Espérer le meilleur et se préparer au pire ?

En ce 19 Mai 2021, retour progressif à une vie normale avec la réouverture des magasins et terrasses, dans un climat politique changeant, ici et ailleurs. Récapitulatif des derniers événements avec Eric Cerf-Mayer. 

Tandis que les médias se réjouissent de la réouverture des terrasses – chaque époque célèbre les batailles et les libérations à l’aune de ce que les sociétés humaines sont capables de refléter… – on ne peut s’empêcher de méditer sur la course des événements dans un monde livré à la terrible remise en cause de ses repères provoquée par la pandémie.

Image de dirigeants savourant la pause d’une tasse de café à l’air libre comme une grande victoire dans un monde qui s’embrase au Moyen-Orient et à un moment où les faits divers quotidiens, répétitifs et lancinants nous renvoient le constat implacable d’un délitement du corps social, tout est dans la symbolique, et l’anecdotique nous permet de mesurer combien un virus microscopique est capable de bouleverser l’échelle de nos valeurs ou de nos illusions sur une grandeur passée et les leçons de l’Histoire. Le temps des guépards est définitivement révolu et le Prince de Salina peut continuer à se réfugier dans la contemplation des étoiles lointaines et impavides pour oublier la médiocrité de l’heure et les incertitudes qui nous attendent à une proche échéance… 

Jamais le conseil des anciens ne s’est avéré plus en phase avec l’étrange climat qui règne sur un grand nombre de pays en Europe et dans le monde, qui veut que tout en espérant le meilleur, on se prépare au pire. Et certes, il faut rester sur ses gardes et continuer à observer les règles de prudence élémentaires tant les situations demeurent contrastées et fragiles avec des taux d’immunité collective et une maîtrise vaccinale face aux variants, encore loin de garantir un retour rapide à une vie dite normale sous la plupart des latitudes.

Israël qui nous envoyait des images porteuses d’espérance avec un retour progressif à une situation pré-pandémie, suite à une politique sanitaire exemplaire, cristallise à nouveau les préoccupations des chancelleries du monde entier sur le Moyen-Orient et la question palestinienne, sans doute pour nous rappeler que la Covid n’a en rien oblitéré les problèmes fondamentaux ni éradiqué les dramatiques sources de conflits qui embrasent sporadiquement notre planète… 

En France, ceux qui sont chargés d’assurer une sécurité de plus en plus précaire dans un pays abîmé et meurtri par la montée d’une violence multiforme et banalisée au point de sembler inéluctable, sont contraints de se rassembler au pied des marches de la représentation nationale pour rappeler la collectivité dans son ensemble au sens de sa survie et de son devenir, sur fond de consultations électorales à venir d’ores et déjà marquées par un climat d’une rare déliquescence. Tous les coups semblent permis, tous les reniements autorisés au détriment d’un réel débat au sortir non encore acquis d’une crise sanitaire qui est venue se greffer à une lente érosion et une dérive globale de la situation dans la plupart des domaines.

Alors oui, on peut espérer le meilleur, le souhaiter et s’en réjouir, mais rien ne doit, au vu de la gravité de l’heure et des incertitudes loin d’être levées, faire oublier que c’est en se préparant au pire qu’on évite le vertige des catastrophes. Et jamais le pays n’a été aussi à la croisée des chemins qu’en cette approche de l’été 2021, où se dessinera une grande partie de son devenir ici et un peu partout dans le monde, pas uniquement à la terrasse de ses cafés et restaurants, emblématiques d’une douceur de vivre et d’une harmonie, combien malmenées par de longs mois de pandémie…

Eric Cerf-Mayer