémisme.

La droite, effrayée par la tactique déployée sous la houlette du chef de l’Etat, démontre par ses soubresauts, l’adresse du mouvement opéré en région PACA par la majorité présidentielle. Le coup fait à nouveau vibrer, non pas seulement la poutre de la droite, mais le transept d’un espace politique qui isole d’un côté la droite et libère toute la place pour adouber le rassemblement national en tant qu’ennemi désigné et qui s’enorgueillît des opportunités s’ouvrant aussi simplement à lui.

Jacky Isabello
Fondateur de l’agence de communication CORIOLINK

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